Parcours thématique

La Picardie, berceau de la littérature française

Jacques Darras

C'est bien évidemment un postulat que nous posons avec ce titre. Qu'il convient de démontrer. Sur quoi nous appuyons-nous en effet pour pouvoir l'avancer ? Sur un principe très simple de continuité temporelle. Il y a, pensons-nous, continuité historique entre toutes les œuvres littéraires produites dans l'aire picarde, depuis la période qu'on appelle Moyen Âge. Précisons ici et c'est essentiel que nous entendons par « l'aire picarde », la zone géographique dans laquelle la langue picarde fut pratiquée et qui couvre la région actuelle du Nord-Pas-de-Calais ainsi que la Wallonie, jusqu'aux frontières de la langue néerlandaise.

 La langue picarde

La langue picarde

Le domaine linguistique du picard occupe un large territoire qui couvre une partie des départements de Picardie, Le Nord Pas-de-Calais et la région de Mons-Tournai en Belgique. Il est en régression depuis la Première Guerre mondiale. Les derniers "vrais patoisants" ruraux pour la plupart, disparaissent. A Oresmaux, un petit village de la Somme, le dernier, Ernest Pascal, a disparu en 1984. On peut l'entendre dans un document sonore (sous-titré), enregistré par P T Colleuille en 1975. Tchot d'Mmond reconnaît qu'il n'y a plus personne qui parle patois dans le village. Laurent Devime, président de l'association Tertous, explique que les locuteurs ne veulent pas dire qu'ils parlent le picard, cette pratique étant assimilée à un monde paysan, à une image négative. Mais, fait-il remarquer, dans le langage courant, il reste toujours des termes de picard qui sont utilisés dans la conversation. Des structures associatives comme les Patoisants du Ponthieu et du Vimeu, ou Ch'lanchron, maintiennent la tradition et la pratique de la langue picarde. Eugène Chivot, président des Picardisants du Ponthieu et du Vimeu, considère cette langue comme un patrimoine qui s'enrichit (il cite à ce propos l'apport de Léopold Devismes). Aimé Savary, explique qu'il y a une diversité dialectale qui n'aide pas à le compréhension de tout le monde. Eugène Chivot parle d'une "langue astucieuse" qu'on peu difficilement traduire parfois ; "pour écrire en picard, il faut penser en picard" conclut-il. Laurent Devime présente Lafleur symbole de ceux qui parlent picard. Son association, Tertous, qui regroupe 50 autres associations picardisantes milite pour une défense radicale de la culture picarde et de la langue, à la radio, la télévision, etc.

10 avr 1993
06m 51s
Fiche (00006)

Du Moyen Âge à la Renaissance. Du Nécrologe arrageois jusqu'aux cercles de la Réforme et l'imprimerie

C'est d'ailleurs ce que laissait entendre La Forêt Invisible le premier et à notre connaissance seul ouvrage à avoir traité de littérature en langue picarde, du Moyen Âge jusqu'à nos jours.

 Invité Jacques Darras pour la publication de "La Forêt invisible"

Invité Jacques Darras pour la publication de "La Forêt invisible"

Le poète essayiste Jacques Darras est l' invité de Pierre-Yves Morvan pour la publication de La Forêt invisible- au nord de la littérature française- le picard, un travail qui a demandé deux années de rédaction avec René Debrie, Pierre Ivart et Jacqueline Picoche. Ils on mis en valeur des textes qui étaient inaccessibles jusqu'alors (d'où l'invisibilité évoquée dans le titre de l'ouvrage). Grâce à cette somme, "la cathédrale de la littérature picarde" est visible depuis le XIIIe siècle jusqu'au XXe siècle, tout en reflétant la continuité de la langue picarde. Les propos sont illustrés de textes enluminés du Moyen Âge et du Tintin en picard Les Pinderlots de l'Castafiore.

09 avr 1985
03m 50s
Fiche (00745)

Cependant que voit-on se produire au lendemain de cette extraordinaire floraison d'à peine deux siècles, (XIIe-XIIIe) dont on rappellera qu'elle coïncide avec l'édification des cathédrales (Noyon, Laon, Amiens, Beauvais etc...) mais aussi la prospérité commerciale de cités comme Arras (la toile), Amiens (la guède) ? Deux événements majeurs sont venus interrompre la continuité économique et artistique. La première est l'invention et la vulgarisation de l'imprimerie. Les axes économiques se déplacent d'autant dans la géographie. Les routes de la Renaissance joignent désormais Venise et Florence à l'Allemagne rhénane (Mayence, Cologne) et bientôt l'Angleterre. D'entre toutes les villes françaises Lyon et Strasbourg tirent leur épingle du jeu. Ni Arras ni Amiens ni Lille n'existent plus dans cette révolution. D'autant qu'au Nord les relations se tendent entre une couronne de France affaiblie et un Duché de Bourgogne conquérant. Une frontière se crée autour d'une petite rivière marécageuse étroite, la Somme, qui va déjouer les franchissements et annexions au cours des cinq siècles suivant. Jusqu'au massacre ultime de la Guerre de 14-18, lequel surviendra un peu comme un solde général. Annexée alternativement par les Flandres, puis les Habsbourg ou par la Monarchie française, la Picardie sera divisée, dépecée, harcelée par des coalitions d'armées. Devant le danger représenté par l'Empire hispano-habsbourgeois, François Ier en fera un gouvernement (et un glacis) militaire pour mieux protéger Paris. Qu'une identité picarde ait pu survivre en dépit de ces avatars politiques, au milieu de tant de souffrances tient de l'exploit, d'une constance dans la volonté de survivre. Qui aura forgé le caractère picard. Paroles intériorisées, grand sens de l'ironie, esprit littéraire développé - n'expliquez pas autrement La Fontaine. Une fronde prend alors naissance contre Paris qui n'est pas éteinte mais que nous tenterons d'expliquer joyeusement par la littérature, contre toutes les tentatives devenues quasiment inconscientes d'extinction aussi bien que contre les velléités autonomistes absurdes.

