Compagnie Hendrick Van Der Zee (HVDZ)
Notice
Reportage sur Les Sublimes, présenté au manège de Reims. Des extraits du spectacle qui rendent compte du mélange des arts mis en scène et un bref entretien de Guy Alloucherie qui contextualise sa création critique et révoltée face à la violence économique de la société.
Éclairage
Les Sublimes (mettre une étoile rouge à la place du point sur le i) que Guy Alloucherie met en scène sont des figures qui appartiennent à un univers censé disparu, le carreau de la mine, habité par ceux qui y ont déposé leur sueur et leur sang. Par l'affirmation de leur présence, ainsi réhabilités, ils donnent chair à la cohorte des exclus oubliés ou négligés, toujours méprisés, broyés par l'infernale machinerie de l'exploitation capitaliste, ici et maintenant.
Depuis 1998, la Compagnie Hendrick Van Der Zee (H.V.D.Z.) qui s'attache à rendre actif l'assemblage « recherches artistiques, action culturelle et engagement militant » [1] prend naissance, à la Fabrique Théâtrale à Loos-en-Gohelle (Scène nationale du Bassin minier du Pas-de-Calais). Elle a déjà produit des spectacles rendant audible et visible la présence des vaincus de l'Histoire. Notamment, en 2001, dans J'm'excuse, Guy Alloucherie s'était emparé des destins croisés de deux itinéraires de fils de mineur, le sien et celui du comédien Kader Baraka. Le metteur en scène revendique cette origine, pour affirmer la vivacité de ses racines dans ses engagements contemporains : « Je suis fils de mineur mais aussi militant anticapitaliste, nourri de la culture des mots et fasciné par l'énergie des corps... » [2].
La Base 11-19 [3], un carreau de fosse en friche, qui reste, selon G. Alloucherie, « le lieu de la classe ouvrière, des luttes, des grèves, des catastrophes, de la silicose, du travail », est devenue le lieu de travail de la compagnie. Elle y a conçu Les Sublimes, « un spectacle de cirque-danse-théâtre ». Si la mise en scène et la direction artistique sont assumées par G. Alloucherie, une équipe de création [4] est indispensable pour qu'au final, aucun genre n'empiète sur l'autre, pour que le mélange ne trahisse aucune forme, pour arriver à une équivalence de traitement.
Mélange des genres, mélange des éléments. Au travers des mots et des corps, s'affirment des fragments de constats, des matériaux jetés en vrac, des matières éparses favorisant le surgissement d'éclats d'un réel brut et violent qui nous envahit. Guy Alloucherie, acteur, témoin, porte parole, occupe régulièrement le devant de la scène. S'emparant d'un micro, il raconte « je » et tous les « autres ». Ainsi, son autobiographie s'efface au profit de celle de ceux qui ne sont plus, de celle de ceux qui sont privés de parole. Non pour parler à leur place, mais pour les inciter à arracher la parole à son interdit.
Les artistes de cirque (acrobates au sol ou au mât chinois, jongleurs, voltigeurs, trapézistes), les danseurs, les comédiens, les acteurs du monde réel – par vidéos interposées – construisent, à tour de rôle ou simultanément, un tableau poétique et salutaire du chaos du monde administré. « Dans la manière dont je le pratique, depuis l'endroit où je le fais, il me semble que mon théâtre est militant. Cela ne signifie pas que le théâtre soit un véhicule pour faire passer un message. Mon esthétique est marquée par le collage des textes, des gestes, des sons et des vidéos. Elle reflète en quelque sorte la complexité de l'être humain » [5].
[1] Notamment, dans Les Veillées. Des spectacles construits lors de résidences qui privilégient les rencontres et le travail artistique avec des habitants.
[2] Guy Alloucherie, « Le Désordre du monde » propos recueilli par Jean-Christophe Planche, Les Cahiers du Chanel, n° 26, octobre 2006, p. 3.
[3] Titre de la création de suivante, en 2007.
[4] Guy Alloucherie - direction artistique et mise en scène, Martine Cendre - dramaturgie, création sonore et assistante à la mise en scène, Howard Richard & Marie Letellier – chorégraphie, Frantz Loustalot - conception technique et régie générale, Sophie Oswald - conception vidéo.
[5] Guy Alloucherie, « Le Désordre du monde », op. cit.