Parcours thématique

Histoire du tourisme dans les Alpes

Anne-Marie Granet-Abisset

Introduction

"On ne naît pas touriste, on le devient. A double titre : d'abord parce qu'on acquiert ou non, tout au long de sa jeunesse, une culture des vacances, du tourisme et des voyages qui marque nécessairement à l'âge adulte les habitudes, les pratiques touristiques. Parce qu'ensuite, nous sommes aussi peu ou prou, à travers les récits, les habitudes, les comportements qu'elles nous lèguent, le produit des générations de touristes et de voyageurs qui nous ont précédé. Impossible donc, pour comprendre le tourisme d'aujourd'hui, de faire l'impasse sur ce qu'il était hier" [1]. Cette citation en exergue de ce parcours, inscrit le sens et l'orientation retenus pour traiter du tourisme, qui intègrent la longue durée, une donnée nécessaire pour en mesurer les effets sur les territoires alpins. Ceux-ci sont en effet passés au cours des trois derniers siècles du stade de territoires ignorés et redoutés à ceux de territoires recherchés, aménagés par d'autres et pour d'autres que les habitants traditionnels. Durant cette même période on assiste à une alternance voire un renversement des saisons majeures : d'abord uniquement estivale la montagne touristique devient à partir des années 50 essentiellement hivernale [2] avant de redonner une large place à l'été à côté de la saison d'hiver.

En 1787, un an après que la crête sommitale du Mont Blanc ait été atteinte pour la première fois par les deux Chamoniards le Dr Paccard et Jacques Balmat, le Genevois Horace Bénédict de Saussure gravit le Mont Blanc sous la conduite du cristallier Balmat et sous bonne escorte. Cet événement est considéré comme le début de l'alpinisme mais aussi celui du tourisme dans les Alpes. En effet, comme l'a montré Philippe Joutard, cette ascension médiatisée [3] instaure l'image forte du monde de l'alpinisme jusqu'aux années 1980 : le tandem emblématique du guide local et du client urbain et extérieur à la vallée [4]. Souvent issu d'une catégorie sociale élevée, ce dernier vient chercher pour conquérir les hauts sommets devenus « terrain de jeu »[5], l'expérience et le savoir d'un habitant qui lui se réserve la fonction du guide.

Considérer cet exploit comme la date fondatrice du tourisme alpin, c'est oublier que la conquête des sommets s'inscrit dans la longue durée. Le développement initial démarre au XVIe siècle avec une série de premières dans les Alpes suisses [6], sans oublier en 1492, l'autre ascension fondatrice : celle du Mont-Aiguille (Isère). La haute montagne a connu ensuite un long effacement associé à la crainte et l'effroi inhérents à ces « monts maudits » [7] avant que progressivement l'esprit des Lumières et la croyance dans le « Progrès » ne rendent ces confins à nouveau dignes d'être bravés et explorés. Un mouvement qui accompagne l'arrivée de nouvelles catégories de voyageurs, séjournant dans ces territoires, empreints du goût de l'aventure, de la soif de connaissances théoriques, scientifiques pour la plupart, et de la volonté de les expérimenter. Elites aristocratiques et bourgeoises veulent conquérir ces terres inconnues et transgresser les interdits qui leur étaient jusqu'alors associés pour « goûter à ces horribles beautés » [8].

Cordée d'alpinistes

Cordée d'alpinistes

Cette gravure provient du fonds iconographique du Musée dauphinois.

1890
-
Fiche (01006)
Cordée de touristes

Cordée de touristes

Gravure d'Yves Robida publiée dans La Vie Parisienne et provenant du fonds iconographique du Musée dauphinois.