L'étape suivante est double. Puisque les Bourguignons jouent un jeu diplomatique intelligent, au Nord de la Somme, et que la cour ducale promène son nomadisme d'Arras à Lille, à Tournai et Bruxelles, sans oublier ses longues résidences d'été dans le parc estival rafraîchi par l'Authie, au vieil Hesdin (dénomination actuelle), les élites picardes se tournent vers la cour Franco-flamande. Ils vont y fournir vraisemblablement le meilleur des troupes mais aussi des écrivains. Leur spécialité c'est l'histoire. On les appelle chroniqueurs. Les grands chroniqueurs de la Cour de Bourgogne (qui sont parfois les mêmes que les « grands rhétoriqueurs », dans le cas du Desvrois Jean Molinet) sont pour leur majorité Picards. Le plus célèbre d'entre eux, Jean Froissart, est Valenciennois. Il est l'historien d'autant plus incontesté de la Guerre de Cents ans qu'il suit Philippa de Hainaut, épouse d'Edouard III, à la cour anglaise. Ses descriptions de la bataille de Crécy-en-Ponthieu sont un chef d'œuvre de narration.

 Crécy-en-Ponthieu haut lieu de l'histoire de France

Crécy-en-Ponthieu haut lieu de l'histoire de France

Crécy-en-Ponthieu a conservé les vestiges de la bataille entre Anglais et Français du 26 août 1346. Explication du déroulement de la bataille. Une croix a été édifiée sur le champ de bataille, la croix de Bohème pour commémorer la mémoire du roi de Jean de Luxembourg mort sur le champ de bataille. Le maire, Pierre Brantrand souligne la vocation touristique et historique de sa ville. Le syndicat d'initiative a ouvert une salle d' exposition regroupant les trouvailles effectuées dans cette région riche en histoire comme le prouvent sépultures gauloises découvertes dans la forêt de Crécy.

26 aoû 1346
04m 49s
Fiche (00406)

Comme Picards au sens géographique strict, nous avons déjà vu Robert de Clari. Il y a également Enguerrand de Monstrelet et Mathieu d'Escouchy les continuateurs de Froissart (mort en 1404), qui tiennent la chronique de la Bourgogne et auxquels William Shakespeare se réfèrera dans ses pièces historiques. Jean Molinet, natif du Boulonnais, est à la fois poète et chroniqueur. C'est un poète quasiment rabelaisien avant la lettre, concocteur de listes, d'énumérations, de farcissements phonétiques imitant quelquefois le son des batailles et le bruit du mousquet comme dans sa Journée de Thérouanne. Par ses vers onomatopéiques, il annonce la grande opération de « dérimage » à laquelle se livrent de la main gauche ces écrivains de chronique, qui assurera à terme la victoire de la prose sur la poésie.

Helléniste et latiniste picard, formé à la Sorbonne, Jacques Lefèvre d'Étaples traduit l'Évangile en 1523. Nommé en 1520 vicaire de l'évêque Briçonnet à Meaux, Lefèvre crée un groupe de réflexion qu'on nommera par la suite Cercle de Meaux, aux fins d'améliorer la formation des prêtres par la lecture des textes. Dans ce cercle figure un autre Picard, l'Amiénois François Vatable (Wattebled latinisé), grand helléniste et hébraïsant qui professera l'hébreu au Collège de France dès sa création par François Ier en 1530. Tous font suivre leur nom latin de la mention Ambianensis, Amiénois, affichant clairement leur origine provinciale. La figure la plus éclatante de tous ces Réformistes, la plus consciemment radicale aussi demeure cependant celle du Noyonnais Jean Calvin. Avec lequel on ne quitte absolument pas la littérature. Ni non plus les réseaux picards si l'on veut bien accepter ce terme puisqu'il semble croiser Lefèvre d'Étaples à Nérac où son compatriote termine son existence entre 1530-1536. Calvin dont le nom est la version latinisée du banal Cauvin ne fut pas seulement un grand penseur du christianisme mais également un écrivain de tout premier plan. Son Institution de la religion chrétienne éditée en latin à Bâle (1536) puis traduite en français par ses soins est un chef d'œuvre de style, rigueur, mouvement et clarté. Assurément un grand texte de la littérature française.

 Jean Calvin

Jean Calvin

Évocation de Jean Calvin qui naît en 1509 à Noyon. Attiré par les idées luthériennes, il fonde une nouvelle église et doit quitter la France pour la Suisse où il rédige L'institution de la religion chrétienne, livre de base de la Réformation. Georges Casalis du musée Calvin à Noyon, retrace le cheminement du jeune Calvin de Noyon à Paris, puis l'exil en Suisse.

13 déc 1986
07m
Fiche (00433)

De l'édit de Villers-Cotterêts au siècle des Lumières. Défense et illustration de la langue française.

Sous François Ier, des Picards deviennent donc non seulement traducteurs émérites de l'antiquité mais réformateurs audacieux de la religion chrétienne. Leur mérite est grand puisque la technique d'imprimerie ne vient pas jusqu'à eux. Ils vont donc à elle. Du même coup, ils mettent leur savoir linguistique au service de la langue française. C'est environ à cette même date, 1539, que François Ier, rappelons-le, promulgue le célèbre édit de Villers-Cotterêts. Ville de Picardie, chacun le sait. À proximité des forêts que les monarques ont fait planter pour la chasse. Or l'édit en question affirme très explicitement la prééminence de la «l angue maternelle françoise » sur le latin, dans la rédaction de tous les actes civils, mais aussi de manière plus implicitement insidieuse sur les langues dites régionales.

