Sécurité : lutte contre le grisou et les poussières
Notice
Reportage au fond du puits N°7 de Lens-Liévin à Avion sur la sécurité collective au fond de la mine. Elle concerne la lutte contre le grisou et les poussières. La grisoumétrie permet le captage du grisou dans les chantiers. Pour les poussières, des études sont menées pour les infusions d'eau dans les massifs.
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Éclairage
La prévention des risques dans les mines, longtemps occultée par les Compagnies minières, devient après la nationalisation des Houillères du Nord et du Pas-de-Calais une préoccupation des pouvoirs publics. La bataille du charbon lancée à la Libération héroïsait le mineur intrépide, chargé de produire toujours plus pour aider au redressement de l'économie nationale. La recrudescence des accidents dans les mines était alors liée à la pénibilité accrue du travail fourni dans des conditions délicates. Dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais, on compte 290 tués en 1946 contre 143 en 1938. Avec le compromis social qui s'instaure autour des mineurs, l'amélioration des conditions de travail devient décisive. Après la Libération, l'intervention publique autour des maladies professionnelles et de la santé au travail s'intensifie. On passe de la médecine d'usine à la médecine du travail. La logique de prévention s'affirme : la France est le premier pays à avoir institutionnalisé un service obligatoire et complet de médecine du travail dans les années 1940. Des innovations techniques et la mobilisation d'outils scientifiques aident à appliquer les principales mesures de prévention au fond. Il s'agit en effet de lutter contre le grisou, gaz qui se dégage des couches de charbon et provoque des explosions en raison de sa forte teneur en méthane, extrêmement combustible. Pour combattre ce risque d'explosion, on a longtemps utilisé des moyens très artisanaux, comme l'utilisation de serins, de lampes à flamme protégée (grisouscopie) (1). Les grisoumètres et la télégrisoumétrie, capables de détecter et d'alerter sur l'imminence de la menace, marquent un grand progrès dans la prévention de ce risque.
La question sanitaire dans les mines est directement abordée à partir des années 1950 : en 1949, les Houillères du Bassin du Nord-Pas-de-Calais créent le Centre d'études médicales ouvrières à Sin-le-Noble, commune limitrophe de Douai. La médecine du travail dans les mines est officiellement créée par l'ordonnance du 6 janvier 1959, bien qu'elle n'entre guère en application avant le décret du 12 septembre 1964. Néanmoins, ces efforts ne dissipent pas l'impuissance du médecin minier face à la silicose, dont le jeune praticien Georges Wantiez fait un tableau saisissant dans un roman largement autobiographique publié en 1959, Le Grand Terril. La lutte contre les poussières, par injection d'eau ou de chaux par exemple, permet à la fois de prévenir les coups de poussière particulièrement meurtriers et de diminuer les risques de silicose. Cependant, dans les mines comme dans d'autres contextes professionnels, le même décalage s'observe : la sensibilité au risque d'accident mortel, plus faible relativement mais immédiat, l'emporte sur un risque de maladie massif mais plus lointain.
(1) Il s'est avéré en réalité que le serin n'était pas sensible au méthane mais au monoxyde de carbone gaz mortel lui aussi. Aux XIXe on envoyait aussi des hommes pour enflammer les poches de grisou, puis les lampes protégées ont permis une détection en observant une combustion visible (dite "auréole") du grisou autour de la flamme qui indiquait ainsi la teneur en méthane, c'est la grisouscopie. C'est le "gazier" qui était chargé de ces contrôles. La catastrophe de Liévin en 1974 n'a pu être évitée à cause de l'absence de télégrisoumétrie dans le secteur et de l'absence du passage du gazier.