Parcours thématique

Les formes du pays noir

Marion Fontaine

Introduction

« Qu'est-ce que cela signifie ce bouleversement de la nature ? La plaine est soulevée par des monts noirs, fléchés étrangement à leur sommet d'un bras oblique, certains déjà, une verdure y reprend, comme l'abandon des hommes. Partout des bâtisses incompréhensibles, aux formes géométriques, lunaires, et les demeures minuscules des hommes, en briques foncées, pareilles l'une à l'autre (...) Rien ne se ressemble plus. Les rapports entre les hommes, leurs âmes, leurs vies, le paysage. Même ce qui semblait éternel a changé ». Cette citation d'Aragon, extraite du roman La Semaine sainte (1958), atteste la rupture introduite par l'exploitation du charbon, à partir de la fin du XVIIIe siècle. Si l'on suit le romancier, cette rupture n'aurait pas seulement fait naître un nouveau type d'entreprise, un nouveau groupe social ; elle aurait même fait naître un nouvel environnement.

Le monde minier est de fait associé, notamment dans le bassin du Nord-Pas-de-Calais, à un paysage spécifique : il est le Pays Noir. Celui-ci se définit aussi bien par ses composantes tangibles (chevalements, terrils, cités), que par les représentations et les métaphores qui lui sont associées. Les documents présentés au fil de ce parcours permettent de revenir à la fois sur ces composantes et sur ces représentations. Ils invitent simultanément à nuancer l'image du Pays Noir comme un donné. Il n'y pas en effet un, mais des paysages miniers en constante évolution, au cours des trois siècles de l'exploitation, puis de la récession charbonnière. Par ailleurs, les regards qui forgent ce paysage changent. Comme antithèse du paysage rural, il est longtemps perçu sous le double angle de la fascination et de la catastrophe. Lorsque les puits commencent à fermer, il est un repoussoir, un stigmate dont l'effacement est considéré comme indispensable à la modernisation de l'ex-bassin charbonnier. Il faut attendre les dernières décennies pour que ce qui subsiste du Pays Noir soit considéré comme un paysage digne d'être conservé et protégé.

 Vues aériennes des Charbonnages de France

Vues aériennes des Charbonnages de France

Vues aériennes du Bassin du Nord et du Pas-de-Calais entre Haillicourt et Calonne-Ricouart : paysages miniers, terrils, puits de mines, usines, centrales thermiques, cités minières et corons.

01 jan 1960
01m 32s

Les traits constitutifs du Pays Noir

Si on la compare à d'autres activités industrielles, on constate que l'exploitation du charbon a un impact spécifique sur son environnement. On notera d'abord - même si cet aspect n'a laissé que de très rares images - que l'extraction modifie le territoire non seulement en surface, mais également en sous-sol. La mine crée des paysages souterrains, depuis les boyaux et autres galeries sommairement boisées du premier XIXe siècle jusqu'aux vastes espaces où se déploie la mécanisation au second XXe siècle. Seuls les mineurs et les ingénieurs auront vraiment pu voir ces paysages, invisibles pour les gens de la surface et que le comblement de puits a entièrement fait disparaître.

 Conditions d'exploitation dans les années 80

Conditions d'exploitation dans les années 80

Cet extrait des "Mémoires de la mine" montre que les conditions d'exploitation minière dans les années 80 ont évoluées. Michel Doligez, ingénieur et chef de siège, explique sur des images tournées au fond, que les veines sont de faible ouverture et le charbon est de moins en moins accessible à plus de 1 000 mètres de profondeur rendant la mécanisation inefficace.

