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A l’occasion du Centenaire de la Première Guerre mondiale, la France et la Belgique ont déposé une candidature auprès de l’Unesco afin de faire figurer les nécropoles et mémoriaux de la Grande Guerre sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité. Un dossier controversé pour une institution chargée de promouvoir la paix…
08 déc. 2021
03 mai 2018
Ce reportage a été diffusé en mai 2018, soit deux mois avant l’examen par le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco de la candidature des « sites funéraires et mémoriels résultant de la Première Guerre mondiale ». Il permet de revenir sur les atouts d’un dossier dont la construction a démarré en 2012. En 2014 il s’est retrouvé classé sur la liste indicative de l’Unesco, la même année donc que la ville royale et impériale de Metz (cf. notice de I. Chalier sur le dossier présenté par Metz à l’Unesco). Cette étape indispensable n’implique pas automatiquement une inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité. Ainsi le château de Vaux-le-Vicomte est toujours sur la liste indicative et ce depuis 1996.
Ce dossier présente plusieurs spécificités et atouts. Son étendue d’abord. Il correspond à 750 km de lignes de front, de la mer du Nord à la frontière franco-suisse et rassemble des paysages qui témoignent de la violence des combats. Il englobe un total de 105 éléments (80 pour la France sur 13 départements et 25 pour la Belgique) pour 86 sites, des nécropoles et des mémoriaux, mais pas de champs de bataille à proprement parler même s’ils peuvent se confondre comme dans le cas de Verdun. Ces sites font ainsi partie de ce que l’Unesco appelle les biens en série. L’inscription des premiers biens en série sur la liste du patrimoine mondial intervient dès le début, en 1979, avec des biens culturels comme les sites préhistoriques et les grottes ornées de la vallée de la Vézère en France. Cette notion est ainsi définie en 1980 par l’Unesco : ce sont des biens séparés géographiquement mais reliés entre eux parce qu’ils appartiennent à un même groupe historico-culturel et à condition que ce soit la série en tant que telle et non ses éléments constitutifs pris individuellement, qui revête une valeur universelle exceptionnelle. La candidature est d’ailleurs ici portée par deux Etats, la France et la Belgique et d’autres pays la soutiennent comme l’Allemagne représentée dans le dossier par des cimetières allemands.
Elle s’inscrit alors, autre atout majeur, dans une conjoncture qui vient lui donner tout son sens : la dernière année des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale et la crainte d’une chute d’intérêt des populations pour les sites de la Grande guerre, une fois le centenaire passé. D’ailleurs, l’Unesco a participé à ces commémorations par des manifestations en 2014 autour du patrimoine culturel subaquatique et des milliers de navires qui ont coulé dans des batailles navales, entraînant la perte de millions de vie.
Le reportage alterne images animées de la Grande guerre, issues du ministère des Armées, et interviews d’acteurs qui soutiennent ou non la candidature et mettent en avant leurs arguments respectifs.
Il donne ainsi la parole à l’historien Laurent Jalabert, maître de conférences en histoire moderne à l’université de Lorraine, et auteur en 2015 d’un livre intitulé Post mortem. Patrie et corps du soldat. Entre l’oubli et la reconnaissance (1914-1918). Il rappelle qu’à partir de novembre 1914, l’Etat français interdit l’exhumation des cadavres, et les familles doivent attendre pour récupérer le corps des défunts. Pour les satisfaire, on donne aux soldats morts au combat une sépulture identifiable, tout en illustrant le sacrifice des soldats pour la nation au moyen de nécropoles nationales, véritables marqueurs mémoriels.
Finalement les pratiques funéraires durant la Grande Guerre permettent d’introduire de l’humanité dans l’inhumanité. Les promoteurs du dossier mettent aussi en avant la dimension réparatrice et réconciliatrice des sites qui rassemblent les sépultures de soldats de différentes origines et confessions. Les images d’archives montrent ainsi l’engagement des troupes coloniales, avec les tirailleurs sénégalais, et la caméra s’attarde sur les tombes musulmanes et le monument hébraïque de Douaumont.
