Vingt-cinq ans de coopération entre Turbomeca et Rolls Royce
Notice
En 25 ans, le groupe Rolls-Royce Turbomeca, né d'une coopération entre la firme britannique et la société française, est devenu le leader européen de la construction de moteurs d'hélicoptères et d'avions. Retour sur l'histoire de cette fructueuse association et rencontre avec le PDG de Turbomeca Limited, Michel Dubarry.
Éclairage
L'entreprise automobile Rolls-Royce, fondée en 1904 par Henry Royce et Charles Rolls, connaît un grand succès dans la décennie qui suit sa fondation en raison de la fiabilité de ses véhicules. Charles Rolls, aristocrate sportif, se passionne aussi pour l'aviation. Il obtient son brevet de pilote dès 1906 et réussit le premier aller-retour au dessus de la Manche en 1910 sur un avion des frères Wright. La même année Charles Rolls décède lors du meeting aérien de Bournemouth. Fidèle à cette nouvelle expérience violemment interrompue, l'entreprise Rolls-Royce produit ses premiers moteurs d'avions en 1914. Elle équipe rapidement près de la moitié des appareils de l'Entente pendant la Première Guerre mondiale. Cette activité se poursuit pendant les années 1920 pour devenir prédominante à la fin de la décennie. Malgré le décès d'Henry Royce en 1933, sa dernière création voit le jour en 1935 : le moteur Merlin. Cet excellent moteur équipe, entre autres, le chasseur Supermarine Spitfire pendant la bataille d'Angleterre, contribuant ainsi à la victoire anglaise. Après 1945, la division aviation de Rolls-Royce se lance dans la fabrication de turbines à gaz.
Parallèlement, la société Turbomeca naît à Paris en 1938 pour fabriquer des compresseurs destinés aux moteurs d'avions. Ses deux fondateurs sont André Planiol et Joseph Szydlowski. Ce dernier est un juif d'origine polonaise, né en 1896, et enrôlé dans l'armée russe après ses études d'ingénieur. Fait prisonnier par les Allemands pendant la Première Guerre mondiale, il s'installe en Allemagne après le conflit où il travaille chez Krupp et surtout chez Junkers. Il se révèle rapidement un excellent motoriste et dépose son premier brevet dès 1920. En 1930 il quitte l'Allemagne pour la France où le gouvernement finance son projet de moteur diesel pour avion avec compresseur. Il travaille chez Salmson, à Courbevoie puis à Boulogne-Billancourt, où il rencontre le physicien Planiol. En 1937, la firme Hispano-Suiza leur commande leurs nouveaux compresseurs pour ses moteurs d'avions destinés aux chasseurs Morane-Saulnier, l'année suivante Szydlowski et Planiol fondent leur propre entreprise à Paris : Turbomeca. Le réarmement lancé par l'État français garnit leurs carnets de commandes. L'usine qu'ils possèdent à Mézières-sur-Seine tourne à plein régime, mais en juin 1940 le gouvernement leur demande de replier leur activité vers le sud afin d'échapper à l'avancée des troupes allemandes. Turbomeca s'installe d'abord à Saint-Pé-de-Bigorre près des usines Hispano-Suiza de Tarbes, puis à Bordes, près de Pau, à la fin de l'année 1941. L'invasion de la zone libre en novembre 1942 oblige Joseph Szydlowski à s'exiler en Suisse, mais il revient à Bordes en 1944 tandis qu'André Planiol reste aux États-Unis.
Turbomeca opte intelligemment pour la fabrication de turbines petites et moyennes à partir de la fin des années 1940, laissant le monopole des grosses à la SNECMA. L'entreprise de Joseph Szydlowski connaît alors un extraordinaire développement au pied des Pyrénées. Tombé amoureux de la région, ce dernier baptise chacune de ses nouvelles réalisations avec des toponymes locaux : turbine à gaz "Marboré" pour le Fouga Magister en 1952, "Artouste" pour l'hélicoptère Alouette en 1955, "Turmo" pour le Puma en 1965 et, enfin, "Adour" pour l'avion d'attaque au sol Jaguar en 1968.
À partir de cette date, une collaboration fructueuse commence avec les Britanniques et plus particulièrement avec la division aviation de la firme Rolls-Royce. Ainsi, le turboréacteur à double flux du Jaguar qui associe un moteur Rolls-Royce à une turbine Adour de chez Turbomeca équipe un total de 612 appareils. Cet afflux de commandes engendre la construction de nouvelles usines par Turbomeca, celle de Tarnos voit le jour en 1965, aidée par les autorités locales qui souhaitent compenser la fermeture des forges de l'Adour. Puis le succès de l'entreprise ne se dément pas dans les décennies suivantes, Turbomeca devenant le leader mondial des turbines à gaz pour hélicoptères, avions, centrales électriques et locomotives.
Bibliographie :
- CLAVEAU, Charles, Turbomeca : à la hauteur de la légende, Paris : éditions Larivière, 2008, (collection "Docavia"), 176 p.