09 déc 1981
04m 34s

Si on se cantonne à ce monde plus rassurant et mieux connu de la surface, on est frappé par un autre phénomène : les mines dévorent littéralement l'espace. Cela résulte en partie des besoins de l'exploitation proprement dite. Celle-ci nécessite en priorité des installations pour faire descendre les hommes, pour les remonter ensuite avec le charbon : de là naissent les fameux chevalements, en bois, en fer puis en béton armé. Ils ont un rôle fondamental à la fois sur le plan pratique (ils sont indispensables au fonctionnement d'une fosse) et sur le plan symbolique : ils sont le cœur, le signe de l'activité, ils sont aussi les éléments les plus visibles, dans un paysage de plaine et de basses collines, sans grand relief naturel. Toutefois l'activité minière ne se résume pas à faire monter le charbon en surface : il faut le traiter, le nettoyer, le livrer à moins qu'on ne l'utilise sur place, directement ou sous la forme de produits dérivés. Cela explique l'agencement complexe des éléments du Pays Noir : les carreaux de fosse, qui abritent les bâtiments nécessaires au traitement du charbon et à la logistique (vestiaires, bureau de l'ingénieur, etc.), voisinent avec les canaux, les voies de chemin de fer, les centrales thermiques, les cokeries, les usines de produits chimiques, tandis qu'au loin se dessinent les terrils, monticules constitués des déchets séparés du charbon après le nettoyage de ce dernier.

 Paysage minier autour de Douai

Paysage minier autour de Douai

Au son de la chorale des mineurs de Douai, nous découvrons le paysage minier autour de Douai : un coron, la fosse Gayant et la cokerie à Waziers. A proximité, la cité jardin Notre-Dame, l'église de la Clochette, les installations de l'usine chimique de La Grande Paroisse. Après un détour au terril du 8 d'Oignies à Evin-Malmaison, on retourne à Waziers rue Bernicourt, à la fosse Gayant et enfin la fosse Notre-Dame.

10 jan 1975
02m 53s
 Les chevalements des mines

Les chevalements des mines

Sur des photos noir et blanc de l'époque, évocation de l'industrialisation autour de l'extraction de la houille au XIXe siècle. Il reste encore des chevalements de fer ou de béton qui sont petit à petit détruits.Vues de différents chevalements anciens.

16 déc 1977
47s
 L'exploitation du terril de Wallers-Arenberg

L'exploitation du terril de Wallers-Arenberg

A Wallers, le puits d'Arenberg est un des trois derniers en exploitation dans le Valenciennois. Il a produit en un siècle un gigantesque terril qui a été mis en exploitation. Les engins de travaux public en extraient les schistes pour les transporter sur le chantier de l'autoroute Lille-Valenciennes. Les Houillères ont entrepris de vendre en concession certains terrils à des sociétés d'exploitation. Daniel Gaveau, responsable de l'exploitation explique comment on procède pour l'extraction de schistes dans des conditions d'exploitation difficiles : poussières, roche brûlante...

fév 1981
04m 12s

La dernière singularité du Pays Noir provient des modes de recrutement et de fidélisation de la main d'œuvre. Les compagnies minières peinent à recruter et à fidéliser des ouvriers issus d'abord des campagnes environnantes, et de plus en plus ensuite de l'immigration. Pour retenir les mineurs, pour les contrôler aussi, elles bâtissent dès le XIXe siècle des cités ou corons où leurs employés peuvent accéder à des logements et à toute une série de services (écoles, églises, hôpitaux, salles des fêtes, stades, etc.). Tout cela se retrouve bien sûr ailleurs que dans les mines du Nord (du Clermont-Ferrand de Michelin à la ville sidérurgique du Creusot, pour ne prendre que des exemples français). Mais cette politique a ici un aspect particulièrement systématique. De nouveaux quartiers apparaissent, parfois de véritables villes, qui matérialisent tout le poids du paternalisme minier. Ces cités viennent s'ajouter aux terrils et aux chevalements pour constituer les traits distinctifs du Pays Noir.

 Le rôle des cités minières à l'époque des compagnies

Le rôle des cités minières à l'époque des compagnies

Cet extrait aborde la question des cités minières appartenant aux Compagnies entre les deux guerres mondiales qui constituaient un véritable encasernement permettant un contrôle social des familles. Léon Delfosse explique le rôle que jouaient ces cités pour les patrons des Compagnies : paternalisme et outil de répression en cas de conflit.

26 oct 1977
01m 49s

Un ou des pays noir(s) ?

Il faut prendre garde néanmoins à ne pas réduire le paysage minier à une forme stéréotypée. Le triptyque chevalements/ terrils/ cités connaît des avatars très variés ; de plus il ne se constitue vraiment que durant la période la plus contemporaine de l'exploitation (entre la fin du XIXe et la fin du XXe siècle). L'idée d'homogénéité et d'intangibilité du Pays Noir est un leurre.

