Luc FERRARI, Hétérozygote

1964
03m 39s
Réf. 00013

Notice

Résumé :

Voici en quels termes le compositeur présentait sa pièce en 1964 :" Un jour je suis parti pour des raisons que je n'expliquerai pas, avec un magnétophone qui n'était pas à moi. J'ai voyagé, pas très loin mais beaucoup et j'ai enregistré des choses de la vie." 

Type de média :
Date de diffusion :
1964
Personnalité(s) :

Éclairage

Durée totale :26’ 23

Hétérozygote a été composée au GRM en 1963-64. C’était l’époque de la recherche et des expérimentations systématiques sur les objets sonores. Hétérozygote était tout le contraire. Elle occasionna un conflit entre Ferrari et Schaeffer. Comment auraient pu être conciliées la recherche de critères abstraits que Schaeffer poursuivait auprès des sons concrets, et cette œuvre qui utilisait avec une telle désinvolture apparente les " sons anecdotiques " ?

Hétérozygote signifie " né de deux œufs différents ". Il y a donc deux sources de matériaux différents dans l’œuvre, d’une part ces sons anecdotiques (c’est-à-dire des sons imagés, enregistrés en extérieur, sur le vif), et de l’autre les sons musicaux traditionnels. Intégrer des sons pris en extérieur représentait aussi à l’époque une nouveauté technique, rendue possible par l’utilisation de magnétophones portables monophoniques (la version originale est en 4 pistes mono, remixée en 2 pistes stéréo ultérieurement).

Mais l’intérêt de la pièce est ailleurs, au delà même l’acte de provocation qu’elle représente en semblant inciter à ouvrir le champ musical au tout venant sonore. Elle est surtout une réussite musicale à part entière, due à sa qualité sonore et à la verve de sa réalisation. Car céder à la tentation de l’anecdotique, qui, surtout à l’époque, semblait une facilité, ne suffit pas pour faire une musique réussie… Comme le remarquait Denis Dufour à propos d’Hétérozygote, il ne faut pas se méprendre sur le caractère des sons  anecdotiques : leur utilisation en composition réclame également une attention très forte à leurs caractéristiques abstraites (critères morphologiques tels que : attaque, dynamique, masse, timbres harmoniques, grain… ). C’est à partir d’elles que les enchaînements s’élaborent. Un jeu uniquement fondé sur la signification des sons, la reconnaissance des sources ne peut aboutir qu’à une bande son illustrative d’un propos extérieur.

"C'est évidemment une composition qui a une construction d'enfer ! Elle est construite dans le sens le plus traditionnel qu'on puisse imaginer : des tableaux les uns après les autres qui ont chacun une forme totalement définie, les sons sont complètement composés, la répétition de la vague fait les enchaînements d'un tableau à l'autre... C'est, dans ce sens-là, une composition complètement abstraite. Mais, moi, maintenant, je ne fais plus la distinction entre l'abstraction et le concret, le réalisme (... ). Pour moi, le "problème", c'est : travailler avec des choses qui ont une logique propre. " (Ferrari, séminaire du GRM, 1997)

Voici en quels termes le compositeur présentait sa pièce en 1964 :" Un jour je suis parti pour des raisons que je n'expliquerai pas, avec un magnétophone qui n'était pas à moi. J'ai voyagé, pas très loin mais beaucoup et j'ai enregistré des choses de la vie." 

Ainsi est née Hétérozygote, c’était la première pièce d’un genre que j’ai appelé pièce anecdotique. C’est-à-dire que j’ai voulu essayer de fabriquer un langage se situant à la fois sur le plan musical et sur le plan dramatique.C’était entre décembre 1963 et mars 1964." 

L'emploi d'éléments réalistes me permettait de raconter une histoire, ou permet à l'auditeur de s'inventer des images car le montage propose des ambiguïtés. J'ai aussi appelé ça ma musique concrète du pauvre, vu qu'il n'y a pratiquement pas de manipulations et que cette bande aurait pu être réalisée dans un studio non professionnel." 

Il s'agissait dans mon idée d'ouvrir le chemin à la musique concrète d'amateur comme on fait des photos de vacances. C'était à l'époque une certaine conception de ce qu'on dit Pop maintenant." 

J'ai choisi des titres pour les différentes séquences, qui ne sont pas obligatoires, et chacun peut choisir les siens :

Ouverture. 1er tableau : La flûte et le Manitou.

Intermède 1

2ème tableau : Les météores.

3ème tableau : La plage.

Intermède 2. 

4ème tableau : La grotte (ou mise en ordre).

5ème tableau : Arithmétique.

6ème tableau : De l'aube à midi sur le marché.

Intermède 3. 

7ème tableau : La prison.

Intermède 4. 

8ème tableau : Géométrie du ciel.