Présentation de la chorale des petits chanteurs d'Artois

18 décembre 1966
02m 57s
Réf. 00043

Notice

Résumé :

Monsieur Hardy, directeur de la Chorale des petits chanteurs d'Artois à Libercourt, explique pourquoi il a créé cette chorale mixte, mélangeant filles et garçons, mais aussi jeunes Français et Polonais. A l'origine cette chorale a été créée pour les enfants des mineurs (de la fosse n°5 de Libercourt). Il évoque sa passion pour le chant. La chorale chante une extrait de "L'amour de moi").

Type de média :
Date de diffusion :
18 décembre 1966
Source :

Éclairage

Particulièrement efficiente pour les populations adultes, la politique d'encadrement par les Houillères des pratiques culturelles et de loisirs de la jeunesse trouve son acmé dans les années soixante, au moment où la "montée de la sève juvénile" inquiète tout particulièrement les élites dirigeantes du pays.

Née sous Vichy en 1940, au moment où l'éducation morale de la jeunesse constituait également une priorité, la chorale des "Petits Chanteurs d'Artois", appelée aussi "Chorale de la fosse n° 5 de Libercourt", incarne ces loisirs "sains" visant à éloigner les jeunes gens et jeunes filles des distractions plus coupables ou jugées inconvenantes par les adultes et les aînés. Le caractère mixte de la chorale (intégrant également des populations de nationalité ou d'origine polonaise) permet de proposer un répertoire diversifié en phase avec les goûts et références culturels de ces minorités implantées en pays minier depuis les années vingt. Intégrative et éducative, la chorale des "Petits Chanteurs d'Artois" constitue une alternative aux pratiques culturelles de masse (sport, télévision, cinéma, etc.) alors en voie de démocratisation. Elle souligne aussi le décalage générationnel existant parfois entre les besoins et attentes de la jeunesse issue des couches populaires et l'offre de certaines institutions.

Dans cet extrait, il est question de la chorale des petits chanteurs d'Artois de Libercourt. Cette chorale est dirigée par Monsieur Hardy. Ce directeur d'école et passionné de chant a eut l'idée de rassembler en 1940 des jeunes filles et des jeunes garçons, tous enfants de mineurs français et polonais afin de former une chorale mixte. Il s'est avéré que ce petit groupe de chanteurs s'est étendu progressivement, mettant en avant un réel besoin des jeunes enfants pour cette activité. Le directeur de la chorale insiste sur le fait que le chant constitue un élément essentiel dans l'éducation des enfants. Selon Monsieur Hardy, le folklore polonais qui est riche et qui plaît beaucoup aux familles des cités minières explique le succès de sa chorale franco-polonaise.

Olivier Chovaux

Transcription

Journaliste
Artois Pologne, voilà un rapprochement qui est assez curieux tout de même.
Hardy
Oui, c’est-à-dire que nous avons chez nous une moyenne de, moitié polonais, moitié français ; et je tenais beaucoup à garder le folklore polonais qui est très riche et qui plaît beaucoup aux gens de notre cité, bien sûr.
Journaliste
Mais je crois que vous avez eu une bonne idée mais je voulais tout de même de vous poser deux questions et j’ai l’impression que ces deux questions, je ne peux pas faire autrement aujourd’hui que de les poser ensemble. Je voulais vous demander, qui êtes-vous Monsieur Hardy, et qui sont les Petits Chanteurs d’Artois ?
Hardy
Je suis un directeur d’école qui a fait beaucoup de chants dans sa vie, qui a aimé passionnément le chant ; et j’ai eu l’idée, il y a 26 ans exactement, de grouper ces petits garçons et ces filles, tous y sont fils et filles de mineurs, tous, pour les entraîner au chant. Je pensais à l’origine faire simplement un petit groupe de 5 ou 6 ou 10, et progressivement, j’ai senti qu’il y avait un besoin de chants, de se réunir, de faire de la belle musique. Et ce groupe s’est étendu de plus en plus et…
Journaliste
En plus, en somme, en plus du goût que vous aviez vous-même pour le chant de choral…
Hardy
Je crois que j’ai communiqué tout de même aux autres, j’espère oui, j’espère !
Journaliste
Vous avez senti un élan de leur part ?
Hardy
Oui, très net, et puis un engouement et un plaisir de venir chez nous qui était vraiment touchant. Il y avait des chanteurs ici qui ont 24 ans, 25 ans de présence chez nous.
Journaliste
Alors, ce ne sont plus des Petits Chanteurs d’Artois mais enfin, ce sont…
Hardy
Ce sont des grands chanteurs d’Artois mais qui ont toujours continué à aimer le groupe passionnément, oui.
Journaliste
Et bien, Monsieur Hardy, vous voyez, cette chose-là nous surprend et en même temps nous ravit, parce que on dit actuellement que la jeunesse ne trouve pas tellement de raisons de se réunir, de se distraire d’une manière assez saine. Et vous savez qu’on jette beaucoup de discrédits sur la jeunesse d’aujourd’hui, on parle de son indifférence, de sa nonchalance. Vous n’êtes pas d’accord ?
Hardy
Je ne suis pas d’accord du tout, je crois au contraire que la jeunesse est merveilleuse, et que à condition qu’on leur donne les moyens de se développer, de s’instruire et de se cultiver, elle est avec nous mieux qu’avant je pense. Je n’ai jamais eu autant d’enthousiasme avec moi dans ma chorale, dans mon groupe. Je n’ai jamais senti aussi autant de gentillesse et autant de plaisir à venir chanter avec nous, c’est un fait.
Journaliste
Le chant de choral au fond, pour vous, est un de ces moyens qu’on devrait…
Hardy
Un moyen essentiel dans l’éducation profond de l’enfant et du jeune homme et de la jeune fille. Je crois que c’est une chose qu’il faudrait cultiver beaucoup plus. Je regrette infiniment qu’on ne fasse pas davantage.
Journaliste
Au fond le chant, si vous voulez, c’est le seuil de la poésie.
Hardy
Oui, je crois.
Journaliste
Je crois que la meilleure façon de nous le montrer maintenant, c’est que nous puissions écouter par exemple L’amour de moi que tout le monde aime beaucoup.
Hardy
D’accord, L’amour de moi alors.
Journaliste
Merci, Monsieur.
(Musique)