Enjeux de la main d’œuvre dans les vignobles gersois
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Les vignobles de Gascogne peinent à recruter une main d’œuvre pérenne. Outre les vendanges, le recrutement d’ouvriers formés aux techniques de la vigne est aussi nécessaire, notamment pour la taille l’hiver, mais peu restent. Sur le terrain, Romain Della Vedove, viticulteur, et Stéphane Minguet, viticulteur et président du Groupement d'employeurs de Gascogne, expriment ces difficultés. Pierre Nabos, agriculteur, décrit son activité complémentaire d’ouvrier viticole.
Date de publication du document :
14 sept. 2021
Date de diffusion :
31 janv. 2019
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Contexte historique
ParEthnologue
Publication : 14 sept. 2021
La fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle, en France, sont marqués par la baisse constante du nombre d’exploitations agricoles : en une vingtaine d’années, ce sont près de la moitié des exploitations et des actifs qui ont disparu. À cela s’ajoute le vieillissement de la population agricole qui a du mal à être renouvelée. En 2007, l’agriculture ne représente plus que 3,5 % de la population active et assure près d’un million d’emplois. Avec ce recul, des terres agricoles se libèrent et sont sujettes au renouvellement de l’activité, à l’agrandissement des exploitations existantes, à l’artificialisation des sols (conséquence d’un étalement urbain croissant) ou encore, et très minoritairement, à une conversion en forêt. En même temps, les changements structurels des exploitations pour des raisons à la fois techniques, démographiques et économiques sont tels que la taille moyenne des surfaces d’exploitation augmente et l’activité se concentre. Il faut alors plus de moyens pour assumer les investissements qui sont liés à ces agrandissements. Il faut aussi des bras. Or, ces changements entraînent une nette diminution des actifs familiaux substitués par les emplois salariés : si, au début des années 1990, les salariés représentaient 14 % de la main d’œuvre, au début des années 2010, ils atteignent les 25 %. Cette augmentation privilégie les emplois non familiaux, la conversion du travail des membres de la famille en emplois salariés ne représentant qu’une proportion minime (10 %).
Ce salariat peut s’avérer permanent (temps plein ou partiel) mais reste principalement saisonnier (durée de contrat inférieure à six mois), notamment pour les secteurs du maraîchage, des grandes cultures, de l’arboriculture et de la viticulture. La sous-traitance aux entreprises de travaux agricoles se développe tout comme la contractualisation via des groupements d’employeurs au sein desquels prédominent pourtant les emplois partiels ou saisonniers caractérisés par le recrutement d’hommes plutôt jeunes et peu formés. La réalisation de travaux d’exécution difficiles, l’instabilité professionnelle liée aux contraintes des calendriers de production et la faiblesse des revenus (en particulier pour les femmes) rendent ce secteur peu attractif. Il se tourne, par conséquent, vers une main d’œuvre étrangère.
À cette précarisation du salariat agricole, s’ajoute
une autre réalité : la dévalorisation du travail en milieu rural, notamment auprès des jeunes. Sur des territoires souffrant de désertification et de fermeture des services, il devient difficile de rendre les entreprises agricoles attractives pour des emplois pérennes, d’autant plus lorsque ceux-ci nécessitent certaines qualifications pour l’usage d’un matériel aux performances techniques de plus en plus exigeantes, notamment en viticulture.
Éclairage média
ParProfesseure de lettres, histoire et géographie en lycée professionnel
Le reportage, diffusé au journal télévisé régional de France 3 Occitanie du 1er février 2019, débute dans le domaine viticole d’un jeune agriculteur, Romain Della Vedove. Alors que la saison hivernale de la taille des vignes commence, la voix-off du journaliste explique que la main d’œuvre gersoise manque à l’appel. En effet, si les jeunes Gersois ont longtemps été volontaires pour les emplois saisonniers (castration du maïs, récolte du tabac, vendanges), ils sont de moins en moins nombreux. La durée de travail, courte, sa pénibilité et le salaire peu attractif peuvent expliquer en partie le phénomène. La journaliste interviewe Romain et un autre agriculteur qu’il emploie régulièrement à l’hiver et au printemps. S’il expose sa difficulté à recruter, elle n’est pas vraiment expliquée. Le reportage se poursuit avec Stéphane Minguet, également viticulteur. Il a employé un couple d’Espagnols qui travaille dix mois sur douze. Il partage le constat de Romain : les candidats se font rares et il est difficile de les fidéliser. On peut regretter que la parole ne soit pas donnée à ces saisonniers pour croiser les points de vue et comprendre ce qui n’attire plus, ou ce qui fait que les candidats ne restent pas (salaires trop bas ? conditions de travail ?).
Les emplois saisonniers, quels qu’ils soient, sont de plus en plus confrontés au manque de candidatures nationales. La main d’œuvre étrangère vient compléter ou renforcer la main d’œuvre gersoise qui n’est plus suffisante. Il convient également de rappeler que le département a toujours été une terre d’immigration, et que l’appel à la main d’œuvre étrangère a toujours existé, que ce soit dans le secteur agricole, les emplois saisonniers, l’hôtellerie-restauration ou le secteur du bâtiment et des travaux publics.
