Marcelle Delpastre
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Notice
Résumé
Chez elle, Marcelle Delpastre liste avec humour des thèmes abordés dans son œuvre littéraire : les légendes de son village natal, Germont, les personnages mythiques, la vie des saints ... Puis elle évoque son travail de collectage de contes et de constitution d'un bestiaire poétique. Après avoir décrit la dureté de son travail d'éleveuse de bovins, elle présente un de ses recueils de poésies.
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Date de diffusion :
26 oct. 1979
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Contexte historique
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Qui découvre la poésie de Marcelle Delpastre, son évidence et sa force évocatrice, est toujours saisi d’émerveillement. Elle incarne, aux côtés d’autres auteurs comme Jean Boudou, Bernard Lesfargues, Félix Castan ou encore Bernard Manciet, souvent admirés bien au-delà des frontières de l’Occitanie, l’extraordinaire renouveau de la littérature occitane contemporaine. Paysanne de Corrèze, écrivaine impressionnante, en marge des courants de l’occitanisme, Delpastre s’impose à partir du milieu des années 1970 comme un monument de la littérature occitane.
C’est essentiellement la Marcelle Delpastre paysanne et ethnologue que montre le film. Certes, elle a assumé ce métier qui a été celui de toute une vie. Mais cette vie était double, entre travaux agricoles et écriture. Elle est aussi l’auteur d’une œuvre littéraire immense, dont l’ethnographie n’est qu’une facette, néanmoins importante.
Née en 1923 et décédée en 1998 à Germont (Corrèze) dans une famille de paysans dont le père parlait français et la mère occitan, après son bac - chose rare pour les femmes de son temps en milieu agricole - Delpastre suit pendant un an les cours de l’École des Arts Décoratifs de Limoges. Elle revient cependant à la ferme familiale en 1945 et ne la quitte plus jusqu’à sa mort. Son œuvre est aussi celle d’un témoin direct de la fin d’un monde économique, social, technologique et aussi linguistique, d’une civilisation. Cette mort de la langue, qui est aussi mort du pays, hante l’œuvre dès les premiers poèmes : « Anei vers queu país coma aniriatz ad un amic, li borrar sus l’espatla : desvelha-te ! » (« J’allai vers ce pays, comme on irait vers un ami, lui taper sur l’épaule : réveille-toi ! ») écrit-elle dans « Queu país » (Saumes Pagans, ed. Novelum, 1974).
Dans ses travaux d’ethnologie, elle se consacre à l’analyse des croyances populaires et livre ses études à la Société d’ethnographie du Limousin et de la Marche, qui lui ouvre les pages de la grande revue de la culture du limousin, Lemouzi, fondée en 1893 par le Félibrige limousin. En 1964, elle y rencontre Jean Mouzat (1905-1986), universitaire, éditeur et poète limousin, qui lui révèle la richesse littéraire de sa langue et qui la pousse à l’écriture en occitan. Elle délaisse très tôt les formes versifiées classiques pour se tourner vers le psaume, comme en témoigne le titre de son premier recueil, Saumes pagans, dont la publication en 1974 par l’Institut d'études occitanes (IEO) aux éditions Novelum, la révèle véritablement au milieu des écrivains et intellectuels occitans.
Avec Jan dau Melhau et Micheu Chapduelh, deux personnalités de la jeune génération de l’action et de la création occitanes en Limousin, elle fonde en 1976 la revue Lo Leberaubre. Cette revue au format original, assumant sa facture artisanale, souhaite exalter l’âme populaire limousine sous le programme affiché en couverture : « Per balhar de las raiç au leberon e far corre l’aubre la nuech » (« Pour donner des racines au loup-garou et faire courir l’arbre la nuit »). Lo Leberaubre publie de nombreux textes de Delpastre, dont le recueil Lo sang de las peiras (1983), qui recevra le prix Méridien de la ville de Montpellier.
Dans les années 1990, Delpastre connaît le succès parisien, suite à la parution chez Payot du premier tome de ses mémoires, Les chemins creux. Cette expérience de la capitale - elle est notamment passée dans l’émission télévisée Apostrophes de Bernard Pivot - lui laisse cependant un goût amer : elle se sent rejetée de la sphère intellectuelle qui n’est pas prête à accepter de voir une paysanne faire œuvre de poète.
Cette oeuvre a été peu à peu éditée par Jan dau Melhau aux éditions du Chamin de Sent Jaume où Micheu Chapduelh poursuit l’esprit original de l’œuvre ethnologique de Delpastre dans la collection « De temps pacans ».