Le paysage minier n'a cessé de s'actualiser, en conservant certaines des traces des périodes précédentes, et en en effaçant beaucoup d'autres. Les éléments des proto-paysages miniers, ceux de la fin du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, ont ainsi presque tous disparu, en raison de leur fragilité intrinsèque (il s'agissait pour beaucoup d'installations en bois) et de l'expansion ultérieure de l'exploitation. La Première Guerre mondiale constitue une autre rupture. Dans une bonne partie du bassin (notamment la zone de Lens), il ne reste en 1919 que des ruines : les puits ont été ennoyés, les carreaux de fosse, les cités et les villes presqu'intégralement rasés. C'est bien souvent le XXe siècle qui a construit le Pays Noir tel que le représentent les séquences montrées ici. C'est à ce moment-là que les chevalements métalliques ou en béton armé s'imposent dans les paysages, que les bâtiments se transforment pour accueillir les nouveaux moteurs électriques et que les terrils coniques (les plus anciens sont plats) font une entrée tonitruante. Certains des monuments présentés aujourd'hui comme les plus emblématiques du Pays Noir (par exemple le chevalement et le terril du 11/19, près de Loos-en-Gohelle) ne proviennent même que de la dernière période de l'exploitation, c'est-à-dire des années 1960.

Le Pays Noir est donc changeant, il n'est pas construit sur un modèle unique et n'est pas non plus entièrement dominateur. L'industrialisation et l'urbanisation qui l'accompagnent laissent une place à la campagne. Beaucoup de villages et même de petites villes minières s'insèrent dans un environnement encore rural, environnement qui marque dans bien des cas le mode de vie des « gueules noires » : la culture des jardins, le petit élevage en témoignent, tout comme un certain nombre de loisirs (pêche, chasse, colombophilie...).

 Le patrimoine insolite du Bassin minier

Le patrimoine insolite du Bassin minier

La direction des affaires culturelles monte un dossier pour inscrire au patrimoine, des monuments remarquables du Bassin minier. On suit deux recenseurs de la DRAC dans leur enquête : une maison qui est un ancien puits transformé en habitation, l'église de Waziers construite en 1924 en forme de galerie de mine dans un style art déco, l'église de La Sentinelle, "La Goute de lait" où on distribuait le lait pour les mères et les nourrissons. Sur le fronton du monument aux morts de la guerre 1914-1918 un mineur est représenté. Rares sont ceux en France qui sont consacrés à la fois aux Poilus et à un métier.

19 sep 2009
02m 40s
 La Première Guerre mondiale et la reconstruction dans le Bassin minier

La Première Guerre mondiale et la reconstruction dans le Bassin minier

Après une évocation à base d'archives des années précédant les destructions de la Première Guerre mondiale dans les mines du Nord-Pas-de-Calais, Augustin Viseux raconte comment il a commencé à travailler à cette époque à la fosse 9 de Lens. Le bassin minier est alors en grande partie détruit, et il faudra sept ans pour sa reconstruction.

19 jan 1973
02m 18s
 La construction d'un nouveau siège 11-19 à Loos-en-Gohelle

La construction d'un nouveau siège 11-19 à Loos-en-Gohelle

Reportage au siège 19 du Groupe de Lens sur le chantier de construction de nouveaux équipements modernes comme la nouvelle tour d'extraction en béton. Situé à Loos-en-Gohelle, le siège 19 regroupera les anciens puits 2, 3, 4, 9 et 12 et extraira 13 000 tonnes de charbon gras par jour.

06 mar 1960
01m 57s
 Paysages miniers autour de Noyelles

Paysages miniers autour de Noyelles

Après la découverte en vue aérienne du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, Mlle Langlot-Lemaître présente les paysages autour de Noyelles-sous-Lens. Elle explique les origines du nom "Noyelles" qui vient certainement des marécages qui existaient dans cette région. Elle se souvient du temps où le puits du 21/22 à Harnes, étaient sur le même plan que Noyelles. On constate aujourd'hui que le village s'est affaissé en raison de l'activité minière et des terrains marécageux.