 450ème anniversaire de l'ordonnance de Villers-Cotterêts

450ème anniversaire de l'ordonnance de Villers-Cotterêts

Jacques Pelletier, ministre de la coopération, et Alain Decaux, ministre de la francophonie sont venus à Villers-Cotterêts commémorer le 450ème anniversaire de l'ordonnance de Villers-Cotterêts signée en 1539 par François Ier. Alain Decaux en souligne l'importance : ce fût un premier pas vers la généralisation de l'emploi du français. Les actes judiciaires devaient être rédigés dans la langue maternelle donc plutôt français au nord et la langue d'oc au sud.

aoû 1539
02m 07s
Fiche (00412)

Est-ce à dire que les réformistes français dans leur splendide travail de traduction auraient travaillé contre leur idiome picard originel ? Leur solidarité d'« ambianensis » comme ils se désignaient eux-mêmes, aurait-elle, dans un monde national en transformation, sonné le glas de l'ancienne nation médiévale ? À partir de Villers-Cotterêts, et jusqu'à aujourd'hui, la centralisation linguistique s'affirme en France au nom de la cohérence administrative. C'est ce que concrétise déjà la romancière abbevilloise Hélisenne de Crenne (Marguerite Briet), redécouverte en 1902 par son compatriote Ernest Prarond. Son roman Les Angoisses douloureuses qui procèdent d'amour (1538-1541) s'organise très audacieusement autour de la narratrice, à travers une langue précieuse d'affinités latines réprimées. Résister à pareille immobilisation du style versaillais devient un art périlleux. Surtout après Vaux-le-Vicomte, comme en fait l'expérience La Fontaine. Lequel naît à Château-Thierry en 1621, dans la propriété (aujourd'hui transformée en musée) de son père Charles, Maître des Eaux et Forêts et capitaine des chasses. On a coutume de présenter le génial fabuliste (1668, les livres I à VI des Fables) comme l'imitateur et continuateur d'Ésope.

 Jean de La Fontaine et Château-Thierry

Jean de La Fontaine et Château-Thierry

Jean Paul Delance se rend sur les traces de Jean de La Fontaine dans sa ville natale Château-Thierry dans l'Aisne : l'église où il fut baptisé, la maison de sa naissance. Celle-ci est devenue un musée. Brigida Verstraete, coordinatrice des visite évoque la vie de La Fontaine dans la période où il résida dans la ville. Ses première fables sont publiées en 1668 et il devient un homme lettré reconnu. Cependant il n'a jamais renié ses origines et en retour sa ville natale le met à l'honneur : sa maison musée est restaurée. Le maire Jacques Krabal explique les projets de la ville. On a retenu de son œuvre ses fables inspirées de textes de l'Antiquité qui sont, nous explique Jean Claude Belin, professeur de lettres classiques, un critique de la société de l'époque.

28 mai 2011
05m
Fiche (00736)

Certes, La Fontaine est un classique qui prendra bientôt le parti des Anciens dans la querelle les opposant aux Modernes. Mais c'est avant tout un forestier lui-même, ayant acquis la charge de Maître triennal des Eaux et Forêts en 1652 à quoi s'ajoutera un jour l'héritage de son père. Croire qu'il aura fréquenté la cour et les salons parisiens plutôt que les bois de son duché est faire une mauvaise lecture. Les Picards le savent bien, les deux sont possibles. Sa connaissance des animaux liée à son observation ironique des mœurs sociales procède d'un équilibre parfait : il pratique les deux mondes avec grâce, passant ironiquement de l'un à l'autre. D'ailleurs, au besoin, il distillera en passant tel dicton picard marquant sa provenance comme dans la fable du Livre IV Le loup, la mère et l'enfant où l'on voit une mère promettre au loup sa progéniture puis évidemment se raviser dès lors même que la bête invoquée paraît et se fait tuer « bêtement ».

On assomma la pauvre bête

Un manant lui coupa le pied droit et la tête :

Le Seigneur du village à la porte les mit,

Et ce dicton picard à l'entour fut écrit :

Biaux chire leups, n'écoutez mie

Mère tenchent chen fieux qui crie

La Ferté Milon est distant de quelques kilomètres à peine de Château-Thierry. Jean Racine est donc voisin d'espace sinon de temps (il naît en 1639). Il serait même apparenté à Marie Héricart, la fille du bailli de La Ferté Milon qu'épouse la Fontaine en 1647. Vite orphelin de père et mère Racine est élevé et éduqué chez les Jansénistes de Port-Royal qui le font savant en grec et latin. Son théâtre nous a rendu familière sa relation aux héros grecs et ceux de la Bible. Mais il n'oublie pas tout à fait ses origines picardes. Qu'il confie au personnage de Petit Jean dans Les Plaideurs, son unique comédie. Lequel entonne ce célèbre monologue à l'entrée de l'acte I :

Ma foi ! sur l'avenir bien fou qui se fiera :

Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.

Un juge, l'an passé, me prit à son service ;

Il m'avait fait venir d'Amiens pour être suisse.

Tous ces Normands voulaient se divertir de nous.

On apprend à hurler, dit l'autre, avec les loups :

Tout Picard que j'étais, j'étais un bon apôtre,

Et je faisais claquer mon fouet tout comme un autre.

