La SICA de Mauguio
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Résumé
Louis Rouquette, PDG de la SICA, présente cette coopérative agricole moderne, la plus importante d’Europe, qui regroupe 367 producteurs de pommes et de pêches des environs de Mauguio. Les fruits sont stockés et conservés par réfrigération avant d’être conditionnés et expédiés : 90% de la production locale est exportée à l’étranger, principalement en Allemagne.
Date de publication du document :
21 déc. 2022
Date de diffusion :
19 déc. 1972
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Contexte historique
ParDocteur en histoire de l'art contemporain
En 1972, année du tournage du reportage, la SICA [1] Les vergers de Mauguio est un élément important de l’économie locale grâce à l’aide qu’elle apporte aux moyens et petits propriétaires. Non seulement pour le stockage de leurs productions, mais également pour leur mise sur le marché. D’autre part, elle est devenue une source d’emploi indispensable pour la main d’œuvre locale, notamment féminine.
Fondée en 1964, la SICA se développe au fil des ans pour atteindre au début des années 1970, une capacité de conservation et de traitement des fruits de 125 000 m3 d’installations frigorifiques propres à accueillir 20 000 tonnes de fruits. Le site est implanté à deux kilomètres au nord de l’agglomération de Mauguio, en bordure de la route qui relie Mauguio à Baillargues. Caprice géographique, il est localisé à l’extrême limite ouest de la commune de Mudaison, alors que de l’autre côté de la route, les terres sont melgoriennes. Au début du reportage, un panneau décoré, peint sur plaque métallique, signale l’entrée : il a été réalisé par Marc Ganibenc, un artiste local, alors employé à la SICA. Côté est du bâtiment, le quai des apports longe le bâtiment. Le côté ouest est réservé au quai des expéditions effectuées par voie ferrée ou par route. Il est directement relié à la gare SNCF de Baillargues par un tronçon privé de voie ferrée.
Les wagons, une fois chargés, sont tractés par une draisine qui les conduit jusqu’à une voie de réserve en attendant le convoi qui les amènera à destination. Si la grande majorité des expéditions se fait par le rail, de nombreux camions réfrigérés assurent les commandes propres à l’Hexagone. Les installations frigorifiques de la coopérative sont complétées par une mûrisserie et des chambres à atmosphère contrôlée, d’une capacité de conservation de 8 000 tonnes, précise Louis Rouquette, le PDG de la SICA. Bien qu’il soit tourné en décembre, en pleine saison du traitement des pommes, le reportage évoque la récolte des pêches. Les variétés précoces sont réceptionnées vers le 15 juin, les tardives sont traitées jusque dans la troisième semaine de juillet. La pêche est un fruit qui ne doit pas s’éterniser dans les chambres frigorifiques, contrairement à la pomme qui profite pleinement de la conservation par réfrigération à une température de 0 à 1 degré. Entrée dans les chambres aux mois de septembre et octobre la pomme peut y rester jusqu’à la fin mars. Louis Rouquette précise que dans les chambres à atmosphère contrôlée [2], ce fruit peut être conservé jusqu’à 10-12 mois, ce qui permet d’achever la saison des pommes vers le 30 mai.
En 1972, la SICA de Mauguio est formée de 367 adhérents qui cultivent un millier d’hectares de vergers dont la grande majorité est plantée en pommiers. Ces adhérents se répartissent entre les communes de Mauguio, Baillargues, Mudaison, Vendargues, Saint-Aunès et Candillargues. Dès la fin des années 1960, le développement de la SICA est tel qu’il la hisse au premier rang européen. Des ingénieurs de divers pays, notamment japonais, viennent visiter les installations qui sont un modèle pour l’époque. En 1973, Jacques Chirac, alors ministre de l’Agriculture, la visite à son tour.
Dans le bâtiment, le transport des fruits se fait à l’aide de chariots élévateurs électriques, capables de gerber les palettes dans les salles de conservation, sur quatre niveaux. Des transpalettes à main sont employés en complément. Une vue panoramique prise depuis les bureaux de la Direction montre le grand hall de conditionnement dans lequel l’essentiel du personnel est présent autour des calibreuses. Chacune représente un îlot de convivialité pour le personnel qui la sert. Là, les fruits sont triés, calibrés et disposés dans leurs contenants. Pour les pêches, ce sont les plateaux ; pour les pommes, ce sont des caisses et des cartons.