13 oct 1973
03m 26s

Du paysage au mythe

L'hétérogénéité et les mutations bien réelles du Pays Noir ont toutefois souvent été occultées par des regards qui ont érigé ce paysage industriel en mythe. Les contemporains sont sensibles à l'altération brutale des paysages ruraux et urbains classiques qu'entraîne l'exploitation du charbon. A la fin du XIXe siècle, le géographe Paul Vidal de la Blache le montre, en opposant à la ville traditionnelle, née au Moyen-Age, le magma urbain surgi des mines : « C'est vers 1846 que la poursuite du bassin houiller, déjà reconnu depuis cent ans à Valenciennes, s'est avancé jusqu'à Lens et Béthune. Alors, à côté de la ville, unité harmonique dans un cadre restreint, s'est formé, çà et là, un type que le passé ne connaissait pas, l'agglomération industrielle. Autour des puits de mines, dont les silhouettes bizarres hérissent la plaine agricole de Lens, les rangées de corons s'alignent uniformément par huit ou dix : tristes petites maisons que rien ne distingue entre elles, nées à date fixe pour encadrer les mêmes existences multipliées comme les zéros d'un nombre » (Tableau de la géographie de la France, 1903). Sans doute la transformation est-elle présentée ici de manière négative : le charbon vient abîmer les campagnes d'antan, les chevalements et les puits troublent l'harmonie des anciens paysages artésiens, les tristes corons succèdent à la diversité villageoise. Le constat de la défiguration ne va pourtant pas sans fascination : le Pays Noir symbolise alors le progrès, la croissance industrielle, la capacité à transformer même ce qui semble le plus naturel.

 Cadre de vie du Pays minier : l'exemple de Condé-sur-l'Escaut, Fenain et Raismes

Cadre de vie du Pays minier : l'exemple de Condé-sur-l'Escaut, Fenain et Raismes

L'écrivain André Stil dresse un portrait du Pays minier, là où il a passé son enfance : le carreau de la fosse Ledoux à Condé-sur-l'Escaut, la cité Agache de Fenain et la mare à Goriaux, un étang provoqué par un affaissement minier dans la forêt de Raismes et Wallers. Il évoque le rapport qu'à le mineur avec le ciel et l'air. Ainsi dans les cités minières, aime-t-il s'occuper de son jardin.

02 nov 1977
03m 53s
 La vie quotidienne à Bruay : la poussière de charbon

La vie quotidienne à Bruay : la poussière de charbon

Jacques Krier est allé à la découverte d'une famille de mineurs à Bruay-en-Artois ( aujourd'hui Bruay-la-Buissière). Dans cet extrait il montre que la poussière de charbon s'insinue partout. Les femmes du Nord qui tiennent à la propreté de leur maison ont beaucoup de travail ; elles ont renoncé à faire la lessive en semaine. Les jardins en sont aussi recouverts et il faut laver plusieurs fois la salade. Pour le mineur qui la respire, la poussière donne une maladie : la silicose.

11 déc 1958
01m

L'ambivalence d'un regard partagé entre détestation et admiration perdure longtemps. Elle se retrouve en particulier dans les représentations artistiques. Zola l'un des premiers avec Germinal (1884) fait d'un paysage marqué par le deuil, mais aussi par l'esprit prométhéen, l'un des éléments distinctifs du monde minier. Cette veine est poursuivie dans le domaine cinématographique ou littéraire. Cependant, à partir des années 1960, la perception du Pays Noir devient beaucoup plus désespérée. Longtemps la « laideur » qui paraît caractériser ce type de paysage a été compensée par les espoirs économiques et sociaux dont il était le porteur. Lorsque les puits commencent à fermer, ces espoirs disparaissent. Le Pays Noir n'est plus synonyme que de tristesse. Il n'est plus le cadre d'aucune lutte, ou d'aucune bataille productive, seulement des difficultés ouvrières ou du plus sordide des fait-divers.

 Tournage de <i>Germinal</i> par Yves Allégret

Tournage de Germinal par Yves Allégret

Reportage sur le tournage du film Germinal en Hongrie. Yves Allégret y a fait reconstituer le village de Montsou et le carreau de mine autour d'un puits datant de 1865. Des images de la télévision hongroise montrent le tournage d'une scène où l'eau envahit les galeries. Interrogé sur son adaptation, Yves Allégret explique qu'il a dû, pour respecter la durée du cinéma, adapter le roman tout en conservant l'histoire sociale et l'histoire d'amour entre Maheu et Lantier.

