La Nuit et le moment de Crébillon fils

27 avril 1978
01m 31s
Réf. 00356

Notice

Résumé :

Un extrait de La Nuit et le moment de Crébillon fils, avec Francis Huster et Catherine Salviat, en libertins aux discours prolixes sur l'amour et la sensualité.

Date de diffusion :
27 avril 1978
Source :
Fiche CNT :

Éclairage

Claude-Prosper Jolyot de Crébillon, dit Crébillon fils, pour le distinguer de son père - auteur de tragédies (Idoménée, Atrée et Thyeste) mais qu'on ne joue plus du tout de nos jours, sans doute parce que, malgré un style assez habile, les intrigues de ses pièces sont si complexes qu'elles en deviennent parfois difficiles à suivre - est un auteur majeur du XVIIIe siècle et de la littérature dite libertine, dont on adapte volontiers les contes et les romans au théâtre. Citons par exemple Le Hasard du coin du feu par Jean Vilar en 1965 ; Les Egarements du cœur et de l'esprit par Jean-Luc Lagarce en 1986 ; Suite royale par Francis Huster en 1992, qui avait par ailleurs déjà joué La Nuit et le moment au Théâtre national de L'Odéon dans une mise en scène de Jean-Louis Thamin, en 1978.

Le texte de La Nuit et le moment ou Les Matines de Cythère n'est pas présenté comme une pièce à proprement à parler mais plutôt comme un dialogue dans lequel on peut voir un effet de romanisation de l'écriture théâtrale, notamment avec les didascalies explicatives et descriptives dont Crébillon parsème son dialogue. Dans l'intimité d'une chambre, une marquise, Cidalise, et son amant, le comte Clitandre, s'entretiennent sur leur entourage, où se mêlent galants, anciens amants ou maîtresses, et débattent sur la nature volage et inconstante de l'homme et de la femme. Au fil de la discussion, Clitandre devient de plus en plus entreprenant et force le lit de Cidalise, qui finit par ne résister que très peu à ses assauts.

Crébillon fils est passé maître dans l'art de la conversation galante et le badinage amoureux (l'art de conquérir une femme, de lui faire connaître ou de lui cacher ses sentiments en tournant au mieux son discours, la difficulté de se faire bien entendre de son interlocuteur et de parler sans trop en dire) et s'est fait surtout connaître comme auteur d'ouvrages libertins où sont brossés des tableaux aux pointes satiriques quant aux mœurs, aux principes de vertu et aux intrigues à l'usage dans les sociétés de salon. Crébillon fait la part belle, dans son œuvre, aux stratégies amoureuses et mêle au marivaudage un érotisme patent, des corps à la sensualité exacerbée, oscillant entre violence et caresses. Son écriture montre bien la « couture du système social, érotique, fantasmatique » que Barthes considère comme une caractéristique des écritures du XVIIIe dans son fameux essai sur Sade, Fourier, Loyola [1].

[1] Roland Barthes, Sade, Fourier, Loyola (1971), in Œuvres complètes, vol. 3, Editions du Seuil, 2002, p. 701.

Céline Hersant

Transcription

Présentatrice
Mes invités sont maintenant Francis Huster, Jean-Louis Thamin et Dominique Borg pour parler d’une pièce qui se joue actuellement au petit Odéon. Nous allons nous y rendre tout de suite. C’est La Nuit et le Moment de Crébillon Fils, Francis Huster est Clitandre, Catherine Salviat est Cidalise, les voici.
Denis Podalydès
Ah oui, je croirais bien aussi qu’en cela comme en beaucoup d’autre chose la philosophie a rectifié nos idées. Mais qu’elle nous a plus appris à connaître les motifs de nos actions et à ne plus croire que nous agissons au hasard qu’elle ne les a déterminés. Avant par exemple que nous sussions raisonner si bien, nous faisions exactement tout ce que nous faisons aujourd’hui. Mais nous le faisions entraînés par le torrent sans connaissance de cause et avec cette timidité que donnent les préjugés où nous n’étions pas plus estimables qu’aujourd’hui, mais nous voulions le paraître. Et il ne se pouvait pas qu’une prétention si absurde ne gêna beaucoup les plaisirs. Enfin, nous avons eu le bonheur d’arriver au vrai, et que n’en résulte-t-il pas pour nous. Jamais les femmes n’ont mis moins de grimaces dans la société, jamais on n’a moins affecté la vertu. On se plaît, on se prend. S’ennuie-t-on l’un avec l’autre, on se quitte avec tout aussi peu de cérémonie que l’on s’est pris. Revient-on à se plaire, on se reprend avec autant de vivacité que si c’était la première fois qu’on s’engageât. On se quitte encore et jamais on ne se brouille. Oui, il est vrai que l’amour n’est…