Georges Brassens en Bretagne

02 septembre 1972
10m 04s
Réf. 00762

Notice

Résumé :

Rencontre avec Georges Brassens dans sa maison de Lézardrieux, dans les Côtes-d'Armor.

Date de diffusion :
02 septembre 1972
Source :
Personnalité(s) :

Éclairage

Une vidéo choisie pour le plaisir de voir et d'entendre Georges Brassens (1921-1981) interviewé en 1972 à Lézardrieux ! Rappelons que si cet auteur-compositeur n'est pas breton puisque né à Sète, il savait apprécier les côtes bretonnes et il possédait une maison sur les rives du Trieux à Lézardrieux.

En savoir plus : de nombreux ouvrages lui ont été consacré et des sites web sont très bien renseignés !

Martine Cocaud

Transcription

(Silence)
Journaliste
Est-ce que vous arrivez à travailler aussi bien ici qu'à Paris, chez vous ?
Georges Brassens
Un peu moins parce qu'ici les tentations sont grandes de mettre son nez dehors, de partir en bateau, de se promener dans le pays.
Journaliste
Je crois que cette année vous n'avez pas pu faire beaucoup de bateau ?
Georges Brassens
Pas du tout, non, quand je fais mes chansons, je suis indisponible pour tout le reste, et quand je fais tout le reste je suis indisponible pour les chansons aussi. Enfin je ne peux pas faire trente six choses à la fois.
Journaliste
Et puis cette année il y a beaucoup de choses à faire, vous avez à préparer cette rentrée de Bobino ?
Georges Brassens
Et cette année j'ai mon tour à préparer, je m'y étais déjà, mais j'avais pris mon élan quand même depuis 2/3 ans, j'avais écrit pas mal de paroles. Mais c'est la mise au point qui est longue, qui est difficile et les musiques, en général, je suis quand même un peu toujours assez négligent, assez désinvolte et il faut vraiment que je sois forcé d'écrire mes musiques pour le faire et là j'y suis forcé par le temps.
Journaliste
Il y a combien de temps que vous avez cette maison ici, à Lézardrieux ?
Georges Brassens
3 ans, mais je suis allé en Bretagne depuis une quinzaine d'années. J'ai cherché une maison au bord de l'eau.
Journaliste
Et là quand vous venez l'été, vous venez aussi l'hiver ?
Georges Brassens
Je viens aussi l'hiver, oui je préfère l'hiver parce que je vis mieux avec les gens du pays l'hiver.
Journaliste
Quel est votre emploi du temps quand vous êtes ici ?
Georges Brassens
Pour le moment, mon emploi du temps ce sont les chansons. Sinon je fais semblant de bricoler dans le jardin, je fais semblant de m'adresser aux fleurs.
Journaliste
Mais pas vraiment ?
Georges Brassens
Pas passionnément non, je ne sais pas, je ne suis pas très doué pour ça, pour faire pousser les choses.
(Musique)
Georges Brassens
Quand je vais chez la fleuriste, je n'achète que des lilas, quand je vais chez la fleuriste, je n'achète que des lilas, si ma chanson chante triste, c'est que l'amour n'est plus là, comme j'étais en quelque sorte, amoureux de ses fleurs là, comme j'étais en quelque sorte amoureux de ses fleurs là, je suis entré par la porte, par la porte des lilas. Vous savez, la chanson pour moi a toujours été une passion depuis l'enfance, je m'intéresse à la chanson. C'est devenu un métier par la suite, c'est dommage d'ailleurs mais enfin.
Journaliste
Etes-vous très méthodique quand vous préparez précisément vos chansons ?
Georges Brassens
Non, pas tellement, en général, je fais vous voyez d'abord les paroles et après la musique. Mais enfin il m'arrive de temps en temps de... non je ne suis pas méthodique du tout, j'attaque une chanson et si je sèche dessus j'en attaque une autre.
Journaliste
Mais pas les chansons et les paroles en même temps ?
Georges Brassens