02 juin 1963
02m 58s
 L'affaire du notaire de Bruay-en-Artois

L'affaire du notaire de Bruay-en-Artois

Reportage après le meurtre de Brigitte Dewèvre à Bruay-en-Artois, sur les lieux mêmes du drame. Un regard panoramique embrasse les maisons ouvrières et des terrains vagues qui séparent les maisons des mineurs de celles des gens aisés. Celui que l'on accuse est un notaire, un "notable" qui possède villa au Touquet, yacht, chasse privée. C'est une personnalité puissante et respectée. A Bruay, son inculpation a ranimé les antagonismes sociaux.

16 avr 1972
02m 10s

La récession minière : dé-fabriquer le pays noir ?

Le processus de récession et de fermeture des puits, qui s'étend des années 1960 aux années 1980, comporte un certain nombre de singularités et parmi elles la volonté, présente chez tous les acteurs officiels (des Houillères aux élus locaux), d'effacer toutes les traces visibles de l'exploitation. Le Pays Noir est censé revenir à son état antérieur (la campagne d'Artois) ou devenir l'un des paysages d'une modernité à la Tati (avec grands ensembles, autoroutes et nouvelles zones industrielles). En tous les cas, on le condamne à disparaître. Les puits sont comblés. Les bâtiments des carreaux de fosse et bon nombre de chevalements sont détruits, les installations arasées. Les cités les plus défectueuses sont destinées à être démolies, les autres doivent être réhabilitées, de manière à prendre l'apparence de lotissements pavillonnaires.

 La fin de la mine, la fin d'une société

La fin de la mine, la fin d'une société

"L'Album de famille des français" consacré à la mine en 1973 se termine sur la perspective des fermetures. Le paysage va se modifier sur l'emplacement des vieilles fosses et des chevalements, déjà des usines nouvelles surgissent. Interview d'un mineur qui n'a pas encore trouvé la reconversion qui pourrait lui convenir ainsi qu'à sa famille implantée là depuis des générations. Quant aux enfants que l'on voit jouer dans un coron de Billy- Montigny, ils ne seront pas mineurs.

19 jan 1973
02m 21s
 Les friches industrielles des Houillères

Les friches industrielles des Houillères

"La France défigurée" s'intéresse aux usines et aux friches qui dénaturent le paysage. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les friches sont essentiellement des bâtiments et des chevalements des mines. Interviewé devant la fosse Delloye, Pierre Delmon président des Houillères du Nord et du Pas-de-Calais admet que ces bâtiments devront disparaître pour améliorer l'environnement, aussi faut-il trouver une économie à cette destruction. Pour sa part, Bruno de Rouvre de l'OREAM, regrette qu'il n'y ait pas de législation à cet effet en France, contrairement aux pays voisins. La fosse Delloye est en démolition. Interviewé, un mineur souhaite qu'on en garde une partie, pour la mémoire. Sur ce site a été élaboré un projet de musée.

29 nov 1971
04m 35s
 Paysages du pays minier à Marles-les-Mines

Paysages du pays minier à Marles-les-Mines

Cet extrait du "Magazine du mineur" est issu d'une série d'émissions diffusées en 1970-1971, consacrées à la mise en valeur des atouts économiques, culturels et touristiques des communes minières, et à préparer ainsi les populations au choc de la fin de l'exploitation minière. Ici, autour de la fosse du "2 bis-2 ter d'Auchel", se sont développés sur les communes d'Auchel, de Marles-les-Mines et de Calonnes-Ricouart, des équipements miniers et des habitats, corons et cités minières. Avec l'arrêt de la production la nature va reprendre ses droits et l'on va découvrir la richesse des paysages et du patrimoine.

28 nov 1970
03m 05s
 Les futures réalisations communales de Liévin après la fermeture des mines

Les futures réalisations communales de Liévin après la fermeture des mines

Interview d'Henri Darras, député-maire de Liévin sur sa ville et la survie du Bassin minier. Après les fermetures des mines, la ville est en train de se remodeler : un centre commercial prévu sur les terrains des Houillères, des voies de communications, de nouveaux quartiers, etc. Henri Darras insiste sur la nécessité d'avoir à nouveau des emplois industriels.