Transcription
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(Silence)
Marcelle Delpastre
J’ai fait toute une étude sur les contes du feu.Il y en a qui, apparemment, ne parlent pas du tout du feu.Le feu est un thème très ancien et qui apparaît ou n’apparaît pas dans les contes et légendes qui se racontent autour de Germont.Les contes et légendes qui se racontent autour de Germont sont d’abord les contes de partout et ensuite, des contes localisés à certains points bien précis comme le Mont Rosset, le Mont Gargan, Le Rocher de [inaudible], etc.Nous n’avons pas de fée, nous avons très très peu de princesses, de reines et de rois ;peu de seigneurs, et nous avons surtout des personnages mythiques plus anciens.Nous avons des animaux.Nous avons le loup, nous avons le diable, bien sûr la Vierge et les Saints, mais la Vierge et les Saints on en a vite fait le tour ici.Il y a aussi les récits plus récents qui reprennent les thèmes mythiques anciens.
(Bruit)
Marcelle Delpastre
Oh, parfois je disais, j’ai l’amour des causes perdues.Je considérais que notre civilisation était une cause perdue et je continue à en vivre, et nous continuons à en vivre, et je ne sais pas jusqu’à quel point les jeunes générations vont en vivre.C’est une question qu’on me pose.Mais je ne sais pas si nous serons toujours français, si nous allons redevenir limousins, ou si bientôt nous ne serons pas chinois.
Sa mère
Oui, quand tu seras là ma fille tu changeras, et tu sais bien qu’il est trop tard pour fermer les [inaudible].
Marcelle Delpastre
J’ai recueilli plusieurs centaines de légendes, environ mille proverbes et dictons limousins et j’ai aussi écrit un bestiaire.Ce bestiaire, ça pouvait être l’histoire naturelle qu’aurait écrite ma grand-mère.C’est-à-dire que je parle des animaux en parlant de leur aspect général, si vous voulez, une description.Je parle de leur vie, je parle de ce que l’on dit d’eux, de ce que l’on croit d’eux, d’un point de vue magique même, quelques fois, et pas du tout selon l’histoire naturelle que j’ai apprise, moi, à l’école, bien sûr.
(Bruit)
Marcelle Delpastre
Bien sûr, je ne peux pas tout faire.Je ne peux pas faire la polyculture et l’élevage.J’ai donc choisi, ou plutôt je n’ai pas choisi, mais j’ai été amenée à faire de l’élevage, et presque uniquement de l’élevage, très peu de culture.Mais l’élevage, ça entraîne quand même une certaine quantité de foin, et une certaine quantité de culture fourragère.
(Bruit)
Marcelle Delpastre
Ce qui est pénible pour moi, pratiquement, c’est de remuer les fumiers, parce que les vaches ça fait beaucoup de fumier, surtout quand on les élève à la manière traditionnelle en les rentrant tous les jours.Elles sont toutes les nuits du moins à l’étable, et il faut enlever le fumier tous les jours.Et il faut emmener ensuite le fumier dans les prés, ou dans les quelques champs que je continue à cultiver en terre, dans le jardin, et c’est beaucoup de travail, parce qu’il faut le faire avec les mains, avec les bras.Tu veux me faire un bisou ?Tu veux me faire un bisou ?On a de la joie par exemple quand les bêtes, mais c’est rare, parce que les bêtes, c’est toujours malade, c’est-à-dire vous allez simplement à l’étable en vous demandant chaque matin, quelle catastrophe va bien arriver ?Mais quand vous avez une belle bête limousine, vous savez que c’est beau une belle bête limousine, ce n’est pas que vous la vendrez chère, mais c’est qu’elle est belle quand même, à la regarder, ça dans la culture, on a ce petit plaisir là, et on a ce plaisir, et on a d’autres.
(Bruit)
Marcelle Delpastre
Les poèmes représentent beaucoup de choses différentes, parce que sur plusieurs années, on a beaucoup de choses à dire, peut-être.La façon dont je les ai classés est assez amusante, je peux vous la raconter, même si ça ne passe pas au micro, tant pis.Je venais de recevoir le texte en bonne graphie, dactylographié, propre, mais non classé.Je suis allée dans le champ, j’emmenais mes vaches dans un pré un jour d’automne où il pleuvait presque, les grues passaient, et le vent soufflait et j’ai fait des petits tas.Alors, je les ai rangés par affinité, par thème pour ainsi dire, mais ils n’ont pas été écrits par thème au départ.Alors, j’ai mis au début ceux qui parlent, enfin, qui parlent un peu d’Occitanie que… enfin, pas d’Occitanie si vous voulez, mais enfin de ce pays d’Oc qui a des amoureux et ses poèmes en ont aussi bien sûr, heureusement.Ensuite, j’ai mis d’autres qui avaient un autre sujet, la poésie, l’amitié, l’amour.Il y a toute une série qui sont des louanges et on arrive à d’autres préoccupations, peut-être plus philosophiques, qui, on finit par s’inquiéter de Dieu.Alors, ça finit par être païen si vous voulez, mais au début, c’était prévu.Enfin, je l’avais pensé, je l’avais imaginé, parce que j’avais quand même pensé à ça, à le mettre en recueil, à faire des poèmes qui soient vraiment païens.
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Date de la vidéo: 04 févr. 2017
Durée de la vidéo: 02M 33S