28 aoû 1875
-
Fiche (01008)

« Les premiers étrangers connus, que la curiosité des glaciers ait attirés à Chamouni, regardaient sans doute cette vallée comme un repaire de brigands, car ils y allèrent armés jusqu'aux dents, accompagnés d'un nombre de domestiques, qui étaient aussi armés ; ils n'osèrent entrer dans aucune maison, ils campèrent sous des tentes qu'ils avaient portées, et ils tinrent des feux allumés et des sentinelles en garde pendant toute la nuit [...]Les vieillards de Chamouni s'en souviennent et ils rient encore des craintes de ces voyageurs et de leurs précautions inutiles ». [9]

Elément intéressant que cette permanence des relations compliquées entre touristes et habitants. L'incompréhension le plus souvent réciproque se mâtine d'un intérêt bien compris de part et d'autre : aux touristes le plaisir et l'impression de supériorité et le sentiment de la modernité ; aux habitants l'apport d'une économie indispensable, le plus souvent florissante.

[1] Viard Jean (1998), Réinventer les vacances. La nouvelle galaxie du tourisme, Paris, : la Documentation française édit., 335 p., p.55.

[2] Dans une complémentarité inverse des côtes littorales, l'autre territoire touristique.

[3] Dans la presse locale puis par une série de gravures et d'estampes.

[4] Philippe Joutard, L'invention du Mont-Blanc, Paris, Gallimard, 1986.

[5] Selon l'expression devenue consacrée de Leslie Stephen, historien et alpiniste britannique.

[6] Voir en particulier la chronologie des ascensions réalisées au XVIe siècle établie par Reto Furter « Le prime salite alpine : una panoramica dal Trecento all'Ottocento » dans Ambrosi Christian, Wedekind Mickael (2007), Alla conquista dell'immaginario. L'alpinismo come proiezione di modelli culturali e sociale borghesi tra Otto e Novecento, Treviso, Antilia, p. 15-32.

[7] Premier nom du Mont Blanc.

[8] Selon une expression fréquemment employée par les récits de voyageurs.

[9] Anecdote rapportée par H.B. de Saussure (1766), Voyage dans les Alpes, Genève, t. II paragr. 732.

Le tourisme moderne : une notion définie depuis le XIXe siècle

Très classiquement et selon les définitions des dictionnaires reprises par les grands organismes officiels dont l'OMT (Organisation Mondiale du Tourisme), le sens du mot tourisme part d'une notion simple : « toute personne en déplacement hors de son environnement habituel pour une durée d'au moins une nuitée et d'un an au plus ». Les élargissements récents rendent compte de l'évolution de la fonction et désormais du secteur d'activité économique que ce mot recouvre. [10]

 Le tourisme en Isère

Le tourisme en Isère

Le reportage dresse le bilan de la saison hivernale. L'lsère reste la troisième destination de montagne en cette saison. Le département s'adapte à la fréquentation et propose des activités variées afin de plaire à tous les publics. La saison d'été est de plus en plus tardive et la fréquentation chute à partir du 20 août. Le département de l'Isère doit faire des efforts en termes d'accueil notamment, s'il veut rester la treizième destination touristique française.

26 juil 1999
02m 10s
Fiche (00008)

Au départ, le tourisme reste très lié à la notion de voyage tel que le conçoit l'aristocratie, c'est-à-dire un des composants des loisirs qui définissent son mode de vie, étant la seule catégorie à pouvoir en disposer. Cette filiation reste marquée dans le sens donné au mot tourisme comme « le fait de voyager ou de parcourir pour son plaisir, un lieu autre que celui où l'on vit habituellement, ce qui peut impliquer la consommation d'une nuitée auprès d'un hôtelier et éventuellement la réservation de titre de transport » [11]. L'intérêt de cette définition est de pointer les éléments caractéristiques du tourisme tel qu'il s'est implanté dans les Alpes : l'arrivée de populations étrangères au territoire dans le seul objectif d'y pratiquer leurs loisirs toujours associés aux notions d'agrément et de bien être [12]. Ces séjours temporaires bénéficient des infrastructures résidentielles et de transport dont ils entraînent également le développement. Les nouvelles résidences et équipements hôteliers se greffent sur des villages ou des bourgades existantes ou entraînent la création ex nihilo de stations.

