Les crimes de l’Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre mondiale : Buchenwald et Buchères
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Résumé
Les Alliés cherchent à montrer les crimes commis par les Allemands au camp de Buchenwald et dans le village français de Buchères. Les images insistent sur les horreurs commises. La culpabilité collective du peuple allemand est mise en évidence, entraînant condamnation morale et réparation.
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Date de publication du document :
08 déc. 2021
Date de diffusion :
18 mai 1945
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- 00133
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Contexte historique
ParProfesseur certifié d'histoire-géographie au collège François Legros de Reims
Le reportage montre un camp de concentration et un massacre de population civile. On a deux aspects de la violence du totalitarisme nazi (1933-1945) qui atteint une apogée durant la Seconde Guerre mondiale : la déportation des ennemis et la guerre d’anéantissement. Cette guerre prend fin en Europe en 1944-1945 avec la victoire des Alliés (URSS, Etats-Unis et Royaume-Uni), marquée par la capitulation allemande le 08 mai 1945.
L’existence de l’univers concentrationnaire n’est pas une nouveauté, les premiers camps ayant été ouverts dès 1933, mais ils sont mal connus. Deux types de camps sont peu à peu identifiés par les historiens, même si de nombreux débats demeurent encore sur leur typologie et leur dénomination. On distingue les camps d’extermination ou centres de mises à mort, dans lesquels les victimes, majoritairement juives, sont assassinées dés leur arrivée, et les camps de concentration, où sont emprisonnés pour travailler, jusqu’à la mort souvent, tous les autres déportés, surtout militaires et résistants.
Leur ouverture, ici le camp de Buchenwald, en Thuringe, en avril 1945, par l’armée américaine, constitue donc un immense choc pour les armées. C’est le premier des camps libérés par les Occidentaux. Les installations sont gigantesques : le camp principal (le stammlager) et les multiples camps annexes (les kommandos) ont pu accueillir environ 250.000 prisonniers durant la guerre, dont des femmes. Les déportés ont d’abord été des opposants allemands au nazisme, puis, avec la guerre, des prisonniers civils et militaires de toute l’Europe. Buchenwald n’est pas équipé de chambres à gaz mais on y meurt beaucoup : conditions de vie terribles, violence des gardiens SS, travail forcé, expérimentations médicales tuent en grand nombre. Les SS ayant fui avant l’arrivée des Alliés, le camp et ses prisonniers ont été abandonnés sans que les traces des crimes nazis soient effacées. Ils donnent ainsi à voir l’horreur concentrationnaire. Les Alliés découvrent ainsi une violence insoupçonnée et des prisonniers encore en vie mais dans un état sanitaire très dégradé.
Le village de Buchères, au sud de Troyes, avait quelques mois plus tôt déjà montré des scènes d’horreur aux soldats du général américain Patton, le libérateur de la région, autour du 25 août 1944. Dans ce village, l’arrivée des libérateurs a été devancée par une action militaire des résistants de l’intérieur, les maquisards FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), le 24 août, qui veulent couper les voies de communication aux Allemands pour empêcher l’accès à Troyes. En représailles à un accrochage, les Waffen SS (51e brigade de Panzer, une unité de blindés), investissent le village, brûlant les maisons avec leurs habitants et exécutant tous ceux qu’ils peuvent découvrir. Ce sont en quelques heures 67 personnes qui sont ainsi assassinées, dont un quart d’enfants de moins de 15 ans.
Ce massacre, un des plus importants commis en France, appartient à la liste des massacres de civils commis par les SS au moment du Débarquement. Il avait notamment été précédé des massacres de Tulle (environ 100 morts), et surtout de la destruction entière du village d’Oradour-sur-Glane avec ses 642 victimes en juin 1944. Les SS multiplient ainsi les exactions au moment de quitter le territoire français, menant une politique de représailles contre les civils à défaut de pouvoir mettre fin au harcèlement incessant des maquisards qui cherchent à gêner leurs mouvements pour aider les Alliés. Ces massacres, limités en nombre en France, sont depuis le début de la guerre très fréquents en Europe centrale et orientale, et sont d’ailleurs le fait de soldats allemands venant du front de l’Est et habitués à agir avec une extrême violence. Buchères a été reconnue commune martyre pour ces faits et un monument, une lanterne des morts, rappelle aujourd’hui encore le nom des victimes et les crimes commis.
Éclairage média
ParProfesseur certifié d'histoire-géographie au collège François Legros de Reims
Le document est constitué de deux parties : la découverte du camp de Buchenwald par des parlementaires britanniques et l’utilisation de prisonniers de guerre allemands pour reconstruire le village de Buchères dans l’Aube. Les deux extraits ont en commun de montrer les crimes nazis et la volonté unanime des Alliés de les faire assumer collectivement par les Allemands. Le titre est explicite : le reportage est le procès des Allemands.
Les images et le son sont ceux des Actualités françaises, la presse filmée que les Français pouvaient voir au cinéma avant la projection d’un film. On peut étudier donc comment il est rendu compte des événements en 1945.