19 oct 1974
04m 14s
 Réhabilitation des corons de Bruay-en-Artois

Réhabilitation des corons de Bruay-en-Artois

Reportage sur une opération de remodelage de corons entreprise dans la cité des Aviateurs à Bruay-en-Artois. Un responsable des Houillères déclare que pour attirer les industriels, il faut "moderniser les logements des mineurs, et donner à la cité un aspect plus riant". Il dit vouloir supprimer les appendices (rajouts construits au fil des ans, jardins...).

17 mar 1968
05m 50s

Cette politique radicale, très critiquée aujourd'hui, a cependant ses raisons, qui sont à la fois économiques et symboliques. Les Houillères du Bassin Nord-Pas-de-Calais, tant qu'elles sont en activité, cherchent à combler leur déficit en vendant leurs terrains ou en tentant de faire du parc immobilier des cités un patrimoine rentable : dans les deux cas, elles estiment qu'éliminer les traces minières rendra terrains et logements plus attractifs. Les élus locaux, qui veulent à la fois conserver leur population et attirer de nouveaux investisseurs, adoptent un raisonnement similaire : la modernisation économique de l'ex-région minière passe par la disparition de tout ce qui peut rappeler le stigmate du Pays Noir. Terrils, corons et chevalements sont associés à l'archaïsme, au misérabilisme et à une laideur rendue plus sensible par l'accroissement de la sensibilité aux questions d'environnement et de cadre de vie.

Si la politique d'effacement du Pays Noir a sa logique, elle n'est pas sans violence. La population de l'ex-bassin du Nord ne voit alors pas seulement disparaître ses emplois, mais aussi son mode de vie et même ses points de repère les plus matériels. Chevalements et terrils n'étaient pas seulement des éléments de l'exploitation ou même des symboles artistiques et politiques ; ils avaient également été appropriées par une population pour qui ils constituaient autant de souvenirs, de référents pratiques, de manières de saisir le monde qui l'entourait. Il en va de même pour les cités, qui n'étaient pas uniquement un ensemble de logements et avaient permis que s'y love la vie des communautés ouvrières. La déstructuration du Pays Noir a aussi une portée sociale, culturelle et politique.

 Disparition du dernier chevalement d'Hérin

Disparition du dernier chevalement d'Hérin

Disparition du dernier chevalement d'Hérin. Ce chevalement avait été construit en béton en 1920 par la Compagnie d'Anzin au puits n°3. La population assiste très émue à la destruction. Interview d'Alphonse Delpointe, maire de Hérin qui exprime ses regrets.

14 déc 1978
02m

Entre actualisation et revalorisation : le devenir du pays noir

L'approche des paysages miniers, ou du moins de ce qu'il en reste, s'infléchit avec la prise de conscience patrimoniale qui émerge dans l'ex-bassin du Nord à partir des années 1990. Les divers monuments et éléments datant de la période minière ne sont plus vus comme des stigmates, mais comme les traces à préserver de l'identité passée et présente de la région. La revalorisation des terrils, les mobilisations visant à préserver les chevalements restants, l'attention portée aux formes architecturales des cités sont autant de preuves de ce nouveau regard. Les « hauts lieux » du Pays Noir commencent à la même période à être classés : c'est le cas pour les installations de la fosse 9-9 bis d'Oignies, celles de Wallers-Arenberg, de la fosse Delloye à Lewarde ou encore pour le terril du 11/19 de Loos-en-Gohelle. Ce processus débouche à l'été 2012 sur le classement du bassin du Nord et du Pas-de-Calais sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Le Pays Noir, dans sa dimension matérielle mais également immatérielle (à travers la culture et la mémoire qui y sont attachées), trouve ainsi une reconnaissance internationale.

