La fabrication du Port-Salut à Entrammes
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Résumé
En 1959, les moines cisterciens de l'abbaye d'Entrammes ont confié la fabrication du Port-Salut à une société laitière, tout en continuant à faire leur propre fromage de façon artisanale. Le nouveau Port-Salut, lui, est désormais fabriqué de façon industrielle. On en suit les différentes étapes, du stockage du lait jusqu'au conditionnement, en passant par les multiples contrôles menés en laboratoire.
Date de publication du document :
01 sept. 2021
Date de diffusion :
14 déc. 1964
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Contexte historique
ParDirecteur des archives départementales de la Mayenne
Publication : 01 sept. 2021
Rares sont les produits de consommation courante qui sont entrés dans la culture populaire. Le Port-Salut, un fromage qui tire son nom d’une abbaye située à Entrammes en Mayenne, fait partie de ce petit nombre. L’expression « C'est comme le Port-Salut, c'est écrit dessus » s’inspire d’un spot télévisé de 1968.
Si le fromage et son slogan sont connus, en revanche son origine allemande l’est moins. Diffusé au milieu des années 1960, le reportage illustre une période de transition dans l’histoire de ce produit : alors que son caractère traditionnel demeure un argument commercial, ses conditions de fabrication et de vente, tant dans la méthode que dans les quantités, sont pleinement entrées dans la modernité.
Le site naturel d’Entrammes, à une dizaine de kilomètres au sud de Laval, vient du latin inter amnes, qui signifie « au milieu des cours d’eau ». En effet, la Jouanne et l’Ouette s’y jettent dans la Mayenne, dans une configuration qui permet de traverser à gué. Le lieu était donc propice à une installation humaine dès l’Antiquité, peut-être même avant, comme en témoignent les vestiges de l’oppidum et des thermes. Le lieu-dit Port-Ringeard semble avoir accueilli au IXe siècle un double monastère d’hommes et de femmes. Au XIIIe siècle, le seigneur d’Entrammes y crée – ou recrée – un prieuré. Au printemps 1593, presque un an jour pour jour après la bataille de Craon, ce lieu de passage est le théâtre d’une bataille de la 8e (et dernière) guerre de religion, qui voit l’armée catholique défaite par les troupes royales. L’histoire du prieuré s’achève à la Révolution, lorsque les religieux sont chassés et les bâtiments vendus comme biens nationaux en 1791.
En 1795, des moines cisterciens trappistes, sans aucun lien avec Entrammes mais eux aussi chassés par les révolutionnaires, trouvent refuge au monastère de Darfeld, en Westphalie, dans le centre-ouest de l’Allemagne actuelle. Les religieux qui les accueillent leur enseignent une recette de fromage de lait de vache à pâte pressée non cuite dont ils ont le secret. Les trappistes la rapportent avec eux en 1815, lorsque les tensions de la Révolution se sont apaisées et qu’ils peuvent prendre possession du prieuré de Port-Ringeard qu’ils renomment « Notre-Dame du Port-du-Salut ». Des moniales trappistines les accompagnent et s’installent à la Coudre, à Laval. La nouvelle abbaye d’Entrammes, trop à l’étroit dans les locaux anciens, s’étoffe de bâtiments complémentaires et relance la fabrication de fromage, la trappe du Port-du-Salut, dont la recette est également transmise aux sœurs de la Coudre. Leur succès incite les moines à collecter du lait ailleurs que sur leurs terres ; en 1850 leur fromage se vend sur les marchés parisiens.
Un siècle plus tard, le secteur laitier, incluant le beurre et le fromage, bascule de l’artisanat familial ou monastique à l’ère industrielle, tel le groupe Besnier (voir la vidéo Besnier change de nom et devient Lactalis). En 1959, poussés par la demande toujours croissante, les moines vendent la marque commerciale et le secret de fabrication à la Société anonyme des fermiers réunis (SAFR). La production se poursuit dans une laiterie de l’abbaye, mais elle est désormais industrielle et le lait est pasteurisé. La SAFR est rachetée en 1976 par le groupe Bel, originaire du Jura mais déjà implanté dans le département à Évron et Mayenne.
