François Mitterrand rencontre le chancelier Schmidt à Bonn

29 septembre 1977
01m 25s
Réf. 00012

Notice

Résumé :
Visite de François Mitterrand à Bonn, et entretien avec le Chancelier Helmut Schmidt.
Date de diffusion :
29 septembre 1977
Source :
TF1 (Collection: JT 20H )
Lieux :

Éclairage

Le Parti social-démocrate allemand (SPD) et le Parti socialiste français sont au sein de l’Internationale socialiste des « partis frères ». Cependant leurs idéologies et stratégies diffèrent en de nombreux points : le PS défend un socialisme marxiste et son alliance avec le PCF, tandis que le SPD est un pilier de la social-démocratie en Allemagne de l’Ouest (RFA).

Ainsi, tandis qu’un dialogue important s’instaure entre François Mitterrand et le président du SPD, Willy Brandt, les divergences sont grandes avec le Chancelier fédéral de RFA et vice-président du SPD, Helmut Schmidt. Si Mitterrand et Schmidt ne se sont, jusqu’à ce tête-à-tête de deux heures le 29 septembre 1977, jamais longuement et officiellement entretenus, ils ont eu de nombreuses occasions de dialoguer au sein de l’Internationale Socialiste. En janvier 1976 à Elseneur (Danemark), lors d’une rencontre des leaders de l’Union des Partis socialistes de la Communauté européenne (l’UPSCE, ancêtre du Parti socialiste européen), ils se sont ainsi violemment affrontés sur l’opportunité des alliances avec les communistes.

En mars 1976, François Mitterrand est reçu une première fois à Bonn par Willy Brandt afin d’apaiser la situation. Helmut Schmidt, lui-même absent, nuance sa position et fait savoir qu’il souhaite rencontrer François Mitterrand « prochainement ». Ce voyage marque un tournant dans les relations PS-SPD, avec notamment la création de groupes de travail communs.

C’est ainsi logiquement de nouveau à l’invitation de Willy Brandt et du SPD qu'une délégation socialiste menée par François Mitterrand et composée de Robert Pontillon, Jean-Pierre Cot et Jacques Delors, se rend le 29 septembre 1977 à Bonn pour discuter des situations politiques française et allemande, ainsi que des rapports franco-allemands. Or très significativement, alors qu’elle est prévue depuis des mois, elle se produit moins d'une semaine après la rupture de l'union de la gauche française du fait de l’échec des négociations entre le PS et le PCF.

Cette rencontre correspond ainsi surtout à une volonté stratégique et mutuelle de ménager un potentiel allié européen. Plus qu'une réelle réconciliation, il s’agit de pragmatisme politique, les élections législatives françaises (mars 1978) et donc une éventuelle victoire des socialistes se profilant.
Judith Bonnin

Transcription

Roger Gicquel
François Mitterrand a rappelé hier dans sa conférence de presse qu’il n’avait pas l’habitude de prendre son petit déjeuner avec Helmut Schmidt, le Chancelier Allemand. La visite qu’il effectuait aujourd’hui à Bonn était prévue depuis trois mois. Elle tombe, bien sûr, à un moment qui intéresse beaucoup les Allemands car ils n’ont jamais vu d’un bon oeil l’alliance socialo-communiste en France. François Mitterrand a parfois eu des mots durs à l’égard d’Helmut Schmidt. Il n’y a pas grand-chose de vraiment commun pour l’instant entre la social-démocratie allemande et le socialisme à la française, néanmoins, il a rencontré le Chancelier Allemand ainsi que Willy Brandt, le chef du Parti Social-Démocrate. Il n’a pas fait allusion, officiellement en tout cas, à la situation politique en France, Bernard Volker.
Bernard Volker
C’est la première fois que François Mitterrand rencontre le Chancelier allemand pour un échange de vue approfondi. L’entretien a commencé dans le bureau de Monsieur Schmidt à 16 heures et n’a pris fin qu’à 18 heures. Deux heures de tête à tête, voilà qui est bien long. Mais Monsieur Schmidt et Monsieur Mitterrand ne s’étaient pas rencontrés depuis plus d’un an. Le Chancelier, qui a déjà fait connaître son hostilité à la participation des communistes au Gouvernement, a demandé à Monsieur Mitterrand de lui donner son avis sur l’avenir de l’Union de la Gauche. Pour Monsieur Mitterrand, les Sociaux-démocrates allemands ne sont pas de vrais socialistes ; mais en cas de victoire de la gauche, il serait extrêmement important pour lui d’avoir à Bonn un allié. C’est pourquoi le Parti Socialiste français fait, avant les élections, un effort visible pour améliorer ses relations avec les sociaux-démocrates allemands dont la puissance économique est décisive en Europe.