Le Briançonnais - le plus beau ciel de France

Le Briançonnais - le plus beau ciel de France

Affiche issue du fonds iconographique du Musée dauphinois.

1950
-
Fiche (01007)

En deux siècles en effet, le tourisme est devenu non seulement une activité nouvelle, proposant des innovations multiples, mais, au cours des 50 dernières années, un secteur économique majeur et un des pivots des sociétés de montagne. Cette prégnance pose les risques d'une mono-activité, rendant sensibles ces espaces organisés jusqu'alors dans la complémentarité de la poly-activité des hommes, des familles comme des territoires.

[10] Tourisme d'affaires, religieux, culturel, de masse, social, écotourisme, etc...

[11] définition reprise de l'OMT.

[12] Au-delà de la notion de plaisir qui renvoie aux loisirs, à l'exception du tourisme d'affaires, le déplacement dans le cadre du tourisme n'est pas lié à l'exercice d'une activité rémunérée.

Excursionnisme, thermalisme, alpinisme : les trois piliers du tourisme du XIXe siècle

L'histoire de l'arrivée des touristes, alpinistes et excursionnistes dans ces territoires a été travaillée depuis plusieurs années déjà, que ce soit par les historiens des loisirs et du tourisme ou par les historiens de l'alpinisme ou encore par les érudits et professionnels de la montagne [13]. A un autre niveau, les textes écrits par les contemporains (papiers pour les guides touristiques ou récits de voyage rédigés à titre personnel) sont des sources essentielles, très précieuses pour appréhender le nouvel attrait qu'exercent ces territoires sur certaines catégories.

Généralement, les Anglais sont considérés comme les initiateurs du tourisme moderne, adaptant la pratique du Grand Tour [14] à de nouvelles destinations et à de nouvelles activités. Les touristes ne sont plus seulement les hommes jeunes du Grand Tour initiatique, mais ils se recrutent dans toutes les tranches d'âge et concernent aussi bien les hommes que les femmes. Les voyages associés à ces nouveaux loisirs prennent un caractère itératif et régulier. Ainsi mers et littoraux comme montagnes et sommets d'altitude deviennent des lieux à parcourir et leur attrait, le signe de la mutation des loisirs, dans un contexte qui affirme la dynamique d'une nation en avance techniquement et économiquement. Aussi le développement du tourisme est-il très largement associé à l'industrialisation et à l'urbanisation des sociétés européennes qui expriment en contrepoint un goût pour la nature et les espaces vierges. Durant cette période, un mouvement parallèle nommé « exode rural » contribue à la dépopulation progressive de ces mêmes territoires, parachevé, dans les années 1960, par la déprise agropastorale [15] qui entérine le remplacement de l'économie agropastorale par celle du tourisme.

Dans ces nouvelles tendances, le thermalisme profite aux Alpes bien pourvues en eaux aux vertus thérapeutiques mais surtout à un mode de vie qui convient à ces élites internationales en quête de distinction sociale et de mondanités.

Allevard les Bains

Allevard les Bains

Affiche publicitaire de la compagnie des chemins de fer PLM (Paris Lyon Méditerranée) vantant les mérites de la station thermale d'Allevard les Bains. Cette affiche provient du fonds iconographique du Musée dauphinois.

1900
-
Fiche (01000)
 L'hôtel de l'Ermitage

L'hôtel de l'Ermitage

L'hôtel de l'Ermitage à Saint Nizier du Moucherotte a ouvert en 1959. Beaucoup d'artistes fréquentaient l'établissement, comme Brigitte Bardot, Luis Mariano ou Dalida. L'Ermitage était un hôtel de luxe, isolé de tout, avec vue sur les Alpes. Pour y accéder, une seule manière : la télécabine. Cette originalité a causé sa perte. Quand le vent souffle à plus de 60 kilomètres/heure, l'Ermitage est coupé du monde. Lassés, les clients désertent l'établissement qui ferme en 1975.