Tous les plus gros monsieurs me parlaient chapeau bas :

"Monsieur de Petit−Jean", ah ! gros comme le bras !

Mais sans argent l'honneur n'est qu'une maladie.

Ma foi, j'étais un franc portier de comédie :

On avait beau heurter et m'ôter son chapeau,

On n'entrait pas chez nous sans graisser le marteau.

Point d'argent, point de Suisse, et ma porte était close.

C'est en 1668 que paraît la comédie, autrement dit l'année même où est publié le premier livre des Fables de La Fontaine. Beau succès double sur le « front » picard ! Le cadet du fabuliste n'a pas perdu de temps. D'ailleurs les deux écrivains se sont reconnus dès les années 1660 et se soutiendront mutuellement. Les mots de Petit-Jean font entendre le même humour de dérision malicieuse, la référence complice au « loup » des Fables, sans compter les allusions à telle rivalité provinciale avec la Normandie (Corneille ?). Mais les Picards ont désormais clairement choisi le parti de la Cour et la langue française qu'ils vont traiter avec déférence et subtilité. Dans les deux derniers cas avec génie, dans d'autres exemples, tel leur quasi contemporain Vincent Voiture originaire d'Amiens, (1597), avec légèreté.

Entre-temps, les esprits se sont tendus, l'ironie est devenue d'autant plus radicale que les idées politiques circulent et que la Révolution anglaise a introduit un régime de monarchie constitutionnelle contrôlé par le Parlement.

À Londres, l'Abbé Antoine François Prévost originaire d'Hesdin, que son existence tumultueuse a successivement conduit à être militaire, moine bénédictin vite défroqué, journaliste et romancier publie L' Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut (1728-1731). Inspiré des romans anglais (Moll Flanders de Defoe, 1722) le livre de Prévost a été condamné à être brûlé par le Parlement. Comme Voltaire, le romancier a fui à Londres où il deviendra l'un des tout premiers spécialistes de l'Angleterre avant de revenir terminer ses jours à Vineuil-Saint Firmin, aux portes de Chantilly. Toutes ces vies décousues et hachées par l'exil vont progressivement se structurer et transformer, cinquante ans plus tard, l'esprit de fronde en véritable révolution. Comme pour la Réforme et sans doute dans la continuité même d'une résistance à l'autorité centrale, de nombreux esprits picards s'affichent révolutionnaires. Dressons une liste sommaire : Camille Desmoulins, Nicolas de Condorcet, Louis Antoine de Saint Just, Gracchus Babeuf, Antoine Fouquier-Tinville ont tous partie liée, à divers titres, avec les futurs départements de l'Aisne ou de l'Oise.

 La maison-musée de Saint-Just à Blérencourt

La maison-musée de Saint-Just à Blérencourt

Découverte de la maison de Saint-Just à Blérancourt. Sa demeure est devenue un musée moderne et interactif. Rappel biographique avec Hervé Paturé  : des études au collège des oratoriens à Soissons, à 25 ans il est élu député de l'Aisne à la Convention. Il devient proche de Robespierre et intègre le Comité de Salut public. Il se montre impitoyable avec les ennemis de la jeune République on le surnomme " l'archange de la terreur". Il est guillotiné en 1794. Elisabeth Dieval, présidente de l'Office de tourisme de Blérancourt, présente les nouveaux aménagements de ce musée.

08 sep 2010
01m 58s
Fiche (00426)

Du premier manifeste communiste de Babeuf (le Cadastre perpétuel) aux positions féministes et abolitionnistes de la peine de mort du mathématicien et juriste Condorcet, on peut évaluer l'étendue de la contribution « picarde » à ce grand tournant politique européen.

 Ouverture d'un musée à la maison natale de Condorcet

Ouverture d'un musée à la maison natale de Condorcet

Robert Badinter ancien ministre de la Justice est venu inaugurer le musée Condorcet, situé dans maison natale du philosophe et mathématicien, à Ribemont dans l'Aisne, en présence des députés Jean-Pierre Balligand et Jacques Pelletier et du maire Michel Potelet. Condorcet a considérablement influencé le parcours politique de Robert Badinter qui lui a consacré un ouvrage.

05 mai 2001
01m 47s
Fiche (00421)

On pourrait même leur annexer, par volonté extensive mais aussi bien légitimité historique, cet autre Picard que fut l'Arrageois Maximilien de Robespierre. Condisciple de Camille Desmoulins au lycée Louis le Grand ce jeune avocat amateur de poésie n'a-t-il pas composé en 1785 un Éloge de Gresset pour le concours de l'Académie d'Amiens. D'autres figures tout aussi singulières que novatrices se distinguent au cours de ce XVIIIe siècle. Deux d'entre elles vont traverser la Révolution sans dommage. Celle du botaniste Jean Baptiste de Lamarck (Bazentin 1744), devenu professeur de zoologie au Museum d'Histoire naturelle, dont la Philosophie zoologique (1809) l'impose en penseur majeur de l'évolution sous le nom de « transformisme ».

 Lamarck et la météo

Lamarck et la météo

Portrait de Jean-Baptiste de Monet chevalier de Lamarck, né en 1744 à Bazentin (Somme), botaniste au Muséum d'histoire naturelle, zoologiste de renom, il est moins connu pour son travail sur la météorologie moderne. Il y a 200 ans, en 1807, il proposait l'installation d'un réseau de stations météo dans toute la France, pour prévoir le temps au jour le jour. JR Wattez , nous explique comment Lamarck a eu cette idée. Elise Dolivet et Yves Potard relatent que seul contre tous, il va entreprendre d'étudier ce qu'il nomme les météores, la pluie, le vent, la grêle, une hérésie pour nombre de ses contemporains.