Tous ces fruits conditionnés sont expédiés en Allemagne (75%), Angleterre (10%), Italie, Espagne, Amérique latine (5%). Louis Rouquette précise qu’à peine 5% sont vendus en France. Il explique également que la politique commerciale de la SICA s’est tournée naturellement vers l’étranger parce que les autres régions françaises étaient déjà alimentées par des productions locales. Le marché étranger est régulier et correspond à notre façon de cueillir les fruits
remarque-t-il. Les pommes en particulier sont cueillies avant maturité afin de supporter le temps de transport. Répondant à une question sur le prix des fruits, Louis Rouquette souligne que la belle marchandise n’est jamais chère. C’est toujours la mauvaise qui est chère
.
La SICA Les Vergers de Mauguio devenue au début des années 1970 la plus importante d’Europe, fait appel à une technologie avancée mais également à une gestion élémentaire des conditions de travail : pour lutter contre la température glaciale qui règne en hiver dans le grand hall de conditionnement, une palissade, constituée de palettes en bois empilées sur trois mètres de haut, est élevée autour des calibreuses afin de couper le vent qui s’engouffre par les portails des quais qui doivent demeurer ouverts. Des longueurs de carton y sont agrafées pour rendre l’ensemble efficace. C’est par cette approche globale (technologique, économique, pratique) que la Direction, sous la tutelle de son Président, fait de son action une réussite.
[1] Société d’intérêt collectif agricole.
[2] Chambre réfrigérée dans laquelle on abaisse le teneur en oxygène pour ralentir la maturation des fruits.
Transcription
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(Musique)
Journaliste
À quelques kilomètres de Montpellier, près de la commune de Mauguio, c’est là que se trouve la SICA "Les Vergers de Mauguio" créée en 1964.L’apport personnel des producteurs, des prêts et des aides diverses permirent à l’époque de construire ce vaste bâtiment conçu pour le stockage et le conditionnement des pommes et des pêches.L’entreprise a prospéré au fil des années, elle est devenue un modèle de dynamisme commercial.Faisons d’abord rapidement son portrait avec son PDG, Monsieur Rouquette.Vous groupez combien de coopérateurs ?
Louis Rouquette
Nous groupons 367 adhérents.
Journaliste
Sur quel périmètre ?
Louis Rouquette
1000 hectares en production.Soit pommiers soit pêchers.
Journaliste
Et vous rentrez combien de fruits chaque année, en pommes d’abord ?
Louis Rouquette
Cela dépend des années.L’année dernière, nous avons été sinistrés, nous avons rencontré une très petite récolte.Nous avons entré dans les 7 000 tonnes.Cette année, la récolte a été très abondante et nous avons rentré 20 000 tonnes, c’est-à-dire que nous avons rempli toutes nos chambres froides puisque nous avons 125 000 m3 d’installations frigorifiques.
Journaliste
Et ces 20 000 tonnes de pommes vont vous permettre maintenant de travailler pratiquement tout l’hiver et jusqu’au printemps ?
Louis Rouquette
Jusqu’au 30 mai.
Journaliste
Jusqu’au 30 mai.Ensuite vous vous mettez à la pêche à ce moment-là ?
Louis Rouquette
Ah non,alors vers le 15 juin, nous nous mettons à la pêche.
Journaliste
A la pêche.
Louis Rouquette
Nous commencerons la pêche, les pêches précoces pour finir nos pêches à peu près vers le 18.
Journaliste
Ce qui permet un tel étalement du travail, une telle répartition qui est finalement la condition de la bonne marche d’une affaire de ce type, c’est la conservation par réfrigération.D’immenses salles où la manutention se fait par chariot sous une température de 0 à plus 1 degré.
(Musique)
Journaliste
Vous pouvez conserver les pommes combien de temps ?
Louis Rouquette
Oh… Je peux… Dans les chambres ordinaires, nous les conservons jusqu’au mois de mars mais comme nous avons 8 000 tonnes de chambres en atmosphère contrôlée, là nous pouvons les conserver indéfiniment.
