"Roselyne et les lions" de Jean Jacques Beineix au cirque d'Amiens

15 avril 1989
04m 45s
Réf. 00732

Notice

Résumé :

Pour la sortie du film de Jean-Jacques Beineix, Roselyne et les lions, en avant première à Amiens le 13 avril 1989, retour sur le tournage qui a eu lieu pendant 10 jours en octobre 1988 au cirque d'Amiens. Jean Jacques Beineix en compagnie d'Isabelle Pasco ont été accueillis pour un échange avec les étudiants au campus d'Amiens. Les figurants qui ont retrouvé les lieux du tournage, donnent leurs impressions sur cette expérience.

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Date de diffusion :
15 avril 1989
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Éclairage

Le cirque d'Amiens, devenu au cours des ans l'un des derniers monuments de son espèce, est l'œuvre de l'architecte Emile Ricquier (élève de Gustave Eiffel) qui dut cependant tenir compte des observations de Charles Garnier, inspecteur des monuments, lui demandant de corriger et masquer son projet initial qui prévoyait une structure de briques et de poutres métalliques apparentes, d'un enduit donnant au monument une forme néo-classique et la couleur de la pierre. Conçu et souhaité à l'origine par le maire d'Amiens Frédéric Petit aidé de son conseiller municipal Jules Verne (1887) le monument sera inauguré le 23 Juin 1889, à temps pour le centenaire de la Révolution française. Jules Verne prononcera le discours d'inauguration. Au XXe siècle, le cirque, laissé quasiment intact (comme la cathédrale) par les bombardements de la ville en juin 1940, abritera différentes compagnies mais aussi des spectacles de musique (chanteurs, orchestres rock, etc.) en dépit d'une acoustique assez déplorable. Depuis la réalisation de travaux de restauration en 2003, le Cirque a été associé à la compagnie Arlette Gruss après avoir servi d'École Nationale de Cirque en 1980 sous la direction d'Annie Fratellini. En 1989, soit cent ans après son ouverture (par correspondance avec le bicentenaire de la Révolution française ?) le réalisateur de film Jean-Jacques Beineix entreprend le tournage de Roselyne et les lions au cirque d'Amiens. Auréolé du succès éclatant de deux de ses réalisations précédentes Diva (1980) et 37°2 le matin (1986), Beineix met en scène dans Roselyne et les lions la passion de deux jeunes gens pour le domptage des fauves, un garçon, Thierry (Gerard Sandoz) et une jeune fille, Roselyne (Isabelle Pasco). Pour obéir aux exigences du metteur en scène les deux acteurs sont soumis à un entraînement intensif de 9 mois destiné à les faire côtoyer, sans crainte ni faux mouvement, les fauves dans la cage même, en présence d'un dompteur professionnel. Le propos direct du film accusant le système scolaire et les pédagogues d'inattention manifeste aux passions profondes des adolescents, tant sur le plan de la réalité sociale que sur le plan psychologique, fut assez mal accueilli, contribuant à accroître le désamour de son auteur avec la critique et le public. Il n'empêche que tant pour la qualité de ses images que pour la performance inédite et courageuse de ses deux jeunes acteurs ce film reste mémorable et digne d'être revisionné.

Le document ici présenté montre le journaliste Jean-Pierre Bergeon, l'un des fondateurs de Ciné-Critique et du festival International du film d'Amiens, interrogeant quelques unes des spectatrices ayant assisté aux 10 jours de tournage publics en 1988. Il montre aussi la rencontre, lors de l'avant-première, de Jean-Jacques Beineix et de son actrice Isabelle Pasco à l'Amphi 600 du Campus devant un public d'étudiants cinéphiles passionné.