21 déc 2007
04m 30s
Fiche (00317)

Celle de l'ingénieur artilleur Choderlos de Laclos qui, avant de préparer la décisive victoire de Valmy pour la Révolution et de servir sous Napoléon dans l'armée du Rhin en 1800, aura eu le temps d'écrire un chef d'œuvre de stratégie amoureuse mozartienne, Les Liaisons dangereuses (1782). Quant au savant philologue amiénois Charles (du Fresne) du Cange, nous savons assurément que le mentionner seulement à ce stade constitue un anachronisme total puisqu'il est mort en 1688. Mais c'est pour clore très symboliquement le long et brillant chapitre ouvert par la Renaissance jusqu'à cette seconde Renaissance que fut le siècle des Lumières. En publiant en 1678 son « Glossaire du moyen et bas latin » Glossarium ad scriptores mediae et infimae latinitatis, puis en rééditant son exploit pour le grec (1688) du Cange explorait le premier le passage du latin de l'Empire Romain au français médiéval, donc à la langue d'oïl picarde.

De Jules Verne aux poètes contemporains. Après le passage des guerres, une sensibilisation extrême à l'espace.

Ce qui va suivre est moins brillant. Dit de manière brutale, la Picardie manque l'étape du Romantisme. Il y a deux exceptions notoires. L'une mineure, représentée par l'auteur de La Chute des Feuilles le poète abbevillois Charles-Hubert Millevoye (mort en 1816). Renouant avec l'octosyllabe, Millevoye le mélancolique annonce la venue du plus ambitieux Lamartine.

Le rossignol était sans voix.

Triste, et mourant à son aurore,

Un jeune malade, à pas lents,

Parcourait une fois encore

Le bois cher à ses premiers ans :

" Bois que j'aime ! adieu... je succombe.

Ton deuil m'avertit de mon sort ;

Et dans chaque feuille qui tombe

Je vois un présage de mort.

L'autre exception, majeure quant à elle, est représentée par Gérard de Nerval, seul véritable romantique français dans la veine européenne des Anglais et des Allemands.

 L'enfance de Gérard de Nerval

L'enfance de Gérard de Nerval

Le poète Jean Rousselot évoque l'enfance de Gérard de Nerval à Mortefontaine dans l'Aisne. Il ne reste plus que la maison délabrée qui appartenait à l'oncle du poète où, peut-être, il habita. Sur les images des décombres de la maison, sont évoqués les livres que le jeune Gérard a pu lire. Ce voyage se termine à Loisy, village où Gérard de Nerval était en nourrice, puis à l'école de Mortefontaine.

15 jan 1967
05m 35s
Fiche (00738)

Nerval, dont le nom de plume provient d'une pièce de terre appartenant à son oncle maternel à Mortefontaine, fut un voyageur dans l'espace et dans le rêve, voire les deux conjugués. Grand amateur de théâtre, il est aussi le premier à avoir fait passer Goethe (Faust) et Heine en français. Voyageant avec son compatriote et ami Alexandre Dumas jusqu'au Rhin, il parcourt également à pied toute l'étendue du Valois, allant de château en château (Sylvie, Aurelia), méditant à la beauté des chansons anonymes qui constituent le répertoire des chansons d'enfance françaises (La Bohème galante). À Ermenonville comme à Chaalis, il salue l'ombre de Jean-Jacques Rousseau, à Senlis il idéalise le charme des jeunes filles. C'est peu de dire qu'il a laissé l'empreinte du mystère sur ce paysage forestier aux portes de Paris. Célébrer Nerval c'est, Chimères en tête, s'enfoncer dans un bois du côté d'Orrouy ou suivre les rives embroussaillées de la mystérieuse rivière Automne.

Si Nerval a fait de la Picardie une terre d'embarquement pour le rêve, son ami de Villers-Cotterêts (la ville de l'édit pris par François Ier en 1539) Alexandre Dumas, auteur de théâtre et romancier, fait du rêve un succès littéraire et social considérable. Il naît en 1802, d'un père général mulâtre ayant combattu dans les armées de la révolution française et d'une fille d'aubergiste de Villers-Cotterêts. L'écrivain est attaché à son lieu natal. En témoignent ces mots :

« Je suis lié à Villers-Cotterêts, petite ville du département de l'Aisne, située sur la route de Paris à Laon, à deux cents pas de la rue de la Noue, où mourut Demoustiers, à deux lieues de la Ferté-Milon, où naquit Racine, et à sept lieues de Château-Thierry, où naquit La Fontaine. »

 Les routes littéraires de l'Aisne et de l'Oise

Les routes littéraires de l'Aisne et de l'Oise

Présentation des routes littéraires de l'Aisne et de l'Oise, que l'on pratique à pied, avec un guide. Dans la vallée de l'Automne, de Villers-Cotterêts à Coyolles, on côtoie Alexandre Dumas et Gérard de Nerval. On découvre les traces de Jean Jacques Rousseau à Ermenonville, puis on poursuit avec le musée Jean de La Fontaine à Château-Thierry, puis celui de Racine dans sa maison natale de La Ferté-Milon. Enfin, Paul Claudel qui est également passé dans l'Aisne : à La Ferté, mais surtout à Villeneuve-sur-Fère. En conclusion, le président de l'association ADENOVE nous fait part de ses projets culturels.