02 fév 2002
06m 24s
Fiche (00054)

Dans cette veine d'un tourisme de santé, le « bon air des Alpes », devient un slogan efficace, qui complète l'utilisation de quelques sites pour la lutte contre la tuberculose (Voir le parcours Montagne dangereuse/Montagne qui soigne ). La grande nouveauté tient dans la pratique de la marche, pour les excursionnistes que l'on nommera plus tard randonneurs, et surtout l'alpinisme qui joint conquête de la nature et exploit sportif. Le développement des transports (train puis automobile) [16] nécessitant le plus souvent des exploits techniques pour leur réalisation, mais aussi l'émergence de compagnies touristiques du type PLM (Paris Lyon Méditerranée), autorisent l'accès à des vallées jusque là méconnues de ce public dont les guides de voyage construisent la signalétique et l'intérêt. Les trains ne sont plus seulement des moyens de transport mais deviennent touristiques.

Chamonix Mont Blanc, le chemin de fer du Montenvers

Chamonix Mont Blanc, le chemin de fer du Montenvers

Cette affiche provient du fonds iconographique du Musée dauphinois.

1966
-
Fiche (01001)

[13] Jacques Perret, Guide des livres sur la montagne et l'alpinisme, 2 vol. Grenoble, 1997. Déjà ancien, il a le mérite de recenser tous les ouvrages sur les Alpes et permet de mesurer cette production.

[14] Circuit suivi par les jeunes de l'aristocratie européenne généralement en direction des hauts-lieux de l'Antiquité (Italie) pour compléter leur formation ; cela ne les empêche pas de parcourir les capitales européennes, au cours de ce séjour, pour se constituer leurs réseaux relationnels et renforcer les liens familiaux.

[15] Une manière d'indiquer la chute du nombre d'exploitations agricoles et la réduction des terres cultivées et pâturées, notamment dans les Alpes du sud.

[16] Tissot Laurent (2000) Naissance d'une industrie touristique. Les Anglais et la Suisse au XIXe siècle, Lausanne : Payot.

La diversification des activités : les effets du tourisme de masse

Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, le tourisme reste réservé à une clientèle de privilégiés, même si les lois de 1936, notamment celle des congés payés, ouvrent à une diversification dans la provenance sociale des touristes. La guerre de 39-45 ralentit cette évolution, même si le tourisme et l'engouement pour la montagne ne cessent pas. Etre touriste devient même, dans certains lieux comme à Villard de Lans, Megève, etc. une « couverture » pour les populations menacées (juifs, résistants), profitant des infrastructures touristiques déjà implantées. Durant cette première moitié du XXe siècle, la principale modification est l'essor du ski alpin. Le ski, d'abord emprunté aux pratiques nordiques, devient une spécialité alpine, utilisant les pentes pour la descente. L'école française de ski (future ESF), instaure, sous la houlette des champions formés à partir des premiers Jeux Olympiques (Chamonix 1924), les techniques à la base du développement de ce sport. Durant cette période est fondée, à Chamonix, l'école nationale pour le ski (qui deviendra ensuite ski et alpinisme), marquant la nécessaire professionnalisation du secteur. Une conséquence majeure du développement du ski, c'est l'allongement au cours de l'année de l'activité touristique avec, sur les mêmes espaces, une deuxième saison. Jusqu'alors la fréquentation des Alpes restait essentiellement estivale. Cette « extension » hivernale offre des possibilités majeures, renouvelant l'attrait de la montagne avec les sports d'hiver, même s'il faut attendre les années 1960 pour que « l'or blanc » devienne prépondérant.