Jacques Darras

Transcription

Jean-Pierre Bergeon
Au campus d’Amiens, rencontre entre Jean-Jacques Beineix et les étudiants.
(Bruit)
Jean-Jacques Beineix
Bon Bonjour, alors on parle de lion ? On parle d’autre chose ? De quoi voulez-vous qu’on parle ? De lion ? Bon, si j’ai bien compris… D’abord, je trouve qu’au cinéma, on a trop tendance à… Le cinéma, c’est un artifice. On peut tricher, on peut dire la vérité et faire les deux en même temps. Tricher n’est pas forcément ne pas dire la vérité. Alors pour ce film, compte tenu du fait que la cage est un lieu où on peut difficilement se cacher, parce que je ne sais pas si vous avez remarqué, il n’y a pas de coin, doubler les acteurs aurait été, à mon avis, quelque chose qui aurait dénaturé l’esprit du film. Alors pour qu’eux, ils puissent rentrer dans la cage, il fallait qu’ils soient capables de le faire. Il fallait donc qu’au départ, le professionnel responsable de ce travail, qui était Thierry Le Portier, donne son accord. C'est-à-dire qu’il fallait que lui, les voir entrer dans la cage, il fallait d’abord qu’ils en aient envie. Il fallait qu’ils décident de rentrer dans la cage. Je leur ai posé la question. A ma grande surprise, ils ont dit oui tout de suite. Moi, je n’aurais peut-être pas dit oui tout de suite. Puis, ils sont rentrés et ils ont travaillé. Grâce à ça le film transmet, à mon sens, une certaine vérité qui n’est pas celle seulement du spectacle mais un peu la métaphore de ce film. C'est-à-dire que dans un voyage initiatique, il faut se dépasser. Il faut dépasser sa peur, il faut dépasser les artifices pour trouver une certaine forme, une certaine partie de la vérité.
(Musique)
Journaliste
Est-ce que vous avez assisté, d’abord, au tournage du film, Roselyne et les lions, au cirque d’Amiens, il y a quelques mois ?
Intervenante
Pendant 10 jours, du matin au soir jusqu'à la fin, quoi.
Journaliste
Ça a été quelle aventure pour vous ?
Intervenante
C’était merveilleux. C’était un tournage. C’était Beineix et c’était… Les acteurs, c’est marrant. On ne retrouve pas les acteurs comme on les a vus au cirque. Et Isabelle était très fatiguée. Thierry nous avait expliqué. Et elle n’avait pas du tout de contact avec nous. Elle était même très froide et là, ça passe très bien. Elle est très gentille. Elle est super.
Intervenante 2
Mais il y a eu des réflexions complètement stupides, habituelles, sur son corps, sur sa façon d’être habillée, sur sa façon de jouer. Mais c’était quand même un rêve, 10 jours de rêve. Pour nous, ça a été 10 jours de rêve.
Journaliste
10 jours de rêve, pourquoi ? Parce que c’était le tournage d’un film ou parce que c’était aussi Jean-Jacques Beineix ?
Intervenante 2
Moi, je ne connaissais pas tellement Jean-Jacques Beineix. Mais c’était surtout l’ambiance, l’équipe. C’est vrai, comme il disait, la famille, en fait. On retrouvait cette chaleur, cette complicité, en fait, entre les artistes et les techniciens qui sont, eux-mêmes, des artistes, en fait.
Intervenante 3
Ce qu’il faut dire aussi, c’est que ces 10 jours de tournage et les 2 premiers jours, on était 600 dans le cirque. Et à mon avis, c’est pour ça aussi qu’Isabelle avait des problèmes, parce qu’elle se sentait trop vue. Et c’était l’oeil de la caméra mais en même temps, il y avait du public, quoi. C’était différent, ce n’était pas un même rapport avec la caméra. Et petit à petit, au fil des jours, il y a eu de moins en moins de public. Et alors là, on a senti la famille. Moi, je sais que le fait de participer plusieurs jours au film, on avait l’impression d’être un peu de la famille, quoi. On m’avait dit : « Tu vas sur un tournage, tu vas t’ennuyer à mourir. Prends un bouquin ». Eh bien, je n’ai pas lu une ligne. Je veux dire, les 2 premiers jours, j’ai emporté un bouquin et je n’ai pas lu de ligne. Mais après, je ne le portais plus, quoi. Parce que j’étais captivée totalement et à tout instant. Même quand ils ne tournaient pas, il y avait toujours quelque chose à regarder, à regarder. Les atmosphères. C’était des frôlements… Un truc vraiment passionnant et une expérience fascinante à vivre. Et qui donne envie de la revivre.