30 nov 1997
05m 49s
Fiche (00713)

On sait que l'installation de Verne en Picardie vient de sa rencontre fortuite d'une veuve amiénoise Honorine du Fraysne de Viane et de leur installation en baie de Somme, au port du Crotoy où, faisant l'acquisition en 1868 d'une chaloupe qu'il transforme en bateau laboratoire d'écriture, Verne aura l'idée de Vingt mille lieues sous les mers (1870). Deux autres Saint-Michel suivront, de plus en plus sophistiqués, emmenant l'écrivain en navigation vers l'Écosse et la Norvège comme jusqu'à l'Algérie. Devenu Amiénois à partir de 1872, Verne ne s'impliquera dans la vie municipale locale qu'à la toute fin de son existence, après avoir vendu le Saint-Michel III en 1886, sa mort survenant en 1905. Bien sûr la figure de l'écrivain français le plus traduit, le plus vendu et lu dans le monde, pourrait illuminer à elle seule le ciel picard de ces années. Il ne faudrait toutefois pas minorer la part d'imagination « bretonne » de ce Nantais d'origine. Jules Verne se dresse comme un phare surplombant un océan désert tout autour de lui.

On croirait voir se concentrer en lui un ultime foyer de lumière avant la nuit. Car la nuit de l'Univers va tomber brutalement sur la Picardie. La nuit terminale de l'humanité. La fin du cycle civilisationnel ouvert par la Renaissance. Nous désignons par là la guerre de 1914 à 1918 qui par trois fois au moins élira plaines et rivières picardes (la Somme, l'Ancre) comme champ de bataille définitif. Le cataclysme qui va survenir et qu'avait déjà annoncé la guerre de 1870, premier volet d'une trilogie particulièrement dévastatrice en Picardie, n'est somme toute prévu ni anticipé par personne. Surtout pas par la prospective vernienne. Il ne restera plus aux romanciers picards qu'à ramasser leurs morts. L'Amiénois Roland Dorgelès, le premier, avec son œuvre au titre saisissant Les Croix de bois (1919) s'y emploiera dignement. Ce miraculé de l'Argonne puis de l'enfer d'Ypres finira président du jury du Prix Goncourt (1973). Il y fera entrer en 1950 son ami picard Pierre Dumarchey, alias Pierre Mac Orlan ironiquement blessé en 1916, près de sa ville natale, Péronne. Relevons encore dans sa filiation et la filiation picarde des jurés du « Goncourt » le Compiègnois Daniel Boulanger (coopté en 1983) auteur de nouvelles et de scénarios de films.

 Daniel Boulanger à Senlis

Daniel Boulanger à Senlis

Daniel Boulanger, grand spécialiste français de la "nouvelle" se raconte dans cet entretien réalisé dans sa maison de Senlis, à l'occasion de la sortie de son nouvel opus La Barque Amirale. Il échange sur son environnement à Senlis, sur son écriture, pour laquelle il privilégie l'invention plutôt que la description.

04 aoû 1972
06m 53s
Fiche (00740)

Grand miraculé, le peintre Clovis Trouille originaire de La Fère (près de Laon) connaîtra, après deux années de service militaire, cinq pleines années de guerre dans l'artillerie, dont il sortira révolté à vie.

 Clovis Trouille (1889-1975)

Clovis Trouille (1889-1975)

Portrait de Clovis Trouille, peintre picard né en 1889 à La Fère dans l'Aisne, mort en 1975. Thierry Bonté s'est rendu chez son petit fils qui conserve chez lui des toiles. A travers peintures et documents d'archives, il montre un peintre à la personnalité singulière, à l'œuvre étonnante qui a fait partie du mouvement surréaliste et a côtoyé tous les grands poètes et artistes du début du XXe siècle.

25 juin 2003
06m 25s
Fiche (00714)

Temporaire accompagnateur des surréalistes, Trouille se mue en protestataire brut et radical. Il peint le sexe, la femme scandaleusement nue, dénonce l'hypocrisie religieuse liée aux brutalités guerrières de l'État. Il peint l'immense frustration d'amour qu'ont connue les millions d'hommes jeunes sacrifiés sur l'autel de la patrie. Il est une fronde antimilitariste cohérente à lui tout seul. À côté de lui, Magritte et Delvaux sont de tendres enfants de chœur.

Ce qui va alors s'amorcer en Picardie, dont nous faisons pour la première fois l'hypothèse, c'est une lente et systématique reconquête de l'espace. Cela prend place sur les lieux mêmes où la terre a été traumatisée, criblée de cratères d'obus, malaxée par les éléments et le piétinement des hommes, engraissée par la puanteur des cadavres. C'est la poésie qui va s'instituer l'infirmière des sols, à l'insu même des poètes, le plus souvent. Ainsi le premier à célébrer la fertilité de l'argile fut Paul Claudel.

 Paul Claudel évoqué par sa fille Marie

Paul Claudel évoqué par sa fille Marie

Geneviève Dermerch rencontre à Roubaix, madame Marie Fregnac-Claudel, fille de Paul Claudel. Celle-ci évoque son père, mais aussi sa tante Camille Claudel. Puis on se rend au village de Villeneuve-sur-Fère jusqu'à la maison de la famille Claudel. Là se trouve un buste de la jeune fille Violaine (de l'œuvre éponyme de Paul Caudel) sculpté par sa sœur Camille.