C'est à partir des années 1950 que l'on peut véritablement évoquer le tourisme de masse, hivernal comme estival, avec l'explosion du nombre de ces « migrants saisonniers » [17], venant utiliser des territoires temporairement à des fins de découverte et de loisirs. Une série de lois et de mesures traduit cette démocratisation ainsi que les mutations qui donnent au tourisme ses formes actuelles (1956 : loi sur les 3 semaines de congés payés ; 1957 : première loi sur les réserves naturelles ; 1958 : création de Villages Vacances Familles (V.V.F) ; 1959 (18 juillet) : Comité Interministériel du Tourisme ; 1960 (22 juillet) : loi sur les parcs nationaux ; 1962 : création du Commissariat au Tourisme ; 1963 : décret créant les parcs naturels régionaux (PNR)).

Dans cette période de croissance économique qui voit l'enrichissement relatif des classes moyennes et le développement de la consommation, le tourisme devient à la fois un secteur économique majeur mais également un produit de consommation qui nécessite de multiplier les infrastructures d'accueil et de produire des équipements pour la pratique sportive, devenue un critère de bien–être. Ces années sont décisives pour l'affirmation définitive du tourisme dans les Alpes [18], transformant de manière essentielle les paysages comme les modes de vie. Les aménagements lourds tant immobiliers que du point de vue des équipements donnent aux territoires situés entre 1000 et 3000m d'altitude l'allure d'une montagne urbanisée avec des strates architecturales qui disent cette histoire et cette chronologie des équipements touristiques, (voir le parcours Stations de sports d'hiver dans les Alpes ), y compris avec ce qui pourrait devenir des friches touristiques comme les anciens équipements devenus obsolètes au regard des normes actuelles.

 L'avenir du tremplin olympique à Saint Nizier du Moucherotte

L'avenir du tremplin olympique à Saint Nizier du Moucherotte

Reportage sur le tremplin de saut à ski de Saint Nizier du Moucherotte construit pour les Jeux Olympiques de Grenoble en 1968. Il est depuis trente ans à l'abandon, l'entretien n'étant pas assuré par les pouvoirs publics en raison de son coût trop élevé. Très visité par les touristes, sa vétusté pose des problèmes de sécurité.

08 nov 1998
01m 24s
Fiche (00078)

Malgré la crise présente depuis le milieu des années 70, le tourisme ne cesse d'être au cœur des activités de la montagne, reflétant cependant les évolutions sociales et économiques générales ainsi que les orientations culturelles récentes. Dans une logique de concurrence croissante entre les régions touristiques, y compris de montagne, les territoires alpins français ont élargi la palette des activités proposées, sortant du « tout ski » des années 1970.

 Opération de séduction touristique en Haute Savoie

Opération de séduction touristique en Haute Savoie

Le Massif des Aravis a accueilli 120 journalistes venus de 30 pays pour essayer les différentes activités que propose la montagne en été. Le but de ce projet est de convaincre les clientèles émergentes que la France regorge d'activités, et ainsi attirer de nouveaux touristes. Les journalistes ont pu s'essayer au parapente, ou encore à l'accrobranche.

05 juil 2007
02m 45s
Fiche (00099)

Ils retrouvent l'importance de la saison estivale et multiplient les offres à partir des potentialités naturelles et culturelles (voir parcours La montagne sportive ). Cette logique de concurrence va même jusqu'à faire de la montagne un territoire comme les autres, avec des équipements dont l'installation suscite interrogation.

 Les parcs aquatiques à la montagne

Les parcs aquatiques à la montagne

Les grandes stations de sport d'hiver installent des complexes aquatiques pour attirer et garder les touristes qui peuvent ainsi combiner les activités ski et piscine comme l'explique Stéphane Lerendu, directeur de l'office de tourisme d'Avoriaz. Exemple avec le centre Aquariaz où poussent des plantes tropicales à 1 800 mètres d'altitude, à Avoriaz. D'autres projets sont en cours comme à Courchevel qui souhaite installer des bassins d'eau salée, ce qui ne plaît pas aux écologistes comme Claude Comet, interrogée.