Le reportage illustre parfaitement l’équilibre entre maintien de la tradition et apports de la modernité : le rendement allant de pair avec l’hygiène
. Les gestes et les ingrédients s’inspirent de la recette originelle, mais tout est normé, testé, traité et contrôlé en laboratoire. L’eau utilisée doit être, selon les mots du responsable de l’usine chimiquement et bactériologiquement pure
. C’est au prix de cette normalisation que le produit peut partir à la conquête des marchés étrangers : en 1964, plus d’un fromage sur cinq s’envole vers le Japon, l’Australie ou l’Amérique du Nord. Si la mécanisation est visible, de nombreuses opérations demeurent assurée par des ouvriers.
En parallèle de cette industrialisation qui valorise alors le lait de plus d’un millier d’éleveurs, les moines commercialisent leur propre fromage, toujours produit de manière artisanale. Ils cessent définitivement cette activité en 1987, tandis que les sœurs de la Coudre la poursuivent, en la sous-traitant à la SAFR depuis 1995. En 2005, l’usine d’Entrammes ferme ; le Port-Salut n’est plus fabriqué en Mayenne mais dans la Meuse.
Bibliographie
Sources originales
- Archives départementales de la Mayenne, 1502 W 60 : Préfecture de la Mayenne, Bureau de l'environnement, Dossier d’installation classée au titre de la protection de l’environnement (ICPE) de la fromagerie d’Entrammes, 1969-1982.
Le patrimoine architectural
- Marie-Léandre Badiche, Relation d'un voyage à l'abbaye de Notre-Dame de la Trappe du Port-du-Salut, suivie d'une notice sur le baron de Géramb et d'une lettre sur les établissements religieux de Laval, Fougères, Vannier, 1825.
- Charles-Marie Maignan, L'abbaye Notre-Dame de la Trappe du Port-du-Salut, Laval, Moreau, 1857.
- Chanoine Étienne Couanier de Launay, Pèlerinages et sanctuaires dédiés à la bienheureuse et immaculée Vierge Marie : histoire et récits, Laval, Mary-Beauchêne, 1879, p. 70-77.
- Abbé Alphonse Angot, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, Goupil, 1902, t. III, p. 335-337 et 1910, t. IV, p 748.
- Augustin Marie Pierre Ingold, Général et trappiste, le P. Marie-Joseph, baron de Géramb (1772-1848), Paris, Pierre Téqui, 1921.
- « Historique », « Le château », « Abbaye Notre-Dame du Port-Salut », « Monastère », « Ancien moulin » et « Pont aux Prêtres ou aux Moines », Le patrimoine des communes de la Mayenne, Paris, Flohic, 2002, t. 2, p. 562-567.
Le patrimoine gastronomique
- Michel Niaussat, « Fromage : l'épopée du véritable "Trappe" », Maine-Découvertes, 1995, n° 4, p. 3-7.
Transcription
(Cliquez sur le texte pour positionner la vidéo)
(Musique)
Guy Planet
Au sud de Laval, dans la vallée de la Mayenne, la fromagerie d’Entrammes était encore il y a quelques années une dépendance de l’abbaye cistercienne de Notre-Dame du Port-Salut.
(Musique)
Guy Planet
C’est en effet dans un humble monastère que ce fromage, maintenant mondialement connu, est né.Fabriqué par une méthode spéciale connue des moines et destiné à l’origine à leur consommation personnelle.Mais, rapidement, cette fabrication s’est avérée très rentable et les moines ont dû développer leurs moyens de production en construisant par exemple de grandes cuves d’affinage.Malgré cela, les demandes ne cessant de croître, les religieux ont décidé en 1959 de confier à une société laitière leur secret de fabrication et leur expérience.