Parfois, cela arrive mais pas toujours, ça arrivait au début. Maintenant, comme je compose la musique assez spontanément, vous voyez au début elle me venait naturellement sur mes paroles, maintenant il faut quand même que j'aille un peu la chercher où elle est. Dieu seul le sait où elle est d'ailleurs.
Journaliste
Est-ce que vous êtes de ceux qui disent je vais me mettre au travail à telle heure ou alors c'est à n'importe quel moment de la journée ?
Georges Brassens
Oui, je me le dis mais ce n'est pas du tout efficace, je me le dis, j'essaye de m'astreindre un peu, je me force un peu mais ça ne sert à rien.
Journaliste
Vous êtes un lève-tôt ?
Georges Brassens
Très tôt, oui, 4-5 heures, quand je ne chante pas bien sûr. Oui j'aime me promener le matin j'ai toujours aimé ça dès l'enfance je me levais tôt. J'aime bien la lumière du matin, c'est ma lumière préférée.
(Silence)
Journaliste
On dit souvent que George Brassens n'a peut-être pas le caractère facile, est-ce que c'est vrai ça ?
Georges Brassens
Non bien sûr que non.
Journaliste
Non c'est de l'histoire ?
Georges Brassens
Non c'est une légende ça qui... oui bien sûr.
Journaliste
C'est-à-dire que vous aimez surtout qu'on vous laisse tranquille ?
Georges Brassens
Pas tellement non, je n'aime pas, je ne recherche pas les emmerdeurs, mais enfin je ne les fuis pas tellement non, puis je vous dis c'est, tout ça c'est une légende, je crois que je suis le meilleur caractère de la chanson. Seulement un beau jour quelqu'un l'a écrit peut-être, suis-je un peu gêné devant les caméras un peu pas trop à mon aise en scène, alors tout cela concourt à donner, à créer cet image de l'ours qui est absolument fausse, tous ceux qui ont m'approché le savent.
(Musique)
Journaliste
Au village sans prétention, j'ai mauvaise réputation, que je me démène ou que je reste coi, je passe pour un je ne sais quoi, je ne fais pourtant de tort à personne, en suivant mon chemin de petit bonhomme, mais les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux, non les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux, tout le monde médit de moi, sauf les muets, ça va de soi. Vous préférez travailler seul ?
Georges Brassens
En fait, vous savez comme je fais mes paroles, ma musique que je chante et que je m'accompagne, il m'est difficile de travailler autrement.
Journaliste
Vous accordez plus d'importance aux paroles ou à la chanson ?
Georges Brassens
Non, les deux ont à peu près une égale importance, il semble que les paroles prédominent chez moi, c'est vrai, néanmoins si je chantais Alors là on s'apercevrait que la musique a quand même une petite importance. Je m'arrange pour qu'on ait l'impression que la musique n'existe pas, je fais un peu comme si sur une scène de film oui, comme quand on ajoute une musique sur une scène sur une séquence au cinéma, il faut que le public l'entende cette musique mais qu'il ne soit pas trop tenté de l'écouter, il faut qu'il la subisse. Je fais en sorte que ma musique souligne un peu mes paroles mais sans trop, sans prendre le pas sur elle. Mais il faut qu'elle y soit et je crois qu'elle ajoute quand même un charme, elle enlève parfois un peu de grandiloquence. Une grandiloquence voulue d'ailleurs que je mets dans les chansons plutôt, où je m'amuse comme par exemple Alors elle enlève un peu de la grandiloquence du vers cette grande éloquence voulue et elle ajoute un ton familier à la musique.
Journaliste
Vous mettez plus de temps aux paroles ou au contraire à la musique ?
Georges Brassens
