L'inauguration de la voie littorale sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle

02 octobre 2005
01m 38s
Réf. 00242

Notice

Résumé :

La voie littorale, quatrième chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle dans les Landes, vient d'être réhabilitée. Empruntée il y a près de mille ans par les premiers pèlerins, elle propose aujourd'hui 150 kilomètres de parcours balisé, le long de l'océan Atlantique, entre Sanguinet et Tarnos.

Date de diffusion :
02 octobre 2005
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Éclairage

Le département des Landes compte 600 km de chemins jacquaires puisque y confluent, avant de se rejoindre à Ostabat, trois itinéraires majeurs venant de Tours, Vézelay et du Puy-en-Velay. S'ajoute à ces parcours, bien décrits par Aimery Picaud [1], un sentier littoral reprenant pour une grande part un antique chemin proto-historique. Son point de départ se situe à Soulac, dans l'actuel département de la Gironde, où l'église Notre-Dame-de-la-Fin-des-Terres accueillait notamment les pèlerins anglais qui débarquaient dans la petite paroisse après avoir franchi l'estuaire d'entre Médoc et Saintonge.

Très emprunté depuis le Xe siècle, ce tracé appelé localement camin ariau [2], recouvre ou jouxte un axe emprunté dans l'Antiquité pour le commerce de l'étain importé de Cornouailles. Pérennisé par la voie romaine sur laquelle se fixent les modestes stations de Losa, Segosa et Mosconum [3], ce cheminement devient capricieux à la suite de l'évolution de la côte et de la formation des étangs qui obligent à des contournements. Peu importe ! Le Moyen Âge voit prospérer bourgs anciens et paroisses nouvelles qui tirent profit du passage des pèlerins. De Sanguinet au nord à Tarnos au sud s'égrènent ainsi une vingtaine de communes au passé étroitement lié au pèlerinage.

Mimizan est situé sur cet axe, à un millier de kilomètres précisément de Saint-Jacques-de-Compostelle. Cette ancienne sauveté, bornée par des "pyramides" édifiées en garluche surmontées d'une croix [4], jouissait de privilèges de franchise sur l'ancien territoire du prieuré de Notre Dame, donné en 982 par le duc Guillaume Sanche (Guilhèm Sanç) à l'abbaye de Saint-Sever.

De ce passé, Mimizan conserve le clocher-porche de l'ancienne église prieurale aujourd'hui détruite. Un petit musée installé à l'ombre de ce clocher [5] raconte l'histoire des lieux et permet d'accéder au magnifique portail historié, réalisé vers 1220, par un sculpteur espagnol. Classé dès 1903 monument historique, inscrit par l'UNESCO, en 1998, comme patrimoine mondial de l'humanité, il offre la plus ancienne représentation de saint Jacques le Majeur, en habit de pèlerin, témoignant de l'importance de cette étape sur la voie littorale menant en Galice.

La réhabilitation de ce vieux chemin constitue donc une heureuse initiative qui rassemble, en 2005, élus locaux et randonneurs autour d'une sculpture originale représentant une coquille Saint-Jacques, symbole du pèlerinage, symbole aussi du nombre d'or [6] ; elle marque ici le millième kilomètre qui sépare Mimizan de la ville sainte.

Sur ce cheminement, dans la forêt de pins, les arbres se font complices des nouveaux jacquets de plus en plus nombreux (10 000 par an environ dans le seul département des Landes). Ils leur enseignent la piste par un petit sigle jaune et bleu inscrit sur le tronc, remplaçant les repères de jadis, cairns ou monts-joie [7], par exemple.

[1] Auteur du cinquième et dernier livre du Codex Calixtinus (XIIe s.) consacré au cheminement vers le lieu saint. Nommé "Guide du pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle" depuis la traduction faite en 1938 par Jeanne Vieillard, c'est un véritable "guide du routard" destiné à ceux qui se lançaient dans l'aventure.

[2] Le gascon camin ariau désigne, sur la côte landaise, les très vieux itinéraires. L'adjectif s'explique par le latin arenale, "sableux", parce que ces "chemins" constituaient de simples tracés, délimités par des fossés, dans les zones sablonneuses.

[3] Losa et Segosa ont été identifiés à des lieux proches respectivement de Sanguinet et de Saint-Paul-en-Born tandis que la localisation de Mosconum n'est pas encore assurée dans le secteur de Lit-et-Mixe.

[4] La garluche ou garluisha est le nom gascon d'un grès ferrugineux qui sert de matériau de construction dans une large partie septentrionale des Landes.

[5] Mimizan était, au Moyen Âge, un port important de la côte landaise et son clocher servait en quelque sorte d'amer. Les marins, craignant de s'échouer, invoquaient donc le Ciel dans une formule transmise de génération en génération : Que Diu nos preservi deu codic de la baleia, deu cant de la sirena e deu clochèr de Mamisan. "Que Dieu nous préserve de la queue de la baleine, du chant de la sirène et du clocher de Mimizan."

[6] 1,618 est la "divine proportion" ou "nombre d'or" qui régit l'ensemble des éléments naturels et les rend harmonieux.

[7] Cairn représente le mot écossais càrn tandis que mont-joie émane du vieil allemand mundgawi. Ce sont des tas de pierres qui marquent les chemins.

Bénédicte Boyrie-Fénié

Transcription

Présentatrice
En marche vers Compostelle sur un quatrième chemin historique réaménagé dans les Landes, il s’agit de la voie littorale qui suit la côte Atlantique. Elle était autrefois empruntée par les pèlerins en provenance de Soulac, 150km à parcourir entre océan et forêt sur un parcours presque millénaire. Clément Gargoullaud, Vassili Qesari.
Clément Gargoullaud
Les pèlerins de Compostelle ne s’y tromperont plus. La voie du littoral, le quatrième chemin de Compostelle des Landes est désormais ouvert. Coincée entre lac et forêt, cette nouvelle voie autrefois très fréquentée longe l’océan Atlantique.
Michel Baillet
C’étaient principalement des pèlerins qui venaient d’Europe du Nord, et surtout des Anglais qui débarquaient à Soulac, et puis qui suivaient cette voie littorale. Et sur la partie espagnole, disons que bon les Maures qui occupaient un peu les Asturies, ils passaient sur le long de la côte pour mettre les pèlerins un peu plus en sécurité.
Clément Gargoullaud
De Sanguinet à Tarnos, sur 21 communes, la voie du littoral s’étend sur près de 150km. Sa réouverture ponctue un programme de réhabilitation des chemins de Compostelle dans le département.
Jacques Lamothe
C’est des chemins qui étaient très empruntés depuis le Xème siècle et qui sont maintenant de plus en plus empruntés. Tout a l’heure je discutais avec le président des Pyrénées Atlantiques me disant que cette année à Saint-Jean-Pied-de-Port il est passé déjà plus de 10% de plus de pèlerins que l’année dernière. C’est quelque chose qui ne fait que s’amplifier.
Clément Gargoullaud
Un chemin de Compostelle de plus, voilà qui n’est pas un luxe dans un département traversé chaque année par une dizaine de milliers de pèlerins.