(Musique)
Guy Planet
On est loin, ici, de la fabrication artisanale des moines.L’usine, tout en restant sur les lieux mêmes de l’ancienne fabrication, a été adaptée aux impératifs économiques modernes, le rendement allant de pair avec l’hygiène.
(Musique)
Guy Planet
Pas moins de 85 000 litres de lait sont ramassés quotidiennement, à l’aide de 23 camions, chez douze cents producteurs.Le lait est réceptionné et stocké dans des cuves, avant d’être pasteurisé et versé dans les cuves de fabrication.
(Musique)
Guy Planet
De la présure et des ferments actifs sont alors ajoutés au lait, pour en parfaire le goût et lui donner une qualité aussi homogène que possible.On obtient ainsi un lait caillé, duquel on évacue le sérum.Le caillé est lavé, moulé et découpé, mis en place huit ou neuf heures dans des bacs à saumure.Ensuite, le fromage est placé dans les cuves d’affinage.Mais, toutes ces opérations nécessitent une surveillance constante.
Intervieweuse
Il est un point extrêmement important, qui ne fait pas partie à proprement parler de la fabrication du Port-Salut, mais qui conditionne sa qualité, c’est le travail en laboratoire.Et c’est de ce travail en laboratoire que vous voudrez bien nous parler, Monsieur Désirant.
Désirant
En effet, chère Madame.La qualité du Port-Salut ne peut être garantie de façon suivie que grâce à de multiples contrôles.Le lait, avant d’être jugé digne d’entrer en fabrication, ne subit pas moins de quatorze contrôles.Ensuite, chaque stade de la fabrication est contrôlé, ainsi que l’activité des ferments, la qualité de la présure, la qualité de l’eau, qui a une très grande importance dans nos fabrications.La dernière série de contrôles s’effectue sur le Port-Salut prêt à être expédié.
Intervieweuse
Nous avons appris que l’eau était un élément primordial dans la fabrication du Port-Salut, et je demande à nouveau à Monsieur Désirant de nous parler des traitements et des contrôles de l’eau.
Désirant
C’est exact.Pour obtenir une eau chimiquement et bactériologiquement pure, il est nécessaire de procéder à un traitement.Ce traitement est effectué par une installation industrielle importante.Vous pourrez voir une grande cuve de décantation, des pompes doseuses qui injectent en quantité rigoureusement réglée les quantités de sulfate d’alumine et de soude nécessaires à la floculation et des principes de javellisation, permettant d’avoir une eau bactériologiquement pure.Mais, le traitement n’est pas terminé.La décantation s’effectue dans cet appareil, puis nous procédons à une filtration, pour finalement pouvoir envoyer cette eau en fabrication.Bien entendu, cette eau est contrôlée, car une erreur dans les dosages des divers réactifs entraînerait des fabrications défectueuses.
Guy Planet
Les opérations n’en sont pas pour autant achevées.Après passage dans les cuves d’affinage, le fromage est retourné, brossé et ensemencé pendant une dizaine de jours.Il en passera 23 autres dans des cuves chauffées à une température de 10 degrés.
(Musique)
Guy Planet
Ensuite, il est repris, séché, salé.
(Musique)
Guy Planet
Mais, pour acquérir sa forme définitive, de nombreuses manutentions s’avèrent encore nécessaires.On fait, en quelque sorte, la toilette du fromage.Il faut le poncer, l’enduire d’un vernis spécial.
(Musique)
Guy Planet
Enfin, on procède à l’habillage.Le cycle de fabrication est ainsi terminé.Le fromage est prêt à être écoulé sur le marché français et étranger.En effet, si le marché français absorbe la majeure partie de la production, les exportations sont de l’ordre de 22 %, le Japon, l’Australie et l’Amérique du Nord étant les principaux clients.
(Musique)
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