Jean-CLaude ELOY, Shânti 2013 (festival PRÉSENCES électronique)

07 avril 2013
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Réf. 01030

Notice

Résumé :

Extrait de l'oeuvre de 1972-73 présentée dans sa version 2013 lors du festival PRÉSENCES électronique le dimanche 7 avril 2013 à 20h, salle 400 du CENTQUATRE (Établissement Artistique de la ville de Paris).

Type de média :
Date de diffusion :
07 avril 2013
Personnalité(s) :

Éclairage

NOTICE : Shânti (Paix)

 

1972-73 version 2013

(environ 140' non-stop, sans compter les sons

d'introduction et de prolongation).

Production : Studio fu?r Elektronische Musik

WDR (Wesdeutscher Rundfunk) Cologne.

Son d'introduction : avant Shânti (infini)

I - Partie d'ouverture (autour de 31' - 32')

1. “Les foules de la mémoire”

2. “Son de méditation”

II - Partie d'extensi on (autour de 36' - 37')

3. “Prémonitions”

4. “Flash-back”

5. “Interview” (Aurobindo / Mao)

III - Partie centrale (autour de 34' - 35')

6. “Mantra des étoiles”

7. “Soldats”

IV - Partie finale (autour de 38' - 39')

8. “Vagues lentes, boucles de feux”

9. “Contemplation aux enfants”

10. “Vastitude”

Son de prolongation : après Shânti (infini)

 

"Shânti", mot sanskrit, signifie paix. C'est d'abord la paix du mental, la paix suprême recherchée par les yogin. Ou encore la paix psychique, affective, de l'être. C'est aussi la paix politique ou la paix des forces physiques, de la nature, de l'univers. Mais pour moi, aucun concept ne saurait exister dans le monde sans son contraire, son principe antagoniste. Dans ce cas : les forces d'oppositions, de révoltes, de “guerres” (au sens large), qui sont aussi bien les coups sourds d'un volcan que les barricades étudiantes...

Shânti est donc pour moi cette paix sans cesse remise en cause (et finalement impossible, car la fin des antagonismes et de leurs luttes serait la fin du monde) : la Paix au sens Héraclitéen, qui suppose toujours la lutte, la violence comme condition du monde, le rapport dialectique des choses. D'où cet incessant cheminement, une recherche éternellement poursuivie, un but parfois atteint, souvent seulement entrevu : parcelles d'éternité entre deux nuages...

Qu'on ne se trompe donc pas : Shânti n'est en rien la paix installée, présente, “planante”. Il faut aller à sa recherche en s'enfonçant progressivement dans le son, de longue séquence en longue séquence. Toute la forme de cette oeuvre est une lente et permanente spirale, illimitée... (1)

Lorsque j'ai commencé à travailler au Studio de Musique Électronique de la Radio de Cologne, j'avais l'intention de réaliser une courte “étude” d'environ dix minutes ; attitude prudente, car les circonstances de ma vie ne m'avaient donné jusque-là que peu de chances d'être en contact avec l'électronique, à mon grand regret. [...] Après avoir accompli les premiers tâtonnements inévitables, je me sentais chaque jour plus à l'aise dans le Studio et je recherchais des circuits sans cesse plus complexes.

J'ai alors remarqué que les sons que je produisais avaient un pouvoir étrange : à chaque fois que je décidais d'enregistrer un son, après l'avoir cherché longtemps, afin de le stocker comme “matériel” pour son usage ultérieur, les montres du studio semblaient devenir folles !

Je croyais enregistrer trois ou quatre minutes et quand j'arrêtais les magnétophones, les montres m'indiquaient déjà dix minutes - parfois plus... Le phénomène était pour moi très révélateur : tout ce que j'avais découvert dans l'écoute approfondie des musiques Orientales (l'allongement du temps occasionné par les fluctuations internes des corps acoustiques) éclatait, multiplié, dans le studio électronique ! Cette découverte m'avait donc mené à renverser mes perspectives.

Shânti n'impose pas tel ou tel aspect du monde. Dans les masses de sons comme dans les fragments de textes qui trouvent place dans ce travail, je ne “choisis” pas Shri Aurobindo par exemple “contre” Eldridge Cleaver ou Mao Tse-Tung : je les mets en présence, entre eux et devant vous, tout comme je mets en présence les forces les plus diverses du son, les unes en face des autres : “Toutes me concement”. Comme Mao Tse-Tung le souligne : “Wai Tcheng, qui vivait sous la dynastie des Tangs, dit ; écouter tous les côtés t'éclaire, n'en écouter qu'un seul te plonge dans les ténèbres”. (2)

(1) Extraits de la présentation rédigée en 1978 par Jean-Claude Eloy pour l'album LPs “Shânti” publié par Erato (STU 71205-6).

(2) Extraits du texte de Jean-Claude Eloy publié dans le programme du festival “The London Music Digest”, “Round House”, Londres, 1975.