23 avr 1966
07m 29s
Fiche (00724)

Héritier de l'Ardennais Rimbaud, disciple contestataire de Stéphane Mallarmé le reclus de la rue de Rome, issu de la même aire géographique que La Fontaine et Racine dont il semble mêler et dépasser les influences contradictoires, Claudel célèbre jusque dans son théâtre (L'Annonce faite à Marie, La Jeune fille Violaine) la permanence du paysage picard apprécié dans son enfance à Villeneuve-sur-Fère. Agé de 46 ans quand éclate la guerre de 1914, diplomate en poste à Rio de Janeiro en 1916, il vit très loin de la catastrophe qui affecte l'occident. D'ailleurs, il a déjà composé la majeure partie de son œuvre dont le poème Les cinq grandes odes (1911). C'est en Chine, successivement à Shangaï (1895) à Fou-Tchéou (1900) puis à Tientsin (jusqu'en 1909) qu'il découvre les vertus intactes de la Terre majuscule, et les célèbre dans les poèmes en prose de Connaissance de l'Est (1900). La Chine, chez Claudel, s'impose comme réserve d'intégrité de la Terre en général, malmenée plus à l'ouest par la technologie guerrière.

Et je saluerai cette terre, non point avec un jet frivole de paroles inventées, mais en moi la découverte soudain d'un immense discours qui cerne le pied des monts comme une mer d'épis traversée d'un triple fleuve. Je remplis, comme une plaine et ses chemins, le compartiment des montagnes. Tous les yeux levés vers les montagnes éternelles, je salue populeusement le corps vénérable de la Terre

Pas étonnant que la poésie composée en Picardie aux XXe et XXIe siècles ---quasiment la seule forme d'expression littéraire, ici--- réfléchisse avec plus de légitimité et d'audace que partout ailleurs en France, sur l'espace et le temps. Elle y prépare une reconstruction du réel bien au-delà des salves dadaïstes, certes bienvenues, s'étant élevées en leur temps au-dessus des champs de bataille tel un credo pacifiste désespéré. Homme d'action fondateur de l'Académie d'Amiens, le poète abbevillois Robert Mallet côtoie quant à lui de très près Claudel dont il publiera l'œuvre complète en 25 volumes aux éditions Gallimard. À l'image de son modèle avec lequel il conduit une passionnante série d'entretiens sur Radio-France, Mallet a passé une partie de sa vie outre-mer, très précisément à Madagascar jusqu'à l'indépendance de l'île en 1958, dont il rapporte les poèmes Mahafaliennes (1961).

 Rencontre avec Robert Mallet pour son dernier roman"Les Rives incertaines"

Rencontre avec Robert Mallet pour son dernier roman"Les Rives incertaines"

Rencontre avec Robert Mallet dans son château de Bray-lès-Mareuil pour son dernier roman : Les Rives incertaines. L'écrivain dit s'être inspiré de Saint-Valery, et explique le titre qui renvoie aux incertitudes de la vie.

06 oct 1993
02m
Fiche (00711)

Spatial lui aussi mais de manière plus moderne l'ingénieur-poète Maurice Blanchard, originaire de Montididier, (1890) sera l'un des rares pilotes à survivre à la première guerre mondiale dans l'escadrille de Dunkerque. Blanchard concevra par la suite pour les usines Farman un hydravion de haute mer. Passionné par le surréalisme il entretiendra des contacts d'amitié avec les Surréalistes (Paul Eluard) mais surtout une correspondance avec René Char. Ses poèmes sont aujourd'hui regroupés dans la collection Poésie/NRF sous le titre Les barricades mystérieuses (1994), Blanchard bénéficiant de l'attention du jeune poète Vincent Guillier. L'espace, encore et toujours, c'est en Picardie la double figure des « spatialistes » Pierre (1928) et Ilse Garnier(1927).

Ce couple de poètes franco-allemand qui se constitue au lendemain de la seconde guerre mondiale pratique avec constance son art littéral et abstrait depuis plus de cinquante ans dans l'ancien prieuré de Saisseval (entre Poix et Amiens). Il est l'inventeur de cette forme poétique originale (Manifeste 1 et 2 pour une poésie visuelle 1962/1963 André Silvaire) qui procède bien évidemment de l'art dadaïste issu de la première Guerre mondiale, illustré par les poètes pacifistes allemands Hugo Ball, Richard Huelsenbeck, le strasbourgeois Jean Arp et le Franco-Roumain Tzara. À la différence de ces derniers, poètes de l'oralité et du phonétisme « absurdes », les Garnier ont mis au point une algèbre silencieuse avec les lettres, de forme souvent calligrammatique, qui institue une espèce de graphisme littéral sur la page. Ayant enseigné toute sa vie l'allemand dans un Lycée amiénois Pierre Garnier aura par ailleurs été fidèle au dialecte picard qu'il a su illustrer dans ses poèmes (Ozieux).

 Ilse et Pierre Garnier, poètes créateurs de la poésie spatiale

Ilse et Pierre Garnier, poètes créateurs de la poésie spatiale

Ilse et Pierre Garnier produisent depuis de longues années une poésie expérimentale baptisée "poésie spatiale". Après avoir longtemps publié dans l'ombre de son mari, Ilse publie une anthologie de ses poèmes Jazz pour les yeux. Rencontre avec le couple, chez eux à Saisseval.