26 fév 2013
02m 10s
Fiche (00095)

[17] Par analogie avec les habitants qui eux partaient l'hiver pour compléter leurs ressources dans le cadre de la pluriactivité. Ici les migrants sont les touristes qui font le mouvement inverse, celui de venir de la ville vers les montagnes, en hiver et/ou en été.

[18] Le tourisme représente en moyenne 8 % du PIB des deux régions alpines Rhône-Alpes et PACA et plusieurs milliers d'emplois, saisonniers comme permanents.

Le « touriste dans les Alpes », un modèle analogue, une clientèle socialement multiple

Depuis les années 1960, la fréquentation touristique s'est démocratisée et très fortement amplifiée quantitativement avec un attrait pour la montagne qui reste à un niveau important. Les effets de cette démocratisation se sont marqués dans l'importance numérique de la fréquentation mais aussi par un mouvement qui a connu un temps fort des années 1950 à la fin des années 1980 : le tourisme social.

 Albanne et la station des Karellis

Albanne et la station des Karellis

Le Maire de Montricher-Albanne, Aimé Pasquier, a pris contact avec l'association Renouveau, spécialiste en animation et gestion d'ensembles de vacances, dans le but de créer une station à caractère social. 18 mois de travaux ont permis l'ouverture d'un village de 900 lits. Afin d'attirer un maximum de personnes, la station propose divers avantages : la gratuité des remontées mécaniques ; de nombreuses animations ; l'abaissement des frais de séjour.

31 déc 1975
02m 37s
Fiche (00056)

Que ce soient les colonies de vacances, les « maisons d'enfants »- les centres de vacances (UCPA - Union des Centres de Plein Air, première formule) ou les résidences locatives accessibles à une clientèle plus modeste, le plus souvent dirigés par des municipalités ou des organismes sociaux, ce tourisme a initié des générations et un public large aux pratiques de la montagne estivale comme hivernale : ski, randonnée puis plus récemment, rafting, VTT et autres activités diversifiées proposées par les acteurs du tourisme.

 Les classes de neige

Les classes de neige

L'école communale de Vanves, en région parisienne, dans les Hauts de Seine, part un mois en classe de neige, à La Feclaz. Le matin, les élèves suivent les cours et l'après-midi, ils pratiquent le ski. Cette expérience a été menée dans l'école depuis plus d'un an, afin de savoir si cette organisation pouvait être mise en place dans d'autres établissements scolaires.

05 mar 1953
01m 08s
Fiche (00053)

Si la clientèle s'est diversifiée socialement, avec des modèles de pratiques touristiques et sportives analogues, le tourisme reste, surtout depuis les années 1990, un secteur où la séparation entre les catégories sociales est réelle si elle ne semble pas toujours apparente. Les centres sociaux de loisirs connaissent des difficultés très fortes qui vont de pair avec le renchérissement des séjours de sports d'hiver et la réglementation draconienne en termes de responsabilités vis-à-vis de la sécurité. Ils sont dorénavant transformés et vendus en logements. La ségrégation se marque par le prix de l'immobilier, des activités, la nature et le cadre même où s'effectuent ces activités. Ainsi le ski est-il redevenu le sport de luxe qu'il était dans les années 1920-1930. Les stations qui veulent se réserver la clientèle internationale économiquement élitaire accentuent le prix de leurs prestations et organisent leur immobilier et leurs commerces pour sélectionner cette clientèle.

 Les touristes étrangers à Tignes

Les touristes étrangers à Tignes

La station de Tignes reçoit en moyenne de 300 000 touristes chaque année. Parmi eux, 55% sont Français, 3% viennent du Benelux, 12% sont Suédois et 25% sont Allemands. Ces derniers sont de plus en plus nombreux et viennent plus tôt dans la saison, ce qui n'est pas pour déplaire aux commerçants. Le remplissage de la trentaine d'hôtels chaque saison est dû entre autres à la campagne de communication effectuée.