Oui, je mets plus de temps à faire les paroles parce que les paroles il faut quand même qu'elles soient construites il faut un commencement, il faut une chute, un développement. Tandis que la musique, ce ne sont que des notes, il suffit de trouver la musique qui convient à l'ambiance des paroles pour que ça marche.
Journaliste
Est-ce qu'il vous est arrivé de commencer des chansons sans les terminer, sans avoir pu les terminer ?
Georges Brassens
Oui et depuis toujours comme ça derrière moi, une vingtaine de chansons qui verront peut-être le jour que je n'arrive pas à finir, je n'ai pas réussi.
Journaliste
Et en ce moment vous en avez une préférée parmi les nouvelles ?
Georges Brassens
Non, ça je n'ai jamais je ne préfère jamais, je les aime toutes. Et puis après, selon les goûts du public, je m'aligne un peu sur le public, on ne peut pas faire autrement. Mais parfois il m'arrive aussi d'aimer passionnément une chanson que le public ne reçoit pas, n'a pas l'air d'accepter trop.
Journaliste
Et ça vous touche à ce moment là ?
Georges Brassens
Non ce n'est pas très grave, j'en ai d'autres.
(Musique)
Georges Brassens
Je suis la mauvaise herbe braves gens braves gens, ce n'est pas moi qu'on rumine et ce n'est pas moi qu'on met en gerbe, la mort faucha les autres braves gens braves gens et me fit grâce à moi c'est immoral et c'est comme ça la la la la la la la et je me demande pourquoi bon Dieu ça vous dérange que je vive un peu, et je me demande pourquoi bon Dieu ça vous dérange que je vive un peu.
Journaliste
Et maintenant alors, vous préparez dur votre rentrée à Bobino. Alors cette rentrée à Bobino elle va se faire avec quand même de nouvelles chansons ?
Georges Brassens
Elle va se faire avec 8 ou 9 chansons, enfin je fais comme d'habitude vous savez, j'écris, je fais un disque, une douzaine de chansons et j'en chante 7-8, les plus... celles que je sais le mieux au moment où je passe en public. Parce que ça c'est mon gros problème. Comme je ne finis mes chansons en général que la veille du jour où je passe en public, il me faut une semaine de passage à Bobino par exemple pour les savoir.
Journaliste
Quelles sont les nouvelles chansons que vous proposez alors à vos amis, cette année ? On peut avoir quelques titres, ce n'est pas trop indiscret ?
Georges Brassens
Les titres oui, les expliquer c'est difficile, une chanson pour moi c'est un ensemble. C'est un tout, de la musique avec des paroles. On ne peut pas tellement les dissocier, enfin. J'ai écrit, tiens, une chanson qui s'appelle Et une chanson qui s'appelle
Journaliste
Les musiques ne sont pas faites, elle seront quand même prêtes pour la rentrée à Bobino ?
Georges Brassens
Sans doute, oui. Sans doute.
Journaliste
Et vous restez combien de temps à Bobino, 3 mois ?
Georges Brassens
Trois mois.
Journaliste
Après quoi vous avez envisagé faire...
Georges Brassens
Après quoi j'ai envisagé une petite tournée à travers la France, comme d'habitude. Et puis après je m'arrêterai encore un an ou deux.
Journaliste
Et vous reviendrez à Lézardrieux ?
Georges Brassens
Et je reviendrai à Lézardrieux.
Journaliste
Avec peut-être un peu plus de temps pour...
Georges Brassens
Avec un peu plus... oui, je viendrai en vacances, alors, à ce moment-là. Ou non, je viendrai habiter... je deviendrai un habitant. J'aime pas ça, les vacances.
Journaliste
Et vous êtes un habitant comme les autres quand vous êtes à Lézardrieux ?
Georges Brassens
Je crois.
Journaliste
Vous essayez d'être...
Georges Brassens
Je crois que je suis un habitant comme les autres, d'ailleurs les gens du pays m'ont adopté comme si... comme un vieux familier. En vieux cousin qui vient de... Un vieux cousin qui vient de Paris.
(Bruits)
(Musique)