15 nov 2011
02m 54s
Fiche (00722)

De jeunes disciples se sont retrouvés autour de lui, devenant au cours du temps, soit théoriciens comme Martial Lengellé, soit poètes eux-mêmes tels Jean-Louis Rambour et Pierre Ivart. Ce dernier, marqué par le surréalisme dans sa jeunesse berckoise, s'est engagé depuis les années quatre vingt dans une œuvre conciliant de manière originale l'écriture du picard moderne avec les avancées de l'avant-garde poétique française. Assumant une kyrielle de masques, Ivar dit Ch'Vavar par ailleurs créateur de revues littéraires tel Le Jardin ouvrier (1995-2003) travaille une pâte linguistique lourde, quelquefois obscure mais souvent traversée de fulgurances d'humour. Il représente un stade ultime du mariage entre langue et espace, dans la lignée d'auteurs originaux ayant ressuscité les langues dialectales anciennes sous forme moderne, tel le beauvaisien Philéas Lebesgue (1869-1958) multilinguiste attaché à son village de La Neuville-Vault. Quant à Jean-Louis Rambour (La Nuit revenante, la Nuit 2005/ Partage des eaux 2009), il pilote ses textes, certains quasi minimalistes, depuis l'immense plaine Santerre au milieu de laquelle il a élu domicile. Cette constellation de talents doit être enfin complétée par des figures plus indépendantes, comme celle du Compiègnois Jacques Demarcq directement lié aux textualistes de la revue TXT fondée par Christian Prigent et le Belge Jean-Pierre Verheggen. Dans Zozios (Nous, 2008) Demarcq invente une langue idiomatique (également marquée par le poète américain E .E Cummings dont il est le traducteur), un babil babélien aussi sonore que le spatialisme se voulait muet.

Ce n'est toutefois pas l'espace seul qui a souffert plus que partout ailleurs en Picardie. Placer en concurrence les batailles de la Somme et celles de Verdun, contemporaines l'une de l'autre, serait un concours macabre. D'ailleurs les traces ont depuis longtemps été effacées, aplanies. La plaine est redevenue l'une des plus fertiles d'Europe à l'exception de l'étroite vallée de l'Ancre, avec ses cimetières britanniques ou australiens jalonnant la route jusqu'à Bapaume et Arras. Ce n'est pas l'espace seul qui aura été décisivement traumatisé, c'est le temps. De quelque manière qu'on s'y prenne, la mort s'est démultipliée au mètre carré, de manière jusqu'alors inouïe. La mort c'est du temps. Prématuré en la circonstance. Depuis 1914 et la disproportion manifeste entre l'efficacité des outils technologiques infligeant massivement la mort et la vulnérabilité des corps humains, le temps humain a changé. Nous sommes douloureusement entrés, à notre corps défendant, dans une fragmentation et une dispersion de l'identité humaine. C'est une blessure à conséquences différées. Que la seconde guerre mondiale aura approfondie et radicalisée dans la shoah, sans doute pour que nous comprenions enfin la leçon ! Or nous étions placés en Picardie directement aux avant-postes, sur la ligne de front. Aucun homme de sensibilité et d'honnêteté littéraire ne pouvait se dérober à ce constat. Que faire, donc, et comment? C'est l'entreprise que nous avons nous même initiée, réfléchissant à cette terre frontalière où s'est jouée et nouée une bonne part de l'histoire nationale et européenne. D'une part, nous ne souscrivions plus au mythe épuisé de la Nation (cf. notre Je sors enfin du Bois de la gruerie, Arfuyen 2014), d'autre part, nous enregistrions la fragilité de l'idéal européen si inextricablement lié au roncier des langues et des cultures, pourvoyeuses d'habitus et de réflexes (Qui parle l'européen, Le Cri, 2001). Dès le premier livre du poème La Maye (Trois Cailloux 1988) et l'essai Le Génie du Nord (Grasset) paru la même année, nous nous sommes pris nous même pour sujet vivant d'expérimentation.

 Jacques Darras publie "Génie du Nord"

Jacques Darras publie "Génie du Nord"

Jacques Darras a publié un essai chez Grasset Génie du Nord. Claude Mas l'a rencontré dans la campagne picarde.

16 déc 1988
04m 33s
Fiche (00707)
 Jacques Darras présente la revue In'hui

Jacques Darras présente la revue In'hui

Philippe Dessaint reçoit le poète et universitaire Jacques Darras qui édite la revue de poésiein'hui.

04 fév 1982
07m 18s
Fiche (00727)

Ouvrant cette frontière par traduction des langues limitrophes, l'anglais et l'allemand romantique (Nous sommes tous des romantiques allemands, Stock 2002/ Qui parle l'européen * ?* Le Cri 2005) mais aussi par fréquentation admirative des cités marchandes de Bruges, Anvers, Bruxelles, Rotterdam, Gand, Hambourg etc... nous avons effectué un décentrement et un déportement vers « l'autre » européen (Van Eyck et les rivières, le Cri 1996/ Tout à coup je ne suis plus seul, Gallimard 2006/ Irruption de la Manche, Le Cri, Bruxelles 2012). Il s'agissait en effet d'explorer désormais le jeu d'interférence entre le temps et la personnalité dans leur structuration réciproque. C'est cette longue quête inachevée, faite de recherche érudite autant que d'expériences biographiques qui nous aura permis d'élaborer l'axe d'une continuité littéraire picarde, annonciatrice d'une histoire nouvelle à venir.

Bibliographie

Le texte complet de cette étude Picardie berceau de la littérature est consultable sur le site internet de la Région Picardie https://www.picardie.fr/Picardie-berceau-de-la-litterature

  • DARRAS Jacques (dir.), PICOCHE Jacqueline, DEBRIE René, IVART Pierre, La Forêt Invisible. Au nord de la littérature française, le picard. Anthologie de la littérature du nord de la France depuis le Moyen Âge jusqu'à nos jours, Éditions Trois Cailloux, Amiens, 476 p., 1985
  • DINAUX Arthur, Trouvères, jongleurs et ménestrels du nord de la France et du midi de la Belgique 1. Les trouvères Cambrésiens ; 2. Les trouvères de la Flandre et du Tournaisis ; 3. Les trouvères Artésiens ; 4. Les trouvères Brabançons, Hainuyers, Liégeois et Namurois Paris : Téchener,1837-1863.