Souvenirs d’Algérie - Film d'André Triboulet [muet]

17 août 2017
22m 53s
Réf. 01030

Notice

Résumé :

Vie du poste de Aïn Guiguel, dans l'Aurès, autour duquel la population a été regroupée. Le maréchal des logis André Triboulet est l'instituteur des enfants du douar.

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Éclairage

André Triboulet est né le 20 février 1935. Il est fils unique dans une famille de fonctionnaires. Ses parents travaillent à la poste, le père comme receveur, la mère comme agent d'exploitation. Après son bac, il effectue trois années d'études supérieures à l'école Bréguet. Après son sursis, il est appelé au début du mois de mars 1958, fait ses classes à Provins et en sort maréchal des logis. Il est affecté au 401e régiment d'artillerie à Aïn Guiguel dans les Aurès, de mars 1959 au 30 avril 1960.

André Triboulet s'est initié à l'image au lycée Hoche à Versailles en s'inscrivant au club photo et au ciné club. Il part en Algérie avec son appareil photo et ses parents lui offrent une caméra Camex 8mm. Ce sont eux qui lui envoient les pellicules au fur et à mesure des besoins et qui les récupèrent une fois enregistrées. Ce n'est qu'en 1995 qu'il fait monter son film par un prestataire. André Triboulet regrette la bande-son qui y a été ajoutée et qui ne correspond à rien, ainsi que le montage qui ne respecte pas la chronologie de son séjour.

André Triboulet a souhaité prendre les moments de vie de son régiment, des images du quotidien, pour sa famille et pour lui-même. Il déclenchait son obturateur à l'instinct pour avoir une trace de cette expérience qui correspondait « à son devoir de citoyen », dit-il. Son film est singulier par la place qu'il a voulu donner aux enfants de ce village de regroupement d'Aïn Guiguel où il a été affecté pendant plus d'un an. Au bout de six mois dans le fortin où se tenait le régiment, le capitaine lui a demandé de laisser la mission opérationnelle pour développer l'embryon d'école qui existait en ouvrant une seconde classe. Plus de la moitié du film y est consacrée. Pour ces séquences, André Triboulet est passé devant la caméra, se laissant filmer par un camarade. Ces images mises en scène, qui nous le montrent au milieu d'enfants dans différentes situations (la séance de gymnastique, de lavage du linge, de la corde à sauter....), inscrivent dans la pellicule sa volonté de rentrer en contact avec la population. C'est ce rapport privilégié qu'il a voulu donner à voir et garder en souvenir. On sent son regard humaniste lorsqu'il reprend la caméra et qu'il s'approche de ces visages souriants à hauteur des yeux ou qu'il filme les fillettes partant pour la corvée de bois où à la balançoire. Des moments privilégiés de rencontre avec l'autre.

En outre, le film traduit cette notion d'enfermement, d'isolement dont André Triboulet parlait au moment où il visionnait ses images : « Nous vivions en autarcie ». 23 minutes pendant lesquelles on reste à l'intérieur du fortin et de ses abords à l'exception d'une séquence de ratissage et d'une permission dans la ville la plus proche, Khenchela. Retour de patrouille, loisirs des soldats du temps de repos (jeu de boule, football, méchoui, jeu avec les ânes du village) envahissent des images où cadrages et angle de prises de vue délimitent un espace, enclos par les murs du fortin ou par les montagnes alentour. Aucun drame dans ces images de loisirs contenus et de relations harmonieuses, elles n'en traduisent pas moins l'emprisonnement et la tension que faisait peser sur les soldats le contexte de guerre.

Jean-Pierre Bertin-Maghit