Pour aller plus loin, regarder la vidéo « Les travailleurs immigrés en France en 1971 »
Bibliographie
- Éric Cahuzac et Cécile Détang-Dessendre, « Le salariat agricole. Une part croissante dans l’emploi des exploitations mais une précarité des statuts », Économie rurale, n° 323, mai-juin 2011 [en ligne]. http://journals.openedition.org/economierurale/3050, [consulté le 26 avril 2021].
- Hostiou Nathalie, « Nouvelles organisations de la main d’œuvre agricole et dans le travail des éleveurs », Pour, n° 231, 2016-3, p. 249-254. [en ligne]. https://www.cairn.info/revue-pour-2016-3-page-249.htm, [consulté le 28 avril 2021].
- Pierre Blavier, « Les « petits boulots » dans l’Espagne de la récession », Revue française de socio-économie », La Découverte, n° 172016-2. [en ligne]. https://www.cairn.info/revue-francaise-de-socio-economie-2016-2-page-103.htm [consulté le 07 avril 2021].
- Chantal Crenn et Simona Tersigni (coord.), « Migrations et mondes ruraux », Hommes et migrations, n° 1301, 2013. [en ligne]. https://journals.openedition.org/hommesmigrations/1890, [consulté le 08 avril 2021].
- Béatrice Mésini, « Enjeux des mobilités circulaires de main d’œuvre : l’exemple des saisonniers étrangers dans l’agriculture méditerranéenne », Méditerranée, n° 113, 2009. [en ligne]. http://journals.openedition.org/mediterranee/3753, [consulté le 08 avril 2021].
- Yasmine Seghirate et Axelle Thibault, « Migrants : une chance pour les mondes ruraux ? », dans Sébastien Abis et al., Le Déméter 2020, Iris Édition, 2020.
Transcription
(Cliquez sur le texte pour positionner la vidéo)
Frédéric Fraisse
On redescend aux pieds des Pyrénées dans les vignobles de Gascogne qui manquent en ce moment de main d’œuvre.Il n’y a pas que les vendanges, les saisonniers sont aussi nécessaires pour la taille d’hiver des vignes mais peu se présentent.Voyez le reportage de Cécile Bonte Baratciart et Emmanuel Fillon.
Romain Della Vedove
Là, il nous reste plus qu'à lier la branche à fruit autour du fil à fruit.
Cécile Bonte Baratciart
4 000 pieds de vignes pour un ouvrier : ce matin on manque de main d'oeuvre pour la taille hivernale.Un geste simple en apparence mais qui nécessite une formation particulière.
Romain Della Vedove
Quand on taille une vigne, on va pas garder n'importe quelle branche pour l'année d'après, d'accord ?Donc il faut qu'il y ait un minimum de connaissances sur la taille.
Cécile Bonte Baratciart
Ici on produit de l'armagnac et du Côtes-de-Gascogne depuis plus de 50 ans.Pénurie de saisonniers oblige, Romain a dû embaucher un agriculteur du village voisin.
Pierre Nabos
Je travaille ici surtout l'hiver, et le début de printemps,comme ça après chez moi l'été je fais le foinet l'hiver quand il y a moins de travail du coup je fais moins de travail avec les vaches,je travaille ici comme j'ai du temps chez moi.
Cécile Bonte Baratciart
En cinq ans Romain a formé trois ouvriers, seul Pierre est resté.
Romain Della Vedove
On n'a pas trouvé trop de monde au mois de janvier, et là on va être...c'est le temps qui va nous guider quoi.Si il continue à faire froid, ça va aller, et si il fait chaud un peu plus vite, il va falloir accélérer pour...pour pas qu'on... pour qu'on ait fini quand la taille, quand la vigne va débourrer, c'est à dire quand le bourgeon va sortir quoi.
Cécile Bonte Baratciart
Le métier ne fait pas rêver les jeunes gersois.Même problématique pour ces coteaux de Saint-Mont.
Stéphane Minguet
Donc vous commencez à cette parcelle, et après quand vous aurez fini cette parcelle, vous irez sur les parcelles de blanc qu'on a juste à côté, d'accord ?
Inconnu 1
OK !
Inconnu 2
D'accord !
Cécile Bonte Baratciart
Ce couple d'Espagnols y travaille 10 mois par an avec un système proche de l'intérim, mais pour leur patron, recruteur dans tout le département, les candidats se font rares.
Stéphane Minguet
On a formé 60 demandeurs d'emploi chez différents agriculteurs du secteur, et à la fin il doit nous rester 20 pourcent de tailleurs qui vont être confirmés à la fin de ce stage.Voilà, ça c'est la plus grosse problématique aujourd'hui qu'on a, et surtout quand on les forme, de les garder l'année d'après.Qu'ils reviennent sur ces métiers-là quoi.
Cécile Bonte Baratciart
En misant sur la promesse d'un CDI, la filière viticole espère ré-enchanter les jeunes, pour que certains imaginent même un jour reprendre ces vignes centenaires.