Lionello Burtet, directeur de l’Office du tourisme du Grand Verdun, souligne ensuite les retombées économiques que peut entraîner un tel classement (cf notice de M. Metge sur l’oenotourisme). En 2016, plus de 500 000 visiteurs se pressaient à Verdun, une fréquentation exceptionnelle liée au centenaire de la Grande Guerre. Et un classement Unesco pourrait conduire à une hausse de 20 à 30% de ce tourisme mémoriel, une manne non négligeable une fois le centenaire non terminé et pour des territoires à l’écart parfois des flux touristiques.
En contrepartie, le journaliste donne la parole à deux reprises à Mechtild Rössler qui exprime ses réticences sur le sujet. Elle dirige le Centre du patrimoine mondial, un organe créé en 1992 qui coordonne au sein de l’UNESCO les activités relatives au patrimoine mondial, qui organise les sessions annuelles du Comité du patrimoine mondial et qui conseille les Etats parties sur la préparation des propositions d’inscription. Son avis compte et elle s’interroge notamment sur la compatibilité de cette candidature avec le message de paix que porte l’Unesco, une instance internationale née avec l’ONU après la Seconde Guerre mondiale, au moment où le monde aspire à la paix et à la sécurité collective. Dès la fin de la guerre, en 1921, des champs de bataille comme le Hartmannswillerkopf sont classés aux Monuments historiques. Il faudra attendre 2019 pour certains mémoriaux comme celui des batailles de la Marne de Dormans.
Enfin, Mechtild Rössler soulève également la question des sites à prendre en considération : devra-t-on par exemple classer un jour les sites qui ont été le théâtre du génocide rwandais ? De plus elle rappelle que le classement est parfois une source de guerres entre les Etats avec le cas du temple de Preah Vihear que se sont disputés le Cambodge et le Laos, conflit qui a provoqué la mort de 60 personnes.
Réuni à Bahrein en juillet 2018, le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco a intégré dix-neuf nouveaux sites et traditions sur les listes des chefs-d’œuvre dont les volcans d’Auvergne. Cependant, il a rejeté le dossier des sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale, dont l’examen a été repoussé en 2021. Pour justifier ce report, l'Unesco a évoqué ses réticences à promouvoir des sites porteurs d'une "mémoire négative" ou « patrimoine négatif ». En même temps rappelons que Auschwitz-Birkenau a été classé dès 1979 et que le Dôme de Genbaku a été inscrit en 1996 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco comme mémorial de la paix d’Hiroshima.
(Cliquez sur le texte pour positionner la vidéo)
Laurence Laborie
Ce soir, Un œil à l’est se penche sur le classement UNESCO, un label tant convoité.86 sites de mémoire liés à la Grande Guerre dont Verdun font l’objet d’un dossier d’inscription au Patrimoine Mondial de l’Humanité mais est-ce compatible avec le message de paix de l’UNESCO ?Un dossier préparé par Laurent Parisot et Olivier Bouillon.
(Musique)
Laurent Parisot
L’ancienne ligne du front occidental, 750 kilomètres qui courent de la Mer du Nord au Territoire de Belfort.Des paysages qui témoignent de la violence des combats qui se sont déroulés ici de 1914 à 1918.En 2012, la France et la Belgique ont fait part de leur souhait de voir ces sites de mémoire inscrits au Patrimoine de l’Humanité.Un label prestigieux décerné par l’UNESCO. Créée après la Seconde Guerre Mondiale, l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture a pour vocation de favoriser toute initiative en faveur de la paix.Difficile dans ces conditions d’imaginer que des sites témoignant d’une barbarie comme la Grande Guerre puissent être inscrits au Patrimoine de l’Humanité.
Mechtild Rössler
Le but de la convention du Patrimoine Mondial, c’est la paix entre les peuples, c’est le dialogue inter-culturel.Mais qu’est-ce que vous faites avec des sites de guerre ?Le comité est très réticent.Pourquoi ?Parce que vous arrêtez où avec les guerres ?Si vous inscrivez un site comme ça, Première Guerre Mondiale, demain vous avez les sites de génocide du Rwanda.Et moi, je ne veux pas voir une autre guerre entre des peuples pour un classement des sites.Nous, on a déjà eu des situations extrêmement difficiles entre la Thaïlande et le Cambodge pour le temple de Preah Vihear.Il y avait 60 personnes qui étaient mortes à cause du classement.