19 déc 1978
02m 44s
Fiche (00057)

A l'inverse la randonnée reste une activité ouverte à une clientèle très large socialement parlant, participant des mêmes plaisirs de la découverte des lacs ou des sommets accessibles, sans un équipement coûteux.

Entre vitesse et lenteur : les nouvelles tendances du tourisme alpin

Depuis quelques années s'observent de nouvelles tendances qui traduisent l'élargissement des formes du tourisme alpin par rapport à la norme en vigueur jusqu'à la fin du XXe siècle. Elles se marquent dans la diversification des activités. Les envies et demandes des différents pratiquants (ski extrême versus balades, téléphériques performants versus raquettes, festival de musique versus parapente, etc...) doivent être exaucés pour être fidélisés. Les acteurs du tourisme cherchent à gagner une nouvelle clientèle venant en montagne non plus pour l'exploit sportif mais pour trouver ou retrouver des cultures traditionnelles ou que l'on reconstruit à ces fins, dans la vague du tout patrimoine qui « envahit » la société contemporaine. Cette demande n'est pas sans rapport avec la volonté pour des groupes assez nombreux de revenir à une conception d'un temps moins stressant, de bénéficier d'une nature protectrice et protégée dans un retour à ce qui pourrait se rapprocher du désir d'une montagne idyllique des débuts du tourisme... sans le tourisme de masse, voire sans les habitants.

 Un refuge écologique dans le massif des Écrins

Un refuge écologique dans le massif des Écrins

Reportage sur le refuge écologique de la Juliane, dans le massif des Écrins, dans la vallée de la Vallouise. Les différents aspects de ce refuge sont présentés : la construction écologique en mélèze et laine de mouton ; l'autonomie en énergie ; la bonne humeur de la table d'hôte. Le refuge respecte l'environnement, la nature, et les repas sont biologiques.

17 juil 2008
01m 56s
Fiche (00003)

Pour autant, ces mêmes touristes ne dédaignent pas pouvoir accéder à toutes les possibilités des loisirs les plus en vogue. Pour d'autres au contraire, leur opposition à certaines formes de tourisme reste forte. Cela n'est pas sans poser la question du partage de mêmes espaces que chacun veut consacrer à ce qui lui semble être la norme. Une difficulté pour les territoires qui doivent désormais concilier les nouvelles tendances que Henri Durand nomme les 4 E : « Environnement and clean nature, Educational tourism, Event and mega event, Entertainment and fun ».

Bibliographie indicative

  • Corbin Alain (1995), L'avènement des loisirs, Paris : Aubier.

  • Rauch André (1988), Vacances et pratiques culturelles. La naissance des morales du dépaysement, Paris : PUF.

  • Boyer Marc (2000), Histoire de l'invention du tourisme : XVIe-XIXe siècles, Origine et développement du tourisme dans le Sud-est de la France, La Tour d'Aigues.

  • Boyer Marc (2005), Histoire générale du tourisme du XVIe au XXIe siècle, Paris : l'Harmattan.

  • Hoibian Olivier (2001), Les alpinistes en France, 1870-1960, une histoire culturelle, Paris : l'Harmattan.

  • Ambrosi Christian, Wedekind Mickael (2007) Alla conquista dell'immaginario. L'alpinismo come proiezione di modelli culturali e sociale borghesi tra Otto e Novecento . Treviso, Antilia, p. 15-32.

  • Bertho Lavenir Catherine (1999), La roue et le stylo. Comment nous sommes devenus touristes, Paris : Odile Jacob.

  • Pour les Alpes on peut renvoyer au numéro spécial « Tourisme et changement culturel » de la revue Histoire des Alpes - Storia delle Alpi – Geschichte der Alpen, 2004/9.

  • Körner Martin, Walter François (1996), Quand la montagne aussi a une histoire, Berne : Haupt.