Cette reconnaissance n'élimine pourtant pas toutes les ambiguïtés. La valorisation des paysages miniers n'abolit pas tout à fait les stigmates qui leur sont associés, ni les difficultés que connaît encore l'ancienne région charbonnière. Les questions, dans ces conditions, ne manquent pas pour les élus, les aménageurs comme pour les responsables du patrimoine. Comment conserver les traces paysagères des mines, sans les figer ? Comment concilier la valorisation patrimoniale des sites et leur requalification pour abriter de nouvelles activités économiques ? Comment maintenir le cadre du Pays Noir, tout en éliminant les images négatives qu'il a longtemps suscitées dans l'imaginaire collectif ? Aucune de ces interrogations ne peuvent être résolues de manière simpliste. Au moins peuvent-elles être éclairées par le rappel d'un fait. Le paysage minier n'a cessé d'être une réalité mouvante, et il conserve jusqu'à aujourd'hui cette caractéristique. Ce qui apparaît actuellement sous nos yeux n'est plus le paysage du XIXe siècle, pas même celui du XXe siècle, mais celui qui continue à s'actualiser en mêlant nouveaux édifices, terrils reverdis, traces industrielles insérées dans un autre cadre, aplanies, rouillées, repeintes ou réutilisées. Le Pays Noir, en somme, continue de vivre.

 Une piste de ski artificiel sur un terril à Loisinord

Une piste de ski artificiel sur un terril à Loisinord

Reportage sur la station de ski artificielle construite sur un ancien site minier à Noeux-les-Mines dans le Pas-de-Calais. Elle a une vocation sociale et permet de faire du ski à moindre frais tout en restant dans le Bassin minier. Jacques Villedary, maire et fondateur du site Loisinord, présente ce nouvel équipement. Dans l'avenir, il a comme projet d'amener de la neige en couvrant la piste.

07 sep 2002
03m 23s
 Le 11/19 et ses terrils

Le 11/19 et ses terrils

Le puits 11/19 de Loos-en-Gohelle a fermé en 1986 et a été classé aux Monuments historiques. Entouré des terrils les plus hauts d'Europe, l'endroit est protégé. Francis Maréchal, président de la Chaîne des terrils explique comment la population locale s'est réappropriée le site. A côté du plus haut terril se trouve le carreau de mine qui a été conservé, il accueille des spectacles.

09 fév 1996
01m 58s
 Les sites des terrils de Rieulay et Pinchonvalles

Les sites des terrils de Rieulay et Pinchonvalles

A Rieulay, le terril est exploité par la société TERCHARNOR, prestataire des Charbonnages de France. Yvan Bourgeois, responsable d'exploitation, donne les utilisations possibles des produits extraits. Parallèlement, ses 140 hectares (c'est le terril le plus vaste d'Europe), sont en cours d'aménagement en zone de loisirs. Le maire de Rieulay, Daniel Mio, affirme une volonté de réappropriation du site : au fur et à mesure de l'exploitation, les espaces communaux s'installent économisant ainsi l'espace rural. Ailleurs, on imagine d'autres utilisations qui s'appuient sur la naturalisation des sites comme au terril de Pinchonvalles où dans le cadre d'une opération "Chico Mendes", bois et végétation, parfois tropicale en été, s'installent créant une zone de refuge pour la faune.

18 déc 1990
03m 26s
 Les chevalements du Bassin minier au Patrimoine mondial ?

Les chevalements du Bassin minier au Patrimoine mondial ?

Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est candidat au Patrimoine mondial de l'Unesco, 70 sites sont présentés dont les 21 chevalements sauvegardés sur les 600 qui existaient. Virginie Debrabant, du Centre historique minier, explique qu'ils symbolisaient l'Entreprise. Ce sont des associations qui luttent pour préserver ce patrimoine. A Wallers-Arenberg, le carreau de mine a été classé, mais les anciens mineurs ont malgré tout dû se battre, rapporte René Lukasiewicz, président des "Amis de Germinal". A Haisnes Guy Dubois, de l'association "Mémoire du fond" relate que la population a réagi quand le propriétaire a cisaillé les molettes du chevalement en béton de la fosse 6.

21 nov 2009
03m 11s

Bibliographie

  • Les paysages de mine, un patrimoine contesté ?, Lewarde, éditions du Centre historique minier, 2009.

  • Michel Deshaies, Les territoires miniers : exploitation et récupération, Paris, Ellipses, 2007.

  • Olivier Kourchid, Hélène Melin, « Mobilisation et mémoire du travail dans une grande région : le Nord-Pas-de-Calais et son patrimoine industriel », Le Mouvement social, n°199, avril-juin 2002, p. 37-59. Article visible sur le site Cairn .