Les premières images montrent l’arrivée de la délégation britannique à Buchenwald : le cadre de l’univers concentrationnaire est d’emblée posé avec les grands murs, les barbelés et les uniformes rayés des prisonniers. Le projet de la visite des parlementaires est clair : faire connaître à tous les camps. Cet objectif justifie en fait le contenu du reportage avec des images difficilement soutenables. La couverture médiatique a joué un rôle très important dans la construction des mémoires des camps. Elle a davantage montré les camps de concentration aux dépens des camps de mise à mort, parce qu’il y avait plus de survivants, qu’ils étaient les camps des résistants donc des combattants, dont la mémoire prime longtemps sur les autres catégories de déportés, notamment juifs et, enfin, parce que la spécificité des camps de mise à mort a a été perçue seulement dans les années 1960.
La présence des parlementaires et de la caméra souligne le projet des Américains et en particulier du commandant des forces alliées, Eisenhower, qui a immédiatement voulu montrer les camps, pour écrire l’histoire du nazisme, justifier la guerre en cours, et préparer un jugement des criminels allemands. Eisenhower a donc mobilisé le monde du cinéma (Samuel Fuller) et de la photographie (George Rodger) pour montrer au plus près les horreurs nazies. Rien n’est caché : les images sont d’une grande dureté. Elles sont massivement utilisées lors du grand procès du nazisme à Nuremberg.
L’image a alors le statut de preuve absolue des crimes nazis. Pourtant ces images nous questionnent : peut-on et doit-on tout montrer ? Suffit-il de montrer pour faire de l’histoire ? Que montre-t-on réellement ? Le reportage ne contextualise pas ce qui est montré : on ne sait qui sont les vivants et encore moins les morts, ni comment ils sont morts. On ne voit que des hommes alors que le camp emprisonne également un grand nombre de femmes. Le reportage proposé ne fait donc pas œuvre d’histoire. Ainsi, il laisse penser que tous sont des résistants, ce qui va dans le sens du mythe résistancialiste qui naît alors en France, voulu par de Gaulle lui-même, qui cherche à ressouder la communauté nationale en faisant de tous les Français des résistants. Est-ce le cas ?
La partie consacrée à Buchères passe très vite sur les faits sur fonds d’images de destructions, les ruines servant de cadre au discours du préfet, représentant de la République, René Petitbon, le 24 août 1945, jour anniversaire du massacre. Le discours s’adresse aux habitants de Buchères et surtout aux prisonniers allemands présents. Il permet de comprendre comment les Allemands sont perçus à l’issue de la guerre. Ils sont collectivement vus comme responsables des crimes commis, sans distinction entre nazis et peuple allemand considéré comme « complice » et donc responsable d’une faute qu’il faut expier. On se situe donc sur un terrain moral et non judiciaire dans cette condamnation, l’ensemble du peuple allemand n’ayant pas fait l’objet d’une décision de justice. D’autre part, responsables, les Allemands doivent payer les réparations. Si cette décision est très connue pour le Première Guerre mondiale au travers du traité de Versailles, elle l’est bien pour la Seconde Guerre. Un million de soldats prisonniers de guerre ont en effet travaillé à la reconstruction du pays entre 1945 et 1948.
Transcription
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(Musique)
Présentateur
Buchenwald, l’immense fosse commune est devenue une grande bouche ouverte au milieu de l’Europe et qui crie un témoignage implacable.Une commission du Parlement britannique est venue visiter le camp et fera connaître la vérité à ceux qui n’ont pas encore voulu comprendre.
(Musique)
Présentateur
Ces visages y suffisent.
(Musique)
Présentateur
Et ces instruments de torture.
(Musique)
Présentateur
Et ces fours crématoires, effroyables machines d’une usine à faire mourir.
(Musique)
Présentateur
Et ces tas d’ossements, tout ce qui reste de patriotes, hommes et femmes qui avaient refusé le nazisme.
(Musique)
Présentateur
Et ces pyramides de cadavres, qui ne sont plus que des os.Et tous ces spectacles devant lesquels il faut respirer des sels et devant lesquels, aussi, il faut ouvrir les yeux et serrer les dents.
(Musique)
Présentateur
Rien ne paiera jamais cela, rien ne s’effacera jamais.
(Musique)
Présentateur
A Buchères, petit village incendié par les SS, le préfet de l’Aube s’adresse en allemand, puis en français, aux prisonniers qui vont commencer les travaux de reconstruction.
René Petibon
Allemands, vous n’êtes pas ici pour accomplir la tâche banale qu’on impose à des prisonniers de guerre.Vous avez à payer une dette d’expiation.Vous reconstruirez des maisons.Vous ne pourrez jamais reconstruire les foyers qui ont été détruits.Les coupables ne sont pas seulement Adolf Hitler et son état-major nazi, mais toute l’Allemagne, car tous les Allemands ont été ses complices.Vous en portez donc aussi la responsabilité.
(Musique)
Présentateur
Ils ont démoli, massacré, ruiné la France.Ils ne répareront jamais tout le mal qu’ils ont fait.Mais, qu’au moins, ils donnent chez nous 100 000 coups de pioche pour un coup de lance-flamme.
(Musique)
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