Le devenir de la fosse 9-9 bis d'Oignies
Notice
Présentation des projets de reconversion du site du 9-9 bis d'Oignies, dernier puits fermé en 1990 et classé aux monuments historiques. Guiseppe Lo Monaco, chef de projet, montre l'emplacement du futur "Metaphone", à la fois salle de spectacle et instrument de musique géant. La musique sera ainsi au cœur de la future vie du 9-9 bis. Par ailleurs un restaurant, des logements et des bureaux seront créés. Gilles Briand, chef de projet de la Mission Bassin minier, espère que cet ensemble permettra l'émergence d'initiatives nouvelles.
Éclairage
Le site 9-9 bis d'Oignies est doté d'une très forte charge symbolique (1). C'est à cet endroit que fut découvert en 1849 le charbon dans le Pas-de-Calais ; c'est là également que fut remontée, le 21 décembre 1990, la dernière berline de charbon dans la région. Mais le site d'Oignies est également remarquable en raison de l'ampleur des installations qu'y implantèrent les Houillères : au siège de "concentration" du 9-9 bis, qui a son apogée employait 5 000 mineurs et couvrait en sous-sol la surface de Paris, s'ajoute le siège d'exploitation dit "de la fosse 2", dont la plupart des infrastructures ont été rasées, mais dont on a conservé la gigantesque machine à vapeur et le bâtiment qui l'abritait. L'ensemble forme un tout architectural et technique, mêlant les apports de la reconstruction des années 1920-1930 et de la dynamique de concentration et de modernisation des années 1960.
Tout cela explique que le site fasse l'objet d'initiatives patrimoniales précoces, émanant de multiples acteurs : pendant encore un temps au moins les responsables des Houillères, mais aussi les acteurs de la politique culturelle à l'échelle régionale (Direction Régionale des Affaires Culturelles -DRAC) et nationale, des universitaires (en particulier le sociologue Olivier Kourchid), en même temps que d'anciens mineurs et des responsables associatifs. En 1992 est engagée la procédure de classement et d'inscription sur la liste supplémentaire des Monuments historiques des chevalements, bâtiments et machines. Elle est soutenue par l'Association pour la Création d'un Centre de Culture Scientifique et Technique sur les Sécurités Industrielles (ACCUSTO-SECI), qui regroupe d'anciens responsables et agents du siège. Le site d'Oignies est classé en 1994. Les crédits européens, nationaux et régionaux permettent de réhabiliter rapidement les deux chevalements et l'ensemble des bureaux inscrits à l'inventaire. La loi de 1999 dite "loi après-mine" permet la dévolution du site à la communauté d'agglomération d'Hénin-Carvin pour un franc symbolique.
Contrairement à ce qui est affirmé dans les dernières secondes du reportage, on ne peut donc pas dire que le site d'Oignies a été "en sommeil" entre 1990 et 2010. Il reste qu'à partir des années 2000 son évolution a pris effectivement un nouveau cours, dans le contexte du réaménagement du Bassin minier et des grands projets culturels qui prennent leur envol au même moment. A la stricte conservation du patrimoine, les responsables de la communauté d'Hénin-Carvin, soutenus par la Mission Bassin Minier (organisme créé en 2000), ont voulu superposer de nouveaux projets concernant la rénovation du site et sa reconversion pour d'autres fonctions. En 2010, l'avenir du 9-9 bis est censé ainsi reposer sur un triple pilier : patrimonial, artistique (autour de la salle baptisée Métaphone) et enfin économique (bureaux, hôtels implantés dans une zone située entre le site du 9-9 bis et la plate-forme multimodale de Dourges). Par-là, le site d'Oignies semble constituer la première incarnation de l'avenir qui est rêvé pour l'ex-Bassin minier.
L'ensemble minier de la fosse du 9-9 bis (la fosse, les terrils et la cité jardin Declercq) est inscrit au patrimoine de l'Unesco.
(1) Olivier Kourchid, Hélène Melin, "Mobilisations et mémoire du travail dans une grande région : le Nord-Pas-de-Calais et son patrimoine industriel", Le Mouvement social, n°199, 2002, p. 48-49.