Journaliste
Autre aspect de l’activité de cette SICA, l’automatisation mise en place partout où elle était possible.La main d’œuvre n’intervient plus qu’à la sortie des trieuses.Où vont tous ces fruits, denrées très périssables ?Eh bien ils vont faire parfois de longs, parfois très longs voyages.
Louis Rouquette
Ces pommes sont destinées… Nous travaillons entre 90 et 95% sur les pays étrangers.
Journaliste
Lesquels ?
Intervenant 1
En particulier l’Allemagne à 75%, l’Angleterre à 10%, 5% sur l’Italie.Nous expédions toutes nos pommes "Starking delicious" sur l’Amérique latine et très peu, à peine 5% sont vendues sur la France.
Journaliste
Témoin de ces étroits rapports avec l’étranger, l’activité régnant sur le quai d’embarquement voisin.90% de produits exportés, voilà une belle preuve de dynamisme et qui peut étonner, étant donné la réputation casanière des producteurs français.
(Musique)
Journaliste
Comment vous êtes-vous décidés à vous lancer dans cette opération de l’exportation ?
Louis Rouquette
Eh bien nous avons compris qu’étant éloignés des places de consommation française, il ne nous restait qu’un résultat, c’était de vendre à l’étranger puisque les autres régions étaient alimentées presque sur place.
Journaliste
Est-ce que la mauvaise qualité disons du marché français n’y est pas aussi pour quelque chose ?
Louis Rouquette
Ah, la mauvaise qualité du marché français !Pour que le marché français n’ait que de la bonne qualité, il faudrait qu’il y ait la normalisation à tous les stades.
Journaliste
Et vous, vous préférez bien entendu un marché étranger qui lui, est régulier ?
Louis Rouquette
Le marché étranger, celui où nous vendons la belle marchandise, il est régulier et il correspond à notre façon de cueillir les fruits.
Journaliste
Reste que le consommateur du Languedoc-Roussillon aurait sujet d’être mécontent.Les plus beaux produits partent à l’étranger, le reliquat soit les fruits de qualité irrégulière, les fruits prématurément mûrs sont vendus sur place.A cela, que répond le producteur ?
(Musique)
Louis Rouquette
Pour la rentabilité, le producteur va à l’endroit qui pour lui est le plus avantageux.C’est ce que nous faisons.Maintenant, si l’on supprimait la mauvaise marchandise du marché français, il serait normal que les cours se redressent sur le marché français.
Journaliste
Mais à ce moment-là, est-ce que vous ne seriez pas trop chers sur le marché français ?
Louis Rouquette
Oh !Vous savez, la belle marchandise n’est jamais chère.C’est toujours la mauvaise qui est chère.
Journaliste
A titre d’exemple, combien coûte un kilo de pommes, sorti de chez vous, arrivé à la frontière ?
Louis Rouquette
Eh bien, actuellement nous vendons à la frontière entre 80 et 82 deutschmarks le premier choix.Le deuxième choix en sachet est à 20 ou 25 francs inférieurs.Mais nous ne pouvons pas, ce ne serait pas rentable pour nous actuellement surtout pour nous qui sommes loin des places de consommation, nous ne pourrions pas vendre à ce prix-là en France.
Journaliste
Traduisons ces chiffres en francs français :un kilo premier choix à la frontière, 1 franc 25, second choix 1 franc environ.
Louis Rouquette
Notre station est complètement terminée et nous ne prévoyons pas d’agrandissement.
Journaliste
Vous êtes de toute façon, je crois d’ores-et-déjà, la plus grande en Europe et peut-être dans le monde.
Louis Rouquette
D’après les renseignements que nous avons des services agricoles français, ce serait exact.
Journaliste
Est-ce que vous pensez que vous êtes un modèle ?
Louis Rouquette
Nous ne sommes pas un modèle, nous faisons de notre mieux et pour nous, il y a une chose qui nous intéresse, c’est surtout que nos adhérents soient contents.
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Date de la vidéo: 21 juil. 1973
Durée de la vidéo: 02M 50S