Laurent Parisot
Pour rentrer au Patrimoine de l’Humanité, un site doit avoir une valeur universelle exceptionnelle.Le comité scientifique qui a élaboré le dossier de candidature a proposé que ce ne soient pas des champs de batailles mais des cimetières et des monuments commémoratifs qui soient candidats au classement.Avec un argument choc :la Première Guerre Mondiale a marqué un tournant dans l’Histoire en faisant naître une politique funéraire qui introduit de l’humanité dans l’inhumanité.
Laurent Jalabert
Dès novembre 1914, on interdit l’exhumation des corps donc impossibilité pour les familles de les récupérer si tant est que cela pouvait être possible.Et donc, à partir de ce moment-là, les familles doivent attendre mais pour attendre, bien sûr, il faut donner une forme de satisfaction aux familles en leur disant « On prend soin de vos morts ».Et la meilleure façon bien sûr, c’est de leur donner une sépulture identifiable autant que faire se pouvait, et bien sûr pour, plus tard normalement, restituer les corps.Après la guerre se pose la question :que va -t-on faire des morts ?Il y a deux tendances :Il y a les familles qui pour un certain nombre, pas toutes, un certain nombre veulent récupérer leurs morts et à côté de cela il y a, on va dire, la volonté de l’état de créer une pédagogie de la mort à travers justement de vastes champs de morts qui doivent être l’illustration du sacrifice de la nation, de la République Française pour se défendre. Et il s’agit là, vraiment, d’avoir un marqueur mémoriel pour les générations à venir.
Laurent Parisot
La guerre a mobilisé toutes les ressources humaines des pays belligérants.Un mélange culturel inédit incarné dans les cimetières qui jalonnent l’ancienne ligne de front.Une multitude de nationalités et de religions ont vécu l’enfer sur ces champs de batailles devenus depuis des sites de réconciliation et de paix.En 2016, plus de 500 000 visiteurs ont arpenté le champ de bataille de Verdun, une fréquentation exceptionnelle liée au centenaire de la Grande Guerre.Le tourisme de mémoire est au cœur du projet de classement UNESCO.Dans la majorité des cas, l’inscription d’un site au Patrimoine de l’Humanité est suivie d’une hausse de vingt à trente pourcent de sa fréquentation et même à Verdun, dont le nom est pourtant connu dans le monde entier, le label ouvrirait de nouvelles perspectives.
Lionello Burtet
On a toujours besoin d’une reconnaissance quelque part, et l’UNESCO permettez-moi de dire : quelle belle reconnaissance !Bien évidemment, on n’en a jamais assez du tourisme. Et quand je dis du tourisme, je ne parle pas que sur le terrain national mais à l’international. Et effectivement, le fait d’être à l’UNESCO, le lien avec même des nationalités qui sont très lointaines de Verdun se fait automatiquement.
Laurent Parisot
Le projet de classement est porté par une association qui réunit 13 départements, une force pour la défense du dossier.Mais pour assurer une représentation équitable des collectivités locales, il a fallu proposer des sites pouvant faire doublons aux yeux de l’UNESCO.Une trentaine de cimetières allemands se retrouvent ainsi sur la liste indicative française.
Mechtild Rössler
Il y a un grand malentendu, surtout en Europe, parce que souvent, un maire d’un petit village veut classer, faire classer un site qui n’a vraiment pas une valeur au niveau mondial.On a des organes consultatifs qui font une évaluation scientifique et ce n’est pas au niveau local ni régional ni national, c’est au niveau mondial où il y a la comparaison.Donc, on a souvent des dossiers qui disent :« Ah !Ce site, c’est vraiment exceptionnel !On ne peut pas le comparer avec un autre site !». Ça, ce n’est pas vrai.C’est bien sûr comparé et la décision finale est prise par le comité du Patrimoine Mondial.
Laurent Parisot
Comité du Patrimoine qui se réunira à la fin du mois de juin à Bahreïn, un délai trop court pour présenter le dossier d’inscription des sites funéraires et mémoriels de la Grande Guerre que ses initiateurs espéraient voir aboutir avant la fin du centenaire de 14-18.