La soumission au sultan de chefs de l'Armée de libération marocaine

11 juillet 1956
35s
Réf. 00169

Notice

Résumé :

Durant l'été 1956, des chefs de l'Armée de libération marocaine se soumettent au sultan, acceptant d'intégrer les Forces armées royales.

Date de diffusion :
11 juillet 1956
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Éclairage

La situation du Maroc paraît incertaine à son accession à l'indépendance, le 2 mars 1956. Une lutte sourde s'engage, en effet, entre les forces nationalistes pour définir les fondements du nouveau système politique marocain. L'Armée de libération marocaine (ALM), née en juillet 1955, est l'un des acteurs de ces débuts de l'indépendance. Si son action dans les derniers mois du protectorat a eu un impact plus psychologique que véritablement militaire, elle est auréolée de prestige. La question de son avenir est posée dès le printemps 1956. Le prince héritier Moulay Hassan préside alors à la création des Forces armées royales (FAR) qui ont vocation à intégrer à la fois les anciennes troupes coloniales (goumiers, tirailleurs, etc.) et les troupes de l'ALM. L'amalgame de soldats professionnels et de combattants volontaires, qui apparaissent à l'écran sans armes, sans uniforme et, pour une partie, en guenilles, s'annonce difficile. Au sein de l'ALM, des réticences s'expriment à l'endroit des instructeurs français qui aident à mettre en place l'armée marocaine. Surtout, l'ALM entend parachever la lutte contre la présence coloniale au Maghreb : la France reste bien sûr présente en Algérie, mais elle continue également d'entretenir des forces non négligeables au Maroc et en Tunisie. Alors qu'Allal El-Fassi, figure de l'Istiqlâl, déclare que moins du cinquième du Maroc est libéré, des unités de l'ALM poursuivent leurs opérations de harcèlement des troupes françaises et espagnoles aux marges du territoire. D'autres vont jusqu'à verser dans le banditisme, entretenant un climat d'insécurité dans certaines régions. La cérémonie de soumission du 3 juillet 1956 revêt donc une importance symbolique majeure pour Mohammed Ben Youssef, même si elle ne touche qu'une partie des chefs de l'ALM (essentiellement, du Nador, de Tizi-Ouzli, de Boured, de Manissa, des Beni-Ouaraïan). Dans le discours, non retransmis par les Actualités françaises, le souverain met en garde : « Si les divergences d'opinion sont naturelles et acceptables quand elles n'ont pour mobile que l'intérêt supérieur de la patrie, elles ne sauraient être admises au sein de l'armée qui a pour devise la discipline au service de la nation et du roi ». Ce ralliement constitue un atout face à l'Istiqlâl, entré en concurrence avec le Palais pour la mainmise sur le pouvoir. Les troupes de l'ALM défilent aux côtés d'un Moulay Hassan en uniforme, jouant de son charisme pour rassembler les forces armées derrière le sultan. Ainsi, le terme même de « Forces armées royales » suggère l'allégeance directe à la dynastie alaouite, par opposition à celui d'« Armée de libération marocaine ».

Morgan Corriou

Transcription

(Musique)
Journaliste
Au Maroc, les principaux responsables de l’armée de la libération, conduits par Son Altesse Royale le prince Moulay Hassan ont fait leur soumission à Sa Majesté le sultan.
(Musique)
Journaliste
Le souverain a passé en revue ses éléments, désormais officiellement intégrés aux forces de l’armée royale. Ainsi prend fin le curieux état de chose que représentait la coexistence de